Sur les traces de Tocqueville, 2 - Questions sur la liberté religieuse

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 Dans cette seconde lettre d’Amérique, à la veille du 11 Septembre 2010, plutôt que de vous exposer des idées, je voudrais proposer une sorte de revue de presse, et partager ce qui m’a forcé à la réflexion.  

 

Polarisation sur les questions religieuses et tensions autour de l’islam 

 

La polarisation sur les questions religieuses a marqué ici les jours qui viennent de s’écouler. Mais cette fois, c’est de l’islam qu’il a été question.

 

Je ne rappellerai pas ce que tout le monde sait: sur fond d’une controverse au sujet de la construction d’une mosquée près du site du WTC, voici qu’a surgi l’étonnante affaire du Pasteur Jones, qui voulait brûler des Corans pour l’anniversaire du 11 Septembre 2001.  

 

Ces deux éléments très médiatisés font partie d’un plus vaste  ensemble. Comme le rappelle USA Today, 9 Septembre 2010, il y a « à travers les USA, une tension croissante autour de l’islam » .

 

Il y eut ainsi, déjà, en 2009, l’affaire d’une "jeune fille, Rifqa Bary, agée de 16 ans, convertie au christianisme, et qui avait fui en Floride, abandonnant le domicile familial de sa banlieue de Colombus, Ohio, parce que, argumentait-elle, elle croyait que ses parents en voulaient à sa vie à cause de sa conversion. Quand le juge ordonna son retour en Ohio, la cour était entourée des douzaines de sympathisants de la jeune fille."  

 

Plus récemment, le 24 août 2010, à New York, un jeune homme de 21 ans, Michael Enright, a agressé un chauffeur de taxi. Ce dernier soutient que l’agresseur lui aurait demandé s’il était musulman et l’aurait frappé pour ce motif. Le FBI enquête aussi sur un incendie criminel sur le site d’une mosquée en construction à Murfreesboro, Tennessee.  

 

Ma première lettre d’Annapolis était déjà consacrée aux questions morales et religieuses, parce que je les crois cruciales aujourd’hui, dans toutes les démocraties, et, plus encore qu’ailleurs, aux Etats-Unis. Il y a dix ou quinze ans, à propos du néo-conservatisme américain, on a parlé d’une révolution morale. Je me demande s’il ne faudrait pas aujourd’hui parler d’une révolution religieuse.  

 

De cette révolution, je ne suis pas sûr que les médias français prennent la mesure. Récemment, Glenn Beck, une célébrité télévisuelle très engagée, a parlé dans un immense meeting de « rappeler la nation à Dieu » (« to call nation back to God »). Et il n'a fait rire personne. Les courriers de lecteurs se contentent de rapporter les commentaires pour et contre.   

 

Le curé de Saint Frederick (Maryland) et la construction des mosquées 

 

On trouve en Amérique des idées et des sentiments qu’on ne trouverait pas en France, parce que les expériences historiques sont si différentes. L’histoire du catholicisme français est celle d’une religion d’Etat qui a été désétablie. L’histoire du catholicisme américain est celle d’une minorité humiliée qui a fini par gagner sa place et sa respectabilité, mais sans oublier les avanies qu’elle a dû subir. De là des différences de réactions face à l’islam – encore qu’il n’y ait pas, sur ce point, unanimité chez les catholiques américains non plus.  

 

Qu’on lise, par exemple, un article paru dans le numéro du Catholic Standard du 2 Septembre 2010 (pp.2 & 12). Mis en page sous la photo de l’archevêque Donald Wuert, il est écrit par l’abbé Peter Daly, curé de la paroisse Saint John Vianney, à Prince Frederick, à mi-chemin entre Washington et Annapolis.                                             

 

« Les catholiques opposés à la construction de mosquées à New York devraient se rappeler notre propre arrivée troublée sur les rives des Etats-Unis. 

 

« Au long du 19ème siècle, des foules en colère brûlèrent des églises catholiques dans les principales villes à travers tout le Nord-Est, y compris à New York. (…)  

 

« Dans les années 1830 et 1840, le Know Nothing Party répandit de viles rumeurs à l’encontre des Catholiques, incitant des populaces à brûler des églises catholiques et des couvents.  

 

« En 1834, une foule menée par les Know Nothing brûlèrent le couvent des Ursulines à Charlestown, Massachusetts. La police locale et les pompiers se contentèrent de regarder, donnant leur tacite approbation. Les sœurs et leurs élèves furent obligées de sauver leurs vies en fuyant dans les bois.  

 

« Après l’incendie, l’évêque du lieu, considérant que l’inaction de la police devant les incendiaires équivalait à une approbation par l’Administration, demanda à l’Etat de Massachusetts le remboursement des dommages. Une commission de la législature de l’Etat répondit  que « Les catholiques, reconnaissant comme ils le font, la suprématie d’un pouvoir étranger (= le pape !) ne peuvent pas réclamer de protection en tant que citoyens de la communauté. » (sic) 

 

« Dans les années 1850, les journaux newyorkais multiplièrent les éditoriaux contre la construction de la cathédrale saint Patrick, sur la 5ème Avenue. Elle blessait leur sensibilité. (…) Nous avons été ce qu’ils sont aujourd’hui. (…) La sensibilité n’est pas mentionnée dans la Constitution U.S.. La liberté religieuse l’est. (…) Au vu de notre passé, nous devrions être les plus forts défenseurs de la liberté religieuse. »  

 

Ce texte, à coup sûr, ne manque pas de vigueur.  Il appellerait de nombreux commentaires. Peut-être viendront-ils de vous.

Commentaires 

 
0 # PAB 2010-09-11 17:58 Après cette grille de lecture religieuse, et bien que la menace de brûler un coran vienne d'un pasteur, je vous propose de ne pas oublier une grille de lecture prétentieusemen t tactico-historique. Partant de l'hypothèse que al qaeda voit dans ground zero le lieu d'une bataille. Il reste à savoir qui est le vainqueur? Classiquement, le vaincu paye les réparations alors que le vainqueur occupe le champ de bataille (pendant trois jours pour signifier sa victoire, à une certaine époque). La ville de New York et les Etats Unis ont nettoyé le lieu du combat. Ils reconstruisent à leur frais le lieu dévasté. Enfin, un lieu de prière musulman s'installe sur les lieux. On peut accorder toute la bonne volonté à l'Imam qui propose de réaliser sa "maison de Cordoue" mais on peut comprendre que nombreux sont ceux qui accepteraient beaucoup mieux cet maison ailleurs! Répondre | Répondre en citant | Citer
 

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