Lettre d'Amérique n° 17. Lire la presse française aux USA. Analyse quantitative du Tea Party

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Quantification du phénomène


Une question sans réponse pour la plupart des lecteurs de la grande presse nationale française, c’est celle de la mesure quantitative du phénomène Tea-Party. Quelle est la grandeur, la mesure de ce mouvement ? Cette importante question est susceptible d’une réponse empirique sans équivoque.


C'est cette réponse empirique qui fournit le seul moyen de répondre sérieusement à d’autres questions plus difficiles, sur lesquelles on a trop tendance à se précipiter.

  
Par exemple : s’agit-il d’un frange extrémiste du parti républicain, en voie de marginalisation ? L’étiquette Tea-Party est-elle attractive ou fait-elle fuir les candidats Républicains ? Attire-t-elle ou fait-elle fuir les électeurs américains ?

  
Ce ne sont pas des questions auxquelles on trouve une réponse valable simplement en manipulant un concept vide, ni en consultant des sympathies ou antipathies.

  
Nous trouvons les éléments d’une réponse à ces questions, en prenant la mesure précise du phénomène, qu’on trouve dans l’excellent numéro du Washington Post, second cahier du 4 novembre 2010, pages 21 A – 34 A. Les faits quantifiés permettent d'établir au delà de tout doute raisonnable qu'il s'agit d’un mouvement de masse, représentant une importante proportion du parti républicain institutionnel et solidement enraciné dans la tradition de la démocratie américaine et la doctrine traditionnelle du parti républicain. Voici ces faits quantifiés.

  
Les faits quantifiés


Sur 424 candidats républicains à la députation à la House (la chambre basse), 187 ont été endossés par le Tea-Party, soit 44%. Cela suppose et veut dire qu’ils ont accepté d’une manière ou d’une autre cet endossement.

  
Sur 37 candidats Républicains ou indépendants au Sénat, 26 ont été endossés, soit 70%.

  
Il est donc certain que l’endossement et l’étiquette Tea-Party, surtout qu’ils ne sont pas exclusifs, ne font pas peur à la masse des candidats républicains.


Qu’en est-il des électeurs ? Sur l’ensemble des 239 candidats Républicains élus à la House (chambre basse), 120 avaient été endossés par le Tea-Party, soit 50%. Ces 50% d’élus se trouvent sur les 44% d’endossés et les autres 50% d’élus se trouvent sur les 56% de non endossés. Le taux de succès à la House des candidats endossés par le Tea-Party est supérieur d’environ 25% à celui des candidats non endossés.


Au Sénat, le taux de succès est au contraire légèrement inférieur, de 60% pour un taux d’endossement de 70%.


D’après le Washington Post, 60 des 83 nouveaux élus à la House sont des Tea-Party.


Les Républicains qui ont battu un député Démocrate sortant étaient à 85% des endossés par le Tea-Party. Les deux sénateurs-élus (Kirk et Toomey) qui ont battu des sénateurs démocrates sortants étaient des endossés Tea-Party.


Ainsi, 45% des candidats républicains, 50% de ses élus et surtout 72% de ses nouveaux élus (60/83) sont des endossés ou des proches du Tea-Party. Voilà l'ordre de grandeur du phénomène. Parler de frange marginale est donc une erreur grossière.

 

C’est aussi un fait que l’étiquette Tea-Party ne fait pas plus fuir la masse des électeurs américains qu’elle ne fait fuir ni les Républicains, ni les Indépendant, ni beaucoup de Démocrates. Bref, elle fait frémir les liberals, mais elle ne fait pas fuir le peuple américain.


Ceci n’est qu'un fait général, qui souffre des exceptions. C’est sans doute ici qu’intervient le phénomène Sarah Palin. Je me place ici dans un état de doute méthodique, face aux médias, et j'avoue aussi que je ne connais pas encore assez. Par contre, je peux fournir une simple analyse quantitative.


La mesure du facteur Palin

Sarah Palin a pris des initiatives personnelles. Elle a pris le risque d'endosser seule des candidats. Nous savons maintenant ce que cela a donné.

 

A la Chambre, le taux de succès des candidats qu’elle a endossés seule est de 16,6% (1/6). Le taux de succès des candidats à la House endossés à la fois par le mouvement Tea-Party ET par Sarah Palin est de 50%, soit la moyenne du taux de succès de cette catégorie.


L’effet Palin est donc imperceptible à la Chambre basse en cas de succès et il est très fort en cas d’échec.


Le résultat est meilleur au Sénat ; l’effet Palin n’y est ni nul, ni négatif, mais modéré. 

 

Sarah Palin a un vrai pouvoir de nuisance au cours des primaires. Elle peut faire écarter des Républicains candidats à l’investiture républicaine, et qui ne seraient pas assez favorables aux thèses du Tea-Party. Mais au-delà de ce pouvoir de veto, elle ne semble pas en mesure d’influer sur l’ensemble de l’électorat, ou du parti républicain, ou même du Tea Party. L'électorat dans son ensemble réagirait plutôt négativement à ses recommandations, si ce sont les seules, et il n’en tient pas grand compte, dans le cas contraire.


Sarah Palin n’a donc pas tant d'influence, pour le moment, et comme l’opinion en a conscience, les Démocrates ne peuvent guère espérer non plus s’en servir comme d’un épouvantail qui symboliserait l’ensemble des Républicains ou du Tea-Party, et permettrait de les stigmatiser en bloc.

  
L’échec de Christine O’ Donnell dans le Delaware est celui d’une candidate Tea-Party typique, qui aurait peut-être pu faire mieux, mais qui s’est identifiée trop fortement à la personnalité de Sarah Palin.


Il y a deux options 

 

1° l’ambition de Sarah Palin est déraisonnable, mais avec le concours des médias (elle attire le téléspectateur et gonflant l’audimat améliore la rentabilité), et sauf si elle parvient à retourner l’opinion, ellle est la plus grande chance des Démocrates dans les deux années à venir.   

 

2° Sarah Palin est une sorte de Reagan féminin, un extraordinaire caractère politique, qui, comme lui, après avoir été la bête noire des médias et la terreur d'une majorité, finira par séduire et s'imposer.

   
Le facteur Palin est ce qui accroît la difficulté de l’analyse du Tea-Party. Aux deux grandes organisations s’ajoute sa forte personnalité. Elle a des partisans inconditionnels, elle est extrêmement impopulaire au dehors du Tea-Party et assez populaire au-dedans (mais pas du tout la plus populaire des conservatrices).


Il n’est pas exclu que ses défauts puissent être utiles au mouvement et au parti, dans la mesure où elle n’en est ni le centre, ni le leader, mais seulement une star et une militante acharnée. Elle maintient une cohérence en terrifiant les Républicains tièdes, qui la craignent aux primaires et pensent à leurs jobs. Mais elle ne parvient pas pour l’instant à s’imposer à la tête du mouvement, qui trouve actuellement dans ses tout nouveaux élus de nouvelles têtes très convaincantes.
 
 
Sarah Palin et Nancy Pelosi


Si nous lisons la presse ou regardons la télévision, il s'en faut de beaucoup que Sarah Palin soit omniprésente. Elle l’est surtout dans le discours de ses adversaires. Elle voudrait jouer un rôle majeur, mais mon sentiment est que, malgré son talent, le rôle très important qu’elle semble avoir dans le développement des événements politiques est surévalué et a quelque chose de fantasmatique.


Elle est la bête noire des démocrates, la Nancy Pelosi républicaine, à la fois symbole du Mal, Folle du Logis, grande Tentatrice, etc.

   
La promotion médiatique de ces deux femmes est due au désir qu’ont la presse et les médias (conservateurs ou libéraux, au sens américain de progressistes) de mettre en vedette une personnalité à fort pouvoir polarisateur au premier rang des adversaires, d’en faire leur vivant symbole et de pouvoir ainsi procéder à des amalgames aussi injustes qu’électoralement fructueux.


Les Républicains ont utilisé l'image de Pelosi pendant les dernières élections avec un indiscutable succès. Le nom d'Obama était très souvent couplé à celui de Pelosi. Il s’en faut que les Démocrates, dans ces dernières élections, aient tiré autant de profit de Sarah Palin. 

 

 

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