Lettre d’Amérique n° 12 (a). Le marché politique et les médias

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Un grand nombre de démissions –un exercice de décryptage
 
Au cours des dernières semaines, le président Obama a enregistré les démissions, ou le futur départ, de plusieurs grands collaborateurs, notamment : Rahm Emanuel, son chef d’état-major ; Jim Messina, chef d’état-major adjoint ; David Axelrod, senior adviser, membre du tout premier cercle ; Lawrence Summers, son principal conseiller économique. Et plus récemment, James Jones, le chef du Conseil de sécurité nationale.


On m’a demandé ce que je pensais de ces démissions. Mais que répondre ? Car il faut dire la vérité, et pour parler vrai, il faut à la fois dire des choses vraies et parler selon ce qu’on est. Or je ne suis pas un politologue, juste un philosophe, un homme de culture et un citoyen.


Pour moi, la philosophie est philosophie politique, et cette affirmation a un sens profond, que j’aimerais expliquer, dans une autre Lettre. La mission du philosophe politique, c’est d’aider à cultiver la vertu de prudence, c'est-à-dire : non pas l’esprit de précaution, mais l’excellence de la raison pratique. Bien juger une situation, c’est en particulier ne pas faire d’erreur au sujet des personnages principaux de la pièce, par exemple, le président Obama. Le problème (politique et philosophique) est ici : comment connaître un être humain ? C’est en cela que réside tout l’art de bien voter.

 

Mais comment savoir si on connaît vraiment une personne ? 


Sait-on même parfois si elle se connaît seulement elle-même ? Ce n’est pas un simple problème de discernement politique. Je me demande si certains individus ne passent toute leur vie sans se demander une seule fois : « Que suis-je ? Qui suis-je ? ». Peut-être que des couples passent toute une vie ensemble, sans parvenir à se connaître.


Rien n’est plus utile que la vérité vraie. Autrement, l’action échoue, inadaptée au réel. La vérité n’est pas seulement utile, mais belle et bonne. Aimer quelqu’un, c’est pour commencer chercher à connaître la vérité de cet être, y être attentif, la respecter, respecter la réalité de son être, ne pas la fausser, la falsifier. C’est chercher aussi ce que cet être a de bien, la vérité de son bien, la façon dont il ou elle y adhère et, quand il n’y a pas là de mensonge intime, y croire.
 

Quand la connaissance d’autrui est difficile, obscure, douteuse, on peut toujours partir de ce qui au moins est certain, au moment où on le sent : à savoir, qu’elle est obscure et incertaine. Socrate disait : « je sais que je ne sais pas ». C’est la bonne voie pour savoir. En réfléchissant sur la difficulté de savoir, on apprend avec une certitude croissante une infinité de choses qu’on n’aurait pas cru être connaissables et, d’abord, en nous-mêmes, un certain rapport essentiel entre la sagesse, le regard attentif et l’humilité.

 

Le théâtre du monde et le baroque de la vie
 

J’ai à ma disposition par Internet cinquante discours et apparitions variées du président Obama. En un sens, j’ai plus de moyens de juger qu’aucune génération dans le passé. Mais qui est celui que je vois ? Une personne, un personnage, un acteur ? Et qui me le montre ? Quel metteur en scène ?

  
Si j’ai vu tous les films de Gérard Depardieu, est-ce que je sais qui est Gérard Depardieu ? Le problème est subtil, car fait aussi partie de la vérité de l’homme, le fait d’être et de vivre en partie comme sur un théâtre – c’est ce qu’on pourrait appeler son caractère baroque.


Il y a une part de littérature dans la vraie vie, dans la liberté. Vivre, c’est comme écrire sa vie au jour le jour, inventer un personnage qui est vraiment le déploiement de notre personne, et d’autant plus authentique qu’il est souvent imprévisible à nous-mêmes, qui sommes à la fois l’auteur et la trouvaille et l’étonné lecteur. C’est là la pensée, si je comprends bien, de Mc Intyre dans son beau livre Après la vertu. Elle me semble vraie. Qui donc est Obama ? 

 

Commentaires 

 
0 # PL 2010-10-16 12:19 Merci pour ces billets dans lesquels je retrouve tout à fait l'Amérique que je connais et qui est si mal representée dans les médias français. Si vous passez par New-York et si vous le désirez je serais heureux de contribuer un peu à votre réflexion sur les médias en vous faisant visiter le quotidien new-yorkais pour lequel je travaille. Bien à vous. Répondre | Répondre en citant | Citer
 
 
0 # HH 2010-11-08 02:32 Heureux de me trouver en accord avec vous et surtout, nous l'espérons vous et moi, avec la réalité.
Envoyez-moi donc un mail à e-net.defense.gouv.fr pour que nous soyons en contact. Vous me direz quel est votre journal et nous nous arrangerons pour nous voir quand je passerai à NY. Amicalement à vous. HH
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