Lettre d'Amérique n°14 (B). Les catholiques et les élections américaines

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Le respect de la vie et le positionnement politique des catholiques  

 

Les Catholiques, me disait le padre, ce dimanche d’octobre, avaient coutume de voter majoritairement Démocrate et ils n’arrivent plus à se reconnaître dans ces derniers, sans parvenir non plus à s’identifier aux Républicains. Mais de quoi s’agit-il ?   

 

Si vous regardez les deux débats pour l’élection au poste de sénateur en Pennsylvanie : vous verrez ce qui arrive aujourd’hui : « Extreme conservative », dit Joe Setak de son opposant républicain, « Extreme liberal », répond Pat Toomey de Joe Sestak. S’ils se qualifient ainsi, à les entendre, c’est cause de leurs positions sur la fiscalité, la dépense publique, ou l’assurance maladie. Mais on ne peut se défendre de l’idée que le dissentiment est plus profond.  

 

Traditionnellement, me répète le padre, les catholiques votaient plutôt démocrate. Mais il y a eu l’arrêt de la Cour suprême légalisant l’avortement, et depuis sur bien d’autres sujets, la loi américaine s’est écartée de la morale chrétienne.

 

Les Démocrates ont pris parti pour ce mouvement de déchristianisation de la loi et des mœurs américaines. Même les Démocrates personnellement catholiques, comme le vice-président Joe Biden, ou le speaker de la chambre des Représentants, Mme Nancy Pelosi, bête noire des Républicains, n’oseraient ou ne voudraient rien dire en public contre l’avortement. Inversement, les Républicains sont en général pro life.   

  

L’Eglise et l’action pro life  

 

Les catholiques et les évêques américains n’ont pas peur de dire clairement ce qu’ils pensent à ce sujet. L’action pro life est très importante dans l’Eglise catholique aux USA. Elle fait partie de la vie quotidienne et des structures normales des paroisses, des intentions des prières universelles et des thèmes de prédication dominicales. Les catholiques prennent une part importante à cette action et les résultats obtenus sont loin d’être négligeables. 

 

L’Eglise n’hésite pas à mettre parfois le doigt sur des sujets particulièrement scabreux. L’évêque auxiliaire de Chicago, Joseph N. Perry, qui est un Afro-Américain, a ainsi mis en garde sa communauté ethnique contre le fait que l’industrie de l’avortement visait de préférence les femmes noires (« Abortion and its Impact on the Black Community »).

 

Ainsi, progressivement, les catholiques soucieux du respect de la vie, se sont mis à voter Républicain. 

 

Le capitalisme  libertarien et la doctrine sociale de l’Eglise  

  

Cependant les catholiques sont loin d’approuver inconditionnellement les options économiques et sociales des Républicains. Ils sont loin de se rallier inconditionnellement à « la formule qui marche ». Celle-ci, en effet, heurte leurs sentiments plus communautaires. 

 

Les protestants évangéliques ne sont pas non plus, en général, libertariens en économie, comme le note Michaël Gerson, dans un article éclairant intitulé "Le remord des croyants" ("Believers' remorse", Washington Post, 5 octobre, A15). L’Etat doit prendre soin de ceux qui sont dans le besoin (« to care the needy »). En même temps, forte est la méfiance envers lui. Il est vu comme un facteur de sécularisation, source à la fois « de régulation bureaucratique et de dérégulation morale ».  

 

Les catholiques américains, issus d’ancêtres qui n’étaient pas tous des Lords Baltimore, mais plutôt en majorité des pauvres, Irlandais, Italiens ou Polonais, ont un vrai souci du pauvre et de la solidarité. Il n’est pas équitable, aux yeux de beaucoup d’entre eux, d’imposer à tous une règle de concurrence que beaucoup sont incapables de supporter sans s’effondrer.  

 

Les catholiques sont attachés à la liberté économique et à la propriété privée, sans lesquelles il ne peut y avoir de société libre, mais ils ne se satisfont pas de l’esprit individualiste de l’économique libertarienne des Républicains.  Leur culture profonde inclut, comme celle des protestants, une connexion nécessaire entre la foi religieuse, la rigueur morale, la propriété privée, l’esprit de famille, et même l’esprit de self-government. Mais ils n’ont pas la même méfiance instinctive envers l’autorité, qui conduit les Protestants américains au durcissement de l’indépendance individuelle et de la propriété privée.  Ils ne vont pas non plus jusqu’au refus de l’autorité de l’Etat et de l’impôt, dès que l’Etat veut s’occuper d’autre chose que de sécurité publique et de l’application de lois essentiellement permissives.  

 

Les protestants américains trouvent naturel d’être permissifs dans le domaine de l’économie (non sans respecter bien entendu les indispensables régulations) et non permissifs dans le domaine de la famille. Les catholiques, eux, n’ont pas dans leur culture cette structure mentale si particulière, qui permet si facilement de faire émerger le libéralisme économico-politique le plus radical à partir d’une soumission inconditionnelle à l’autorité de la Bible. Ils voient qu’il s’agit là d’une forme culturelle inséparable d’une histoire très particulière, très paradoxale, et non reproductible à volonté en tout temps et en tout lieu.

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

Nouveauté !

Evénements

Aucun événement