Lettre d’Amérique n° 12 (b). Le marché politique et les médias. Obamaphobie

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer


Les faits en résumé ?

Revenons à ces démissions. Tributaire de mes sources, je rassemblerai d’abord ce que j’ai lu dans la presse des dernières semaines. Je ferai part de mes perplexités.


De tels départs après un demi-mandat se produisent sous toutes les présidences et en toute configuration politique. Mais la presse affirme implicitement qu’ils sont plus importants que d’habitude et y voit un signe de l’érosion du pouvoir et du crédit du président Obama. Les démissionnaires sont au nombre des collaborateurs les plus importants. C’est le premier cercle autour du président qui se disloque et disparaît presque tout entier.


Obama travaillait, nous dit le Washington Post cité plus haut, avec un tout petit nombre de personnes, un « premier cercle », et ne faisait vraiment confiance à personne d'autre. « Il n’aimait pas les têtes nouvelles. » Ces gens étaient ceux qu'il avait connus « avant », ceux dont il était sûr. Ce régime a été vivement critiqué. Et ce sont ces gens qui s'en vont. Si les faits sont ainsi correctement présentés, l’image d’Obama qui s’en dégage est très claire : il serait désormais un homme seul.

Déjà l’image d’un lame duck 


Il doit changer tout son mode de fonctionnement. Il va devoir trouver des têtes nouvelles, sur lesquelles il n'aura ni le même ascendant, ni le même contrôle. Pourra-t-il continuer à se passer des politiciens professionnels, et du monde des affaires, qu’il avait tenus à l’écart ?


Obama est un homme nouveau, imposé par l'électeur des primaires à l’establishment démocrate en 2008, comme les candidats Tea Party sont des novices en politique, imposés à l’establishment républicain en 2010. La moitié de ses anciens électeurs, notamment de ceux qui étaient enthousiastes, a désormais mauvaise opinion de lui. Parmi les démocrates, Hillary Clinton serait aujourd’hui mieux placée que le président pour lui succéder.


Les médias ne lui font plus aucun cadeau. Est-ce parce qu’ils font, eux, partie de l’establishment ? Ils se rendent compte que, sans Obama, homme nouveau et anti-establishment au départ, quels qu’aient été les ralliements progressifs dont il a bénéficié ensuite, il n’y aurait jamais eu le Tea Party.


Ce dernier mouvement, qu’on dit très à droite, et qui sans doute est très à droite, très conservateur, est pourtant, substantiellement, plus démocratique, quand il revendique le pouvoir dans un pays comptant désormais 56% de conservateurs, que les 18% de liberals qui voudraient monopoliser à perpétuité la démocratie et diaboliser les conservateurs.


En tout cas, les médias libéraux subissent à la fois Obama et le Tea Party, luttent contre eux, et préparent la place à Hillary Clinton, ou à quelque autre candidat dont l’élection marquerait un retour à la normalité consensuelle et « libérale ». Quand ils donnent l’impression qu’Obama n’aura bientôt plus que l’ombre de son pouvoir, on se demande ce qu’il faut précisément entendre par là.


Mais encore une fois, je pratique le doute méthodique, relativement à toutes ces impressions. Avec le réel, ce serait une erreur grave, mais avec les images médiatiques, c’est une méthode indispensable.


Cela ne veut pas dire qu’elles n’ont rien de vrai, mais que j’ai du mal à savoir ce qu’elles ont de vrai. Je ne veux pas me faire une idée fausse, je ne veux pas être injuste envers un homme, ni naïf par peur d’être injuste ou par excès de bonté. La Rochefoucauld disait : « Je n’appellerai jamais bon celui qui n’a pas même assez de force d’âme pour être méchant. » 

L’image d’un radical isolé, obstiné, indécis


Je reviens aux démissionnaires. La presse prétend que, sur le fond, ils étaient plutôt modérés, par rapport au président. Ainsi L. Summers, le principal conseiller économique repart-il à Harvard, déçu de n’avoir pas été entendu, et les "liberals" ultra-keynésiens et socialisants, amis de la relance et de la dépense publique, applaudissent. Rahm Emanuel, le chef d'état major, ne voulait pas, paraît-il, d'une réforme si audacieuse de l'assurance maladie.


Comment savoir ? Ce qui est sûr, c’est que l'Américain moyen est complètement révulsé par l’idée de cette énorme tutelle fédérale sur tous les individus, et qu’il n’y a pas beaucoup de volontaires aujourd’hui pour assumer devant l’opinion une responsabilité dans la décision. La victoire, dit-on, a beaucoup de pères, et la défaite est toujours née toute seule. Il y a bien des gens qui savent. Mais les témoignages sont contradictoires. Comment savoir qui est celui qui sait ? « A Qui se fier ? » Voilà la bonne question.


Ce qu’il y a de sûr, c’est que la presse donne d’Obama l’image d’un radical seul et déraisonnable, abandonné même par les plus fidèles de ses amis et des gens raisonnables qui l’avaient suivi. Mais est-ce vrai ?


L’image d’un leader faible 


Sur l'Afghanistan, c’est encore une autre histoire. Emanuel, avec lequel il vivait, paraît-il, comme en symbiose, était plus pour une solution minimale. Le président Obama est présenté, à la suite du livre de Bob Woodward, largement médiatisé (Washington Post, 27.10.2010), non seulement comme inexpérimenté en ce domaine, mais comme dénué d’imagination (« Give me options ! You give me no options ! »). On le montre indécis, faible puis tranchant, avec la maladroite dureté des faibles.


Apparemment sûr de lui, mais hésitant, et décevant pour ses meilleurs amis, il aurait fini par écouter les militaires et le secrétaire à la défense, Robert Gates, surtout par peur de se tromper, tout en les mécontentant au moins autant que son chef d’état-major. Il naviguerait entre la peur des responsabilités, s’il décidait contre l’avis des experts, et la peur du qu’en dira-t-on médiatique, s’il ne pouvait gaver les médias d’annonces intéressantes et de belles histoires. En face d’une opposition de trois grands militaires, il choisit de limoger le plus petit des trois, tout en gardant les deux plus grands, et en pliant devant leur volonté. Ce portrait chargé dessine un caractère plausible. Mais est-ce le vrai ?


Bob Woodward est bien renseigné, en ce sens qu’il connaît tout le monde à Washington, et que tout le monde tient à lui parler. Mais que sait-il vraiment ? Quand la presse fait et défait les réputations, tout le monde, par prudence, donne sa version, celle qui lui est utile, peut-être celle à laquelle il croit.
 
 
L’image d’un politicien machiavélique

A cette modération qu’on lui prête sur le fond, le chef d’état-major de la Maison Blanche, Emanuel, joignait un style incisif et partisan. Cette double facette de son adjoint aurait permis au Président de jouer un double jeu politique. Bien qu’il fût en réalité plus social-démocrate qu’Emanuel, il se serait servi du style agressif de ce dernier, pour donner à l’opposition l’impression du contraire. En même temps, il se servait aussi de lui pour se donner parmi les démocrates radicaux l'image du réformateur audacieux paralysé par des conseillers trop timides. Quant à la presse, qui nous montre un président prince de l’ambiguïté, manipulant ses plus fidèles serviteurs, elle se montre elle-même, sans bruit, comme celle qui démasque le fourbe et le prive de ses stratagèmes. Mais est-ce vrai ?   

 

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

Nouveauté !

Evénements

Aucun événement