Sur les traces de Tocqueville, 3. Encore sur l'islam et la liberté religieuse

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

 

Obama sur la corde raide 

 

Le Washington Post du 11 Septembre 2010 décrit la date d’aujourd’hui comme « A challenge for Obama ». Et le gros titre de la page 4 insiste : « Obama sur la corde raide pour l’anniversaire du 9/11 ». Scott Wilson y donne une analyse convaincante de la situation, même si l’explication n’est peut-être pas complète. La voici :  

 

En tant que chef d’une nation en guerre en Afghanistan, et de ses Forces armées, le Président américain doit justifier le conflit où s’est engagée (avant lui) l’Amérique, mais surtout il doit justifier le triplement des forces américaines que lui-même a ordonné – ce qui l’oblige a souligner la persistance du danger islamiste.  

 

Par contre, en tant que responsable ultime de la diplomatie US, et de son approvisionnement énergétique, il souhaite faire, comme d’ailleurs son prédécesseur, une claire distinction entre l’islam en général et l’islamisme extrémiste d’Al-Qaïda. Autrement, ce serait avec l’islam en général que l’Amérique serait en guerre.  

 

Tenir le milieu du chemin entre ces deux exigences n’est pas toujours chose facile. La plus grande difficulté, pour ce faire, vient de l’intérieur du pays.   

 

Le message d’Obama concernant l’islam 

 

En effet, cette distinction entre l’islamisme et l’islam n’a de sens que si ce dernier  peut être reconnu comme une religion susceptible d’accepter la coexistence pacifique avec les autres, dans des sociétés où existe une vraie liberté religieuse. G. Bush II pouvait soutenir que tel était le cas, quelle que fût par ailleurs son intime conviction. B. Obama soutient lui aussi que tel est le cas, et c’est sans doute son intime conviction. Et c’est pourquoi, au Caire, ou depuis l’East Room de la Maison blanche, « il a appelé les Américains à célébrer l’islam comme une religion pacifique dont les membres apportent une grande contribution à la société US. » (page A4, c.1).  

 

Le sens de ces déclarations doit être bien compris. Vendredi dernier, rappelle S. Wilson, Obama a encore fait profession de christianisme : « Je m’appuie fortement sur ma foi chrétienne », a-t-il ainsi déclaré (« I rely heavily on my Christian faith »). Son attachement à la liberté religieuse s’inscrit, affirme-t-il, au cœur d’une vision démocratique religieuse : « Aussi longtemps que je serai Président des Etats-Unis, je ferai tout ce qui sera en mon pouvoir pour rappeler au peuple américain que nous sommes « une nation sous Dieu » (« One Nation under God ») et nous pouvons bien le nommer différemment, nous restons tout de même une nation. »   

 

Voici donc sa position en résumé : la distinction entre islam et islamisme est essentielle pour la politique extérieure de l’Amérique ; elle doit être tenue pour valable et d’ailleurs elle l’est ; les implications en politique intérieure doivent donc être tolérées et plus encore embrassées avec confiance et ardeur ; l’islam a donc le même droit que toutes les autres religions (c'est-à-dire en fait le même droit que toutes les dénominations chrétiennes) à la liberté religieuse aux Etats-Unis ; et il a le même droit d’y apporter la contribution de sa différence spécifique que, mettons, le Christianisme et les Lumières, à l’intérieur d’un cadre de liberté religieuse, ce qui est possible, puisque ce dernier n’est pas en contradiction avec sa nature essentielle.  

 

On pourrait ajouter que pour le Président américain, l’évolution de l’islam, sa « Réformation », qui est certainement un des grands desseins de la politique US, ne peut être obtenue que si cette politique de tolérance envers l’islam est maintenue avec constance et fermeté.  

 

Telle est la position du Président Obama. Son problème, c’est que ce message passe mal, et de plus en plus mal, auprès du peuple américain.  

 

La crise de confiance 

 

Tous les sondages indiquent que ce peuple a de moins en moins confiance dans l’islam en général, comme s'il ne croyait pas que l’islam puisse être réellement commensurable au Christianisme et aux Lumières, ni qu’il puisse apporter (sauf transformation radicale) une contribution significative comparable, à la culture politique d’une société libre.

 

Pourquoi le croit-il ? Pourquoi a-t-il envie de le croire ? Pourquoi les élites libérales ont-elles envie de croire le contraire ? Et, last but not least, que croire avec raison, en cette matière ? La tentative de réponse à ces questions nous placerait sans doute au centre de la culture vivante de l’Amérique d’aujourd’hui.  

 

Ce qui paraît certain, c’est qu’en se mettant en porte à faux avec son peuple sur une question que ce dernier ressent comme vitale, centrale et explosive, le Président Obama est en train de perdre la confiance du peuple qui l’a élu.   

Le dernier sondage ABC News/Washington Post réalisé ce mois donne presque 50% d’Américains ayant une opinion défavorable de l’islam. C’est le taux le plus élevé depuis septembre 2001.  

 

Un pourcentage croissant estime que la position d’Obama vise à servir ses intérêts politiques personnels, compte tenu de ses origines (« they view Obama’s message as self-serving, reflecting public doubts about his background »).  

 

Les sondages pour les élections de mi-mandat sont presque toujours défavorables au parti en place, mais cette fois ils sont alarmants, à hauteur de 40/52, dans un système électoral bipartisan à un tour. Il n’est pas impossible qu’ils soient un peu gonflés, pour donner l’impression, après les résultats, que le raz de marée prévu ne s’est pas produit et que l’électeur a finalement épargné le parti présidentiel.   

 

La situation est tout de même très spéciale. En page 12A de USA Today, en date du 9 septembre 2010 : « Un récent sondage Newsweek a révélé que 20% des Américains croient que « beaucoup » ou « la plupart » des Musulmans américains sont des supporters d’Al Qaïda ; que 24% croient que le Président Obama est musulman ; et, ce qui est frappant, le sondage nous apprend qu’une majorité de Républicains (52%) croient qu’Obama veut étendre la charia – la loi islamique – à travers le monde. En d’autres termes, ils croient que le Président des Etats-Unis est en train d’aider un ennemi. »

 

Voilà ce qu’écrit un journal modéré dans un article sans prétention essayant de lister les faits.  On admettra qu’il s’agit là d’une situation politique peu courante. B. Obama a d’ailleurs déclaré hier que son pays devait « se garder des peurs, des suspicions et des divisions ».  Le Président Obama semble avoir perdu l’initiative politique. Le charisme est intact, mais le charme n’agit plus. C’est la destinée commune des chefs démocratiques, surtout de nos jours, compte tenu du degré accru d’irrationalité médiatique.

 

Indépendamment de la fortune politique du Président américain, ou de la faiblesse du pouvoir en démocratie non durable, il est clair que la question religieuse est devenue centrale aux Etats-Unis.  La question des jobs est très importante elle aussi, mais tout le monde est prêt à admettre qu’il n’y a pas de solution miracle et qu’aucun parti ne détient le secret de la panacée. Le problème de l’islam devient un révélateur des questions fondamentales des Etats-Unis, au moment où il devient de plus en plus clair qu’il y a lieu d’envisager une refondation du modèle, pour redonner sa crédibilité au rêve américain, ou, plus largement, au rêve démocratique. Cette refondation devrait d’ailleurs se faire aussi en Europe, et en liaison avec l’Europe.  

 

Commentaires 

 
0 # BSM 2010-09-18 18:54 Le fond de la question est bien là: que croire en cette matière? Pour avoir lu le Coran, qui est le fondement de l\'Islam,la réponse me paraît difficilement formulable tant ce \"livre\" est déroutant et peut être interprété en des sens complètement opposés.
Le message de l\'Evangile porte sans doute moins à confusion.
Répondre | Répondre en citant | Citer
 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

Nouveauté !

Evénements

Aucun événement