Lettre d'Amérique n° 16. Lire la presse française depuis les USA (2). Quand elle prend le thé pour de la camomille

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Quand on lit la grande presse nationale française sur le sujet du mouvement Tea-Party, on a l’impression de dormir debout : l'impression d’être en présence d’une Idée philosophique, et non face à une réalité politique complexe ; l'impression, aussi, que ce mouvement serait une frange, extrémiste et marginale, du parti républicain. Heureusement, on trouve des informations plus sur des blogs la traduction d'articles informatifs parus Outre-Atlantique. Je vais essayer d'apporter ma contribution personnelle à cette réduction du déficit d'analyse et de quantification de ce phénomène. 


Analyse d’une réalité politique complexe

 

D’abord, ce qu’on appelle « Tea-Party movement » est un ensemble qui comporte deux sous-ensembles.


Le premier, c’est le mouvement Tea Party Express. Le second sous-ensemble, c’est le mouvement Freedom works.

  
L’ensemble formé par ces deux sous-ensembles porte dans le langage courant le nom d’un des deux sous-ensembles. Il faut donc distinguer le Tea-Party au sens large, et le Tea-Party Express au sens strict. Le vocabulaire ne facilite pas une claire analyse du phénomène. N'importe qui peut aller sur leurs sites et se faire personnellement une idée de ce qu'ils sont. Il existe de bons articles, notamment au sujet de Freedom Works, surtout sur les blogs. L'essentiel peut se résumer en peu de mots.


Réseaux sociaux, renouveau de la démocratie et puissance d’Internet

 
 
Ces deux organisations sont deux  réseaux sociaux, qui semblent être nés à peu près ensemble, indépendamment, mais sous la pression des mêmes besoins impérieux, dans une situation devenue intolérable, inspirés par les mêmes idéaux, réglés par les mêmes principes.

  
Ils ont des structures voisines, très décentralisées, et néanmoins une doctrine commune, renfermée en particulier dans un livre intitulé Give Us Liberty. A Tea-Party Manifesto.


Ces organisations aux structures légères sont animées par un élan puissant, qui s’est révélé irrésistible dans le dernier affrontement électoral. Ce sont des soulèvements populaires, enracinés dans la classe moyenne, composés de gens très remontés mais pacifiques et sûrs de leur bon droit, extraordinairement sûrs d’aller au succès et de remettre leur pays sur les rails. Si l'on veut avoir une idée précise de ce qu'est une révolution, il faut prêter attention à ce phénomène. Ce n'est pas un mouvement politique. C'est une révolution.


Non pas un mouvement, mais une révolution

  
Ce mouvement est une vraie révolution, en ce sens qu’il est né, à l’évidence, spontanément, au sens où il est un élan qui se dote d'une organisation et non une organisation qui fabrique un mouvement. Son ampleur phénoménale s'explique par la rencontre entre

1° la mentalité traditionnelle fondatrice de l’Amérique, qui s’y réaffirme avec puissance,

 

2° une situation jugée absolument intolérable et

 

3° l'innovation technologique d'Internet.

 

Internet et les blogs ont peu à peu réduit à néant dans le peuple l'autorité intellectuelle et morale des médias libéraux (au sens américain du mot). La culture authentique, recouverte par l'idéologie, a resurgi. Le réel, dissimulé par l'apparence infosphérique, s'est réimposé. Le sens commun est revenu. La crise a joué le rôle de déclencheur. Et maintenant, rien ne va plus et ça ne fait que commencer et je suis prêt à parier que rien ne sera plus comme avant. Ce qui est la vraie définition d'une révolution.

  
Sans leur action, pensent les militants Tea-Party, les USA vont à la perte de leur identité, à la faillite et au déclassement. Les citoyens ont pris conscience avec effarement de l’énormité de l’endettement du pays, au moment même où le Président Obama portait les déficits à des niveaux sans précédent. 


L’élection d’Obama ne paraît plus, rétrospectivement, que l’effet d’un malentendu et une erreur de casting.


Les militants forment des communautés de base autonomes. Ils restent en lien et agissent grâce à une activité Internet extraordinairement efficace, qui contourne la pression médiatique progressiste et l’annule.
Leur activité, leur percée Internet et les effets qu’elle produit, en particulier les manifestations de rue, les liaisons entre forces jusqu'alors isolées et étouffées, envoi de messages et de mots d’ordre d’une extraordinaire réactivité, qui deviennent les données fondamentales de l’actualité politique. Ils forcent ainsi les médias liberals à leur accorder  une couverture étendue, dont ils les auraient sans doute privés en grande partie, avant l’existence d’Internet.

   
Pour les militants de base, les grassroot activists, il s’agit de couper la dépense publique, de se libérer de l’endettement, de bloquer la monstrueuse croissance de l’Etat fédéral et son envahissement de la vie privée. La question de la loi sur l'assurance maladie, qui a mis le feu aux poudres, demanderait des explications précises.

  
La culture populaire fait sauter la chape de plomb de l’idéologie


Plus profondément, il s’agit aussi d’un combat culturel profond, mais qui, le plus souvent, reste comme incarné dans des sujets économiques concrets. On a pu avoir l’impression que, dans la campagne électorale, il n'était question que d’économie, mais c’est là l’occasion de réaliser à quel point la culture conditionne et structure l’économie.

  
Pour beaucoup, il s’agit aussi de mettre fin à l’avortement. Les sondages montrent que la majorité du peuple américain (entre 54% et 58%) est désormais stablement contre la décision Roe versus Wade (SC, 22 janvier 1973).

  
Ce mouvement populaire trouve des leaders de haut niveau, qui ne sont pas des inconnus, tels Dick Armey, qui fut le n° 2 de la Chambre basse il y a une quinzaine d’années, lors de la première révolution conservatrice. Il était alors le second de Newt Gingrich. Ce dernier pourrait être le compétiteur du Président Obama en 2012.

 

Rediscovering God in America

 

Newt Gingrich, dont chacun peut visiter le site www.newt.org a produit récemment une intéressante vidéo d’une heure environ, vendue dans le commerce, et qui s’intitule « Redécouvrir Dieu en Amérique », « Rediscovering God in America ». Après diverses péripéties personnelles, Gingrich s’est converti au catholicisme. Dans son film, il raconte l'histoire de la religion et de la liberté religieuse aux Etats-Unis, qui en ont fait One People Under God, et une société où Dieu et la Liberté travaillent ensemble. C'est tellement différent de nos traditions françaises, que nous avons beaucoup de mal à comprendre.

  
Les Américains semblent désormais conscients d’être un peuple de croyants (à au moins 95% avec au moins 85% de monothéistes) dominés par une classe dirigeante athée ou matérialiste, qui veut détruire leur foi et leur morale, par un dévoiement complet de l’idéal démocratique.

   
Ce soir, sur C-Span, une dame disait au téléphone qu’elle avait voté démocrate pendant plus de 40 ans et que maintenant elle avait voté républicain pour la première fois, parce qu’elle était tellement outrée ("so upset"), parce que non seulement le Président n’avait pas de religion, mais encore c'était un hypocrite qui faisait semblant d’en avoir une. C'est le genre d'intervention qui fait mourir de rire le liberal américain de base. Mais c'est cette totale liberté d'expression, retrouvée par les 85%, qui a cloué mardi le cercueil des Démocrates - et, bien que nul ne puisse prévoir l'avenir avec certitude, en tant que philosophe, ma conjecture est qu'ils ne sont pas près d'en sortir.

 

Et je me demande même si quelque chose de tel ne pourrait pas, d'une autre façon, se produire aussi en Europe, et, peut-être même, en France.

 

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