Nouvelle publication : Démocratie durable. Penser la guerre pour faire l'Europe

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Les Éditions Monceau vous présentent : 
Couverture Démocratie durable

De quoi s'agit-il?

 

Trois extraits du livre à paraître ont été publiés dans ce blog au cours des deux dernières semaines. Voici maintenant un lien vers la Table des matières de Démocratie durable. Penser la guerre pour faire l'Europe.

Ce livre sera publié aux Editions Monceau et vendu exclusivement sur ce site. Je dirai pourquoi. J'ai d'ailleurs commencé à le dire, en faisant il y a quelque temps "l'Eloge de Wellington".

« Penser la guerre », voilà qui peut donner des frissons.

Pour éviter quelques malentendus, je publie aujourd'hui dans ce blog un article paru dans Le Figaro, le 27 janvier 2005, sous le titre : « Le principe amitié ».

Ma pensée sur le sujet n'a pas changé. C'est en raison du « principe amitié » qu'il faut « penser la guerre », et la « démocratie durable », et « faire l'Europe » (j'entends : l'Europe de démocratie durable, l'Europe réaliste qui sait penser la guerre et le pouvoir, celle qui reconnaît le « principe amitié »). Et si vous vous demandez si et comment tout cela peut s'organiser de façon cohérente, eh bien! lisez donc le livre, et nous en parlerons, ici ou ailleurs.

 

En attendant, voilà ce que disait l'article du Figaro:

 

Le principe amitié : l'éthique s'organise autour de la notion d'amitié (philia)

 

« Depuis Max Weber, nous répétons que les jugements de valeur ne sont pas des jugements de fait et qu’ils sont toujours subjectifs. En même temps beaucoup reconnaissent que nous souffrons d’un manque de repères, de références, de critères et de principes. En réalité, nous disposons bien de certains principes, mais il nous en manque au moins un : le principe amitié.

 

Supposons que l’éthique s’organise autour de la notion d’amitié. Entendons par là ce que les Anciens appelaient philia : toute espèce de force ayant pour effet de rapprocher positivement entre eux les humains – instinct semi grégaire ou sympathie, attrait des sexes pour la vie commune, intérêt matériel et calcul d’utilité, plaisir de converser, besoin de communication profonde. Ainsi comprise, la philia pourrait être imaginée dans le monde humain et social comme l’analogue de l’attraction universelle dans le monde purement matériel. Que pourrait changer l’introduction de cette hypothèse ?

 

Pourquoi pas mal de gens sont fâchés avec la morale

Beaucoup sont fâchés avec la morale à cause du devoir, qui semble en contradiction avec le bonheur. Mais l’amitié ne permet-elle pas la synthèse du devoir et du bonheur ? Pour son fils Nicomaque, Aristote écrivait que « sans amitié, nul ne choisirait de vivre. » Il comptait au nombre des amitiés les amitiés familiales et l’amitié conjugale. On oppose parfois le bien au lien, mais le lien n’est-il pas le bien même ? Il n’y a pas d’amitié durable sans une dynamique de générosité, de désintéressement, voire d’oubli de soi et de sacrifice. L’amitié est ainsi la matrice et la synthèse des vertus : courage, justice, modération. Aristote disait  aussi qu’« il n’y a pas de différence entre un homme excellent et un véritable ami ». On parle avec raison de « devoirs d’amitié », quand les devoirs entrent dans la sphère de la philia. Une fois devenus devoirs d’amitié, les devoirs perdent leur caractère dur, inhumain ou desséché. L’amitié réconcilie le bonheur avec le devoir.

 

Cette amitié est, à la fois, un fait indiscutable et une valeur dont personne ne doute sérieusement. Elle est un fait, car elle est le lien social même, sans lequel toute société tomberait en poussière ; et elle est un fait universellement vécu comme une valeur. Impossible de séparer ici le fait et la valeur. Pourquoi dès lors continuer à douter des jugements de valeur, s’ils sont enracinés dans l’expérience de la philia ? La morale est un ensemble de règles, mais l’éthique est un ensemble de vertus dont l’amitié est à la fois la matrice et la synthèse. On peut douter de la règle, mais on ne peut douter pareillement du fait de l’amitié, ni de sa valeur, ni de celles des vertus qui entrent dans sa logique. Les bonnes règles sont des formulations d’une vie bonne en amitié.

 

La Philia et la République conservatrice

 

Le principe amitié se développe en valeurs sociales et républicaines. L’amitié unit entre eux des individus et enchevêtre ces liaisons, nous faisant faire à tous corps en société. Ainsi ne peut-on séparer l’amitié et la cité, l’éthique et la politique. Mais l’idéal d’amitié ne va pas sans confiance et la confiance confie des responsabilités à des libertés. Par ailleurs, l’amitié comble les distances et tend à faire pour autrui ce qu’elle fait pour elle-même.  L’amitié aime donc l’égalité, pourvu que celle-ci soit sans envie et n’éteigne pas la faculté d’admirer.

 

Le respect et la justice semblent tout naturels dès qu’il y a un peu de véritable amitié. Au contraire, quand il n’y en a pas, la justice et le droit ne sont qu’une guerre froide. La confiance ne va pas sans désarmement et le moindre désarmement est déjà un abandon partiel de sa liberté, un passage au-delà du droit et de la justice froide. L’amitié parle au cœur, mais en écoutant la raison. Ouverte au désintéressement, elle marche vers l’horizon d’une amitié sans exclusive et se plie au respect de lois morales universelles. Le principe amitié renouvelle le rationnel en le rendant humain, cordial et raisonnable.

 

Le principe amitié permet aussi de mieux poser le problème du rapport entre la politique et la métaphysique, la religion et la foi. L’éthique d’amitié ne postule pas simplement la métaphysique, mais elle y entre presque, dès lors que l’éthique, dont nous pouvons être sûrs, ne signifierait rien sans la liberté, laquelle nous ouvre la porte du mystère de l’esprit, supérieur aux déterminismes. Dès lors que l’amitié admet le désintéressement, elle est prête à des sacrifices, voire à l’engagement total. La dignité humaine consiste à avoir le droit de se voir traité ainsi par les autres, et à devoir traiter les autres ainsi. Cela se conçoit bien si la personne humaine possède une valeur absolue, laquelle prend un sens en référence à un Absolu ayant lui-même rapport à l’ordre éthique et personnel.

 

Eros, Philia, Agapè

Si la cité est liée par une philia, et si la religion est amour divin, en grec agapè, où est le principal problème entre politique et religion ? non pas dans une rivalité entre des pouvoirs, mais dans la suture, au cœur de l’homme, entre la philia et l’agapè, entre l’éros et l’agapè. L’éros est en tension avec l’agapè, mais la philia leur fournit une médiation, si l’éros accepte d’entrer dans la logique de la philia.

 

Le principe amitié reconnaît aisément la place du Christ dans une cité libre. « Aime ton prochain comme toi-même », c’est peut-être le fondement radical d’une égalité sans violence et sans utopie. Le Christ est aussi, à tout le moins, un incomparable professeur d’amitié.

 

Le principe amitié, enfin, a le sens des réalités. Car un ami est bien réel dans le monde, il est, dit la chanson, « ce qu’il y a de meilleur au monde ». Chacun fait aussi dans la vie l’expérience de l’inimitié. L’éthique d’amitié aide à gérer sans amertume le mélange de paix et de guerre, qui est si souvent la vie même.

 

 

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