Lettre d'Amérique n°14 (A). Les catholiques et les élections américaines

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Je relis les notes prises dimanche 10 octobre, après une conversation avec l’aumônier catholique de l’USNA.   

 

Ethique, politique et amitié (philia)  

 

Apprenant que j’étais philosophe, et pour quelque mois au centre d’éthique de l’USNA, le padre me demanda, non sans humour, quel était selon moi le centre de l’éthique – le principal concept en ce domaine. Je lui répondis sans hésitation : l’amitié, au sens large, ce que les Grecs anciens appelaient philia.   

 

Le padre me pria de développer. Je me référai à Aristote. Ce penseur consacre à l’amitié 20% de son grand livre de morale, l’Ethique à Nicomaque. Au début du livre VIII, il écrit que dans une nation, « s’il y a de l’amitié, la justice va presque de soi, mais s’il n’y en a pas, il est très difficile d’établir une certaine justice. » Et c’est pourquoi, selon lui, les vrais hommes d’Etat ont raison « d’attacher plus d’importance encore à la philia qu’à la justice ».  

 

Le padre sursauta et me dit que rien n’était plus actuel, pour les Etats-Unis, aujourd’hui, que ces propos d’Aristote. L’amitié civique, dit-il, voilà ce qui commence à manquer le plus.   

 

Esprit partisan, lutte des factions et paralysie des institutions  

  

Le padre se désole de l’esprit partisan, comme le président Carter, il y a peu, et comme, si l’on en croit les enquêtes d’opinion, plus de la moitié des Américains.  

 

Cet esprit partisan se manifeste par le blocage systématique des projets de loi au Congrès, qui n’arrive plus à décider. Les citoyens éprouvent péniblement le sentiment de cette paralysie et de cette impuissance. 75% blâment la conduite des Républicains au Congrès, et 65% celle des Démocrates.  

 

Les institutions américaines sont faites pour fonctionner sur la base d’une union des citoyens sur l’essentiel. Celle-ci doit permettre une large confiance et conduire à rechercher des compromis raisonnables, acceptables aux autres, à partir du moment où le principe du raisonnement est d’essayer aussi de se mettre à la place des autres.    

 

Le Congrès, sauf majorité de soixante voix sur cent au Sénat, ne peut rien décider. Il faut donc le plus souvent trouver un compromis entre les partis. Et même ce que le Sénat aura décidé pourra encore être bloqué par le veto présidentiel, ou par la censure de la Cour suprême. En Amérique, la minorité est donc pratiquement assurée de ne jamais être opprimée. L’inconvénient, c’est que si n’existe plus cette union sur l’essentiel, les institutions de compromis deviennent des institutions de paralysie.  

 

Le problème des Etats-Unis n’est pas simplement un blocage du fonctionnement institutionnel. Aujourd’hui, c’est qu’une telle union a en partie disparu, et que les institutions ne reposent plus sur la culture qui allait avec. 

 

Mon intuition est que les catholiques nord-américains ont, dans cette situation, un grand rôle à jouer. Imprégnés de la plénitude de la culture américaine, ayant partagé depuis les débuts l’histoire des Etats-Unis, mais rattachés à une tradition plus antique et universelle, ils ont en mains un ensemble plus adéquat de principes, pouvant leur permettre d’élaborer des solutions nouvelles à des problèmes qui dépassent la simple culture « indigène », et majoritairement protestante, des Etats-Unis. 

 

 

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