Lettre d'Amérique n° 20. Les Etats-Unis et l'Europe (3)

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Les élections sont passées. Les problèmes d’argent restent – « Faulte d’argent, c’est doleur nonpareille » (Rabelais)  

 

Une fois les élections passées (2 novembre 2010), les responsables américains se retrouvent en face des problèmes d’argent de leur pays.

 

Les données générales et les possibles options sont simples à comprendre. Tout le monde est d’accord ici pour dire que le déficit et la dette ont atteint des niveaux insupportables ; que cet état de choses menace désormais directement la prospérité des Etats-Unis, leur leadership mondial et leur sécurité nationale ; et qu’il est impératif de mener une action énergique, tant dans le monde hors des Etats-Unis, que sur le plan intérieur.  

 

La politique étrangère est souvent une fonction de la politique intérieure    

 

Quelle est donc, à l’extérieur, l’action des Etats-Unis, sous la conduite du Président Obama ? Ils cherchent à sauver la mondialisation économique et le libre échange, indispensables à leur type de leadership, tout en restaurant leurs grands équilibres, sans lesquels ils ne pourront pas non plus le maintenir.  

 

Il s’agit donc en grande partie de « faire payer les autres », mais ce n’est pas forcément (pensent-ils) aussi égoïste qu’il peut sembler. Car si ces « autres » sont prompts à se plaindre des USA, ils auraient autrement sujet de se plaindre de leur absence… Dans l’idée des Américains, leur leadership est pour le monde une sorte de service public, qui a un coût. Que font-ils donc ? En échange des efforts qu’ils sont résolus à faire, ils demandent un concours au monde extérieur. 

 

1° Ils cherchent à passer des accords bilatéraux avec plusieurs nations d’Asie, pour rééquilibrer leurs échanges commerciaux sans changer la règle du libre échange mondial ;  

 

2° ils voudraient modifier à leur avantage les termes des échanges en modifiant les parités monétaires ;  

 

3° ils voudraient que le monde entier adopte une politique en cohérence avec la leur, c'est-à-dire qu’il recherche prioritairement dans une nouvelle croissance mondiale mieux répartie la solution au problème des déficits. Car la politique opposée aggraverait sans doute leur dépression déjà sévère.  

 

Les revers de la diplomatie obamienne  

 

Sur ces trois terrains, le Président Obama vient d’enregistrer des revers sérieux :  

 

1° la Corée ne signe pas avec eux l’accord commercial qui devrait permettre la survie de l’industrie automobile américaine et de l’élevage bovin ;  

 

2° la Chine le laisse parler et n’en fait qu’à sa tête avec sa monnaie ;  

 

3° le G-20 ne les suit pas et les alliés européens se démarquent, même les Anglais...

 

L’Amérique est isolée.  

 

 

Un grave problème de leadership  

 

Barack Obama n’arrive plus ni à convaincre, ni à imposer.

 

Il parle en philosophe internationaliste qui croit à la force du consensus et de l’Opinion, à des rivaux nationalistes adeptes de la politique de puissance ; il parle d’économie en politicien à des milieux d’affaires qui voient que ce n’est là ni sa passion, ni son fort ; il voudrait parler en protecteur à des alliés asiatiques que la Chine inquiète, et qui voudraient à la Maison blanche quelqu’un de rassurant ; il continue à s’exprimer en leader charismatique devant des gens qui constatent que son charisme n’agit plus.

 

Le leadership américain est comme en suspens. Cela ne tient pas qu’à son Président, mais cela tient aussi à lui. L’Amérique a perdu l’initiative, pour le moment.   

 

« Tous unis et sauve qui peut »  

 

Faute de leadership fort et convaincant, on dirait que chacun dans le monde ne pense plus qu’à ses intérêts particuliers à court terme.

 

Le compte rendu du G-20 par le Washington Post était assez attristant (Washington Post, 13 novembre 2010, A 8 : « G-20 nations agree to agree »).  Ce journal voudrait reprendre la version de la Maison blanche. Mais on sent tellement que le cœur n’y est pas… Il cherche à sauver la face au Président et ne parvient qu’à l’enfoncer en essayant de l’aider.

 

Il commence par se féliciter comme lui d’un bon début, de bonnes résolutions, d’une bonne direction indiquée, mais il finit en disant que dans deux ans, peut-être, on verrait un début de concrétisation, peut-être.

 

La preuve du succès de la Maison blanche, c’est que chacun a accepté de signer un communiqué dans lequel il se déclare d’accord pour établir des règles communes, en évitant toute indication spécifique, faute qu’il y ait la moindre sur laquelle on ait en réalité pu s’accorder, mais on va établir ces règles dans un an ou deux, puisqu’on a pour cela nommé une commission : culture d'impuissance et démocratie non durable.  

 

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