Henri Hude

La question du Front National

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Samedi, 05 Novembre 2016 21:03 Écrit par Henri Hude

 

De nombreuses personnes m'ont interrogé au sujet du Front National. A sept mois des prochaines élections, après avoir bien réfléchi et consulté, voici sur ce sujet mes conclusions motivées.

 

                                              
Situation d’ensemble du pays

 
Jusqu’à présent, deux partis dominent la vie politique. A gauche, les libéraux de gauche dominent ; à droite, ce sont les libéraux de droite. Quelques remarques sont importantes sur le sujet :

Les uns comme les autres s’alignent de plus en plus sur l’agenda néo-conservateur de Washington en politique étrangère, en grande partie parce qu’ils n’ont pas le choix, et probablement sans grande conviction, mis à part pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy.

Les deux partis ont accepté les règles du libéralisme dans la sphère économique mais aussi dans la sphère sociale. La droite conservatrice en matière sociale n’a pas voix au chapitre dans la définition de la politique du pays

Une nuance majeure à apporter est que, malgré ces principes libéraux, le pays est conduit par une classe de bureaucrates de culture jacobine et socialiste. C’est en partie contre leurs propres traditions qu’ils suivent le libéralisme américain.

La cause de la ruine croissante de notre économie est cette contradiction : ouverture à la concurrence libérale, associée à une structure administrative, économique et fiscale jacobine. Les  parties du pays exposées à la concurrence sont celles qui souffrent : jeunesse, secteur privé – aussi bien salariés qu'entrepreneurs, sans parler du nouveau prolétariat. Elles sont sacrifiées, pour donner quelques années d’existence aux fonctionnaires et aux retraités, qui sont par ailleurs les bases électorales des deux partis dominants.
 

 

La montée des inégalités au niveau mondial et le retour du principe national
 

Les politiques libérales, en insistant trop sur les contrats et la liberté individuelle, ont accru dans des proportions effrayantes les inégalités de pouvoir et de richesse, et conduisent le monde vers des tensions sociales très graves. Beaucoup de gens réagissent à cette injustice et sont à la recherche d’une vie plus digne. Ils ne voient plus la démocratie dans le libéralisme, mais dans le nationalisme, ou le socialisme, et placent leur confiance dans des hommes forts (ou de fortes femmes) anti-élite.

Nous sommes donc en présence de régimes usés, historiquement représentatifs mais dans lesquels désormais une vaste majorité se trouve délaissée, sans adéquate représentation. Ces régimes sont tous sous tension, à des degrés divers, les plus « oligarchiques » et inégalitaires étant probablement les plus à risque. Il devient donc nécessaire de ne pas se limiter à une justice purement libérale, mais de prêter davantage attention aux deux autres dimensions, sociale et conservatrice, de la justice.

Au plan international, une démocratie plus équilibrée signifie aussi une réappréciation de l’importance de l’échelon national. Mais tout ceci équivaut à une rupture avec les politiques menées depuis des décennies.

 

 
L’émergence des partis populaires / populistes

 
Dans cette perspective, il est naturel que les citoyens cherchent une personnalité, une équipe, un parti à mandater, pour mettre en œuvre une telle politique de rupture, ou du moins de très fort rééquilibrage, en rétablissant leurs droits économiques et politiques, à commencer par l’autorité souveraine des représentants du peuple, la solidarité et la nation. Tout ceci est non seulement naturel, mais juste et nécessaire, la justice étant dans l’équilibre de ses différentes dimensions.

Les peuples sont confrontés à ce qu’ils perçoivent comme un contrôle des institutions démocratiques par la haute aristocratie d’argent nationale et internationale. Ils se tournent naturellement vers des personnalités fortes et populaires, qui leur promettent d’exercer un pouvoir autoritaire et personnel pour rétablir leurs droits. Il n’y a en cela rien que de classique, car les peuples se sentant opprimés par une aristocratie, se portent naturellement vers un pouvoir personnel fort, et qui seul est en mesure de s’imposer aux élites. Ce pouvoir peut être celui d’un grand homme d’Etat, d’un monarque ou bien encore d’un dictateur démagogue. Tout cela aussi est naturel et classique. Ceux qui se plaignent de ces effets auraient mieux fait de ne pas en vouloir les causes.

En France, le Front national déclare être ce type de parti, organisé autour de la personnalité de Marine le Pen. La bonne question est donc : pour recevoir un tel mandat, le FN est-il le bon mandataire ? le seul possible ?
 

 

 

Economiquement
 

Les Français sont un peuple plus démocratique que les autres. Ils sont donc relativement moins touchés par les inégalités. Mais le problème de fond des Français est l’archaïsme de l’Etat, du système social et fiscal, qu’il convient d'adapter en fonction des évolutions du monde, des sciences et de la démographie. Sans cela, notre prospérité va continuer de fondre, et avec elle la paix sociale. L’enjeu politique majeur est la réforme structurelle du pays.

Le pays combine les inconvénients des politiques libérales globales et des politiques socialistes locales. Il devient moins compétitif, le chômage réel augmente, ainsi que la dette. L’hyper-régulation et la fiscalité étranglent l’initiative. Et pourtant les gens sont aussi mécontents du néo-libéralisme et de l’UE, qui signifie à leurs yeux chômage et immigration.

Le Front National évite de mentionner les réformes structurelles. Il met en avant sa promesse de rétablir la souveraineté nationale, notamment en renforçant l’Etat et en redonnant au pays sa monnaie nationale. Quelle que soit la sympathie qu’on puisse avoir pour le principe de souveraineté, nous sommes forcés de nous poser quelques questions simples sur ce que serait la souveraineté monétaire sans les réformes structurelles. Car la souveraineté est le privilège des pays forts et les pays ruinés et endettés ne sont jamais souverains.

Le France a certes de nombreux atouts et a encore beaucoup de richesses. Mais avec son déséquilibre commercial, son déficit public et son endettement, un redressement structurel de son économie, déjà difficile à réaliser dans les meilleures conditions, ne deviendrait-il pas impossible si nous récupérions immédiatement notre monnaie nationale ? Et, si nous adoptions une attitude négative envers les milieux d’affaires, envers nos voisins et principaux partenaires, et envers la liberté économique, que se passerait-il ?

En effet, quand on a une monnaie souveraine, on ne peut se permettre d’avoir un déficit public et un déséquilibre commercial, sous peine de voir les réserves de changes de la banque centrale s’évanouir, et, à partir d'un certain moment, la monnaie s’effondrer. Sortir de l’Euro imposerait donc (i) de restructurer très vite la dépense publique afin de ramener les comptes à l’équilibre, (ii) de mettre fin au déséquilibre commercial dans l’urgence, (iii) de rétablir aussi vite la compétitivité de l’économie afin d’exporter plus que nous n’importons, (iv) de compenser le terrible choc sur la consommation provenant de la restriction rapide de la dépense publique, et de l’inflation sur les produits importés. Une telle politique nécessiterait des investissements massifs, et l’on se demande d’où cet argent pourrait venir : des investisseurs étrangers à qui l’on viendrait de faire subir une dévaluation forte ? Des citoyens qui subiraient le choc inflationniste et l’austérité ? Des entreprises dont les dirigeants se méfieraient de ce nouveau pouvoir jacobin ? De l’Etat dont la lutte à court terme serait la défense de sa monnaie ?

Quoi qu’il en soit, nous voyons qu’une condition nécessaire pour qu’un nouveau parti puisse répondre au mandat populaire en redressant le pays est de jouir de la confiance des entrepreneurs et des milieux d’affaires. Le mandataire doit, à la fois, définir clairement le mandat qu'il entend recevoir : une vraie politique de réformes fondamentales, et pouvoir afficher un capital de compétence réelle (extra-bureaucratique), la marque de tout cela résidant dans un discours non-démagogique et non fantasmagorique.

On comprend qu’un nouveau mandataire de la Nation souhaitera une politique de réformes qui ne soit pas qu’un serrage de ceinture, sans autre horizon que le serrage suivant et l’euthanasie continue de l’économie productive. Elle doit au contraire signifier la recréation d’un véritable avenir économique pour le peuple et la jeunesse. Mais, il faut pour cela unir compétence, réalisme et innovations, notamment pour établir un lien organique entre le marché et la solidarité.  

Le Front National ne répond pas à cette caractérisation. Il ne jouit pas d’un tel soutien. Sa logique est avant tout politicienne. Au contraire, le Front National promet de conserver un Etat obèse et de lui donner un caractère néojacobin, avec tendances socialistes et autoritaires, de garder une solidarité sociale prodigue, de sorte que sa promesse de sortir de l’Euro n’est probablement pas tenable. Bref tout sauf une rupture.
 

 

Politiquement

 

Le problème du Front National, tel qu'il est devenu, c’est qu’il ne peut espérer venir au pouvoir, sans adopter des positions économiques jacobines et autoritaires qui lui aliéneront la confiance des milieux économiques – je parle de la masse des responsables économiques sérieux, y compris les esprits objectifs et prudents au sein des élites les plus élevées.  Or, cette confiance, il en aurait absolument besoin pour redonner vie à notre économie – et par conséquent pour nous rendre notre puissance et notre indépendance.

Faute d'horizon économique crédible, le FN ne peut espérer arriver au pouvoir sans capitaliser sur des divisions ethniques et religieuses, qui nous condamnent à des conflits sans fin, voire à la guerre civile. Et nous ne sommes pas même sûrs de sortir victorieux de tels conflits, parce que le Front promeut une culture qui divise les Français et déracine leur universalisme (ce qui est paradoxal pour un parti qui prétend nous restituer notre « identité »). Car la France, à la différence d’autres nations européennes,  ne s’est pas identifiée d'abord dans une appartenance ethnique ou linguistique, mais dans l’adhésion à des valeurs universelles (voir plus bas).

La situation pourrait donc sembler sans issue, parce que, de l’autre côté, l’actuelle classe dirigeante semble confortablement installée. Elle ne veut pas d’une véritable réforme, qui forcément équivaudrait à la promotion d’une couche dirigeante nouvelle et rivale, qui ne tarderait pas à la remplacer, puisqu'infiniment plus compétente. De plus, si la France ne procède pas à ses réformes structurelles, les tensions au sein de l’Euro finiront par devenir inacceptables, une crise détruira l’Euro et l’UE s’effondrera avec lui.  

La France ayant besoin d'une politique de rupture et de renaissance est  donc en attente d'un mandataire adéquat.
 

 

Culturellement

 
Le Front National  n’est pas fasciste, parce que le fascisme n’est pas un produit français, étant une forme non française ou antifrançaise de jacobinisme. Et précisément, le Front National est devenu un nouveau nationalisme jacobin français. Paradoxalement, c’est un groupement formé, au départ, de tous les mouvements réactionnaires français, qui avaient en commun l’aversion envers la Révolution française, mais qui, à l'arrivée, se fondent dans un revival de la Révolution française. Il intègre à son idéologie les Lumières, la laïcité, la République et même la guerre pour la Liberté. Mais cet universalisme se voit restreint à n’être qu’une partie de l’« identité nationale », à côté des racines néo-païennes irrationnelles et de la religion chrétienne version fondamentaliste. Il n'est pas anormal qu'un parti tente d'amalgamer en lui bien des courants divers, pour que tout le monde y trouve un peu son compte. Mais là, nous sommes en présence d'un assemblage qui voudrait faire l'unité des universalismes français dans le creuset d'un particularisme fondamental. Ce patchwork n'est pas viable et il constitue de plus une forme de perversion.  

D'abord, le Front National ne parviendra pas, probablement, à mettre par terre les deux autorités spirituelles dominantes en France, celle des Lumières et celle du catholicisme. Autrement dit, les deux universalismes qui ont si profondément constitué la culture française. Cela n’a pas le moindre sens que de tenter de les intégrer à un particularisme.

Réduire la religion universelle (c'est le sens du mot "catholique") au particularisme français, et s’en servir comme d’un marqueur antimusulman et nationaliste, en prenant le risque de faire flamber une guerre de religion, ne peut se faire que contre l'Eglise et dans un esprit nettement anticlérical et antiromain. Ceci n’est pas nouveau. Il suffit de se rappeler Pie XI, condamnant l'Action française, en 1926, pour avoir subordonné la religion au nationalisme et à la politique. Le pape a rarement été aussi critiqué à droite depuis longtemps, y compris par des catholiques à la fois traditionalistes et nationalistes, tels Philippe de Villiers. La popularité d’un Éric Zemmour n’a d’égale chez eux que l’impopularité de François.  

Autre fait tout aussi certain : bien que la nouvelle culture politique du FN soit désormais un néo-jacobinisme hérité des Lumières, c’est rejeter le sens profond la philosophie des Lumières (aussi bien que du catholicisme), que de vouloir la restreindre en une simple « identité nationale ».

Le rejet à la fois du catholicisme et de la philosophie des Lumières est hélas ce qui définit un néo-paganisme irrationaliste, présocratique. C'est malheureusement ce dernier qui constitue culturellement l'aile marchante du FN. Il y a là une culture profondément antichrétienne et on peut espérer que peu de catholiques français se laisseront embarquer longtemps comme ses supplétifs dans une aventure politique sans avenir. L'exigence de rupture et de renaissance est aussi une exigence d'éviter la fausse route.

Paradoxalement, cette défense particulariste d’une « identité » française est parente de la frénésie fanatique d’un islamisme effrayé et mécontent de se sentir à son corps défendant pénétré et imprégné d’humanisme occidental. Il est probable que malgré les troubles qui s’annoncent, la France collera à l’humanisme. Mais il est vrai aussi que l’humanisme des Lumières est en grande partie épuisé.

C'est de l'inculture que de réduire l'humanisme à sa version "franc-maçonne cassoulet". L'humanisme est le point commun de la culture classique antique, du christianisme et des lumières. Et hors de l'humanisme, il n'y a que l'antihumanisme. C'est le contraire de la vérité. C'est le contraire de la France.


La réforme de la France est impossible sans une forte légitimité d’un pouvoir soutenu par une très large et profonde confiance. Même une forte dictature n’aurait pas ce pouvoir, faute d’autorité. Car l’autorité vient de la culture. Cette autorité ne peut pas venir d’ailleurs que d’un renouveau de l’humanisme et un tel renouveau est impossible si cet humanisme n'inclut pas le christianisme, religion de l’Homme-Dieu, lui-même déjà profondément renouvelé et rajeuni, notamment depuis Vatican II, au-delà des conflits et traumatismes de notre histoire. Seul un tel humanisme est capable d’unir les divers courants et strates de notre culture française (et européenne). Seul il peut prêter à un grand pouvoir réformateur cette autorité large et généreuse sans laquelle les divisions ne pourraient être surmontées.

C’est là la plus grande faiblesse du Front National. Il est trop étroit culturellement et trop peu profond, et trop durci, pour correspondre au fond universel et humaniste de notre culture. Faute d’autorité, il n’aura pas de pouvoir suffisant face à tant de forces hostiles, d’autant qu’il ne pourra même pas redresser l’économie et que, faute de réformes, le discours de souveraineté est condamné à n’être qu’un discours.
 

 

Evolutions à prévoir
 

La possibilité des réformes dépend de la passation d’alliances entre les diverses forces vives de la société, actuellement comprimées. Tant qu’elle restera enfermée dans un syndrome anti-chrétien, la gauche de solidarité ne pourra être que l’otage et la caution populaire de la gauche libérale. Tout comme la droite conservatrice ne pourra être que l’otage et le témoin de moralité de la droite libérale, tant qu’elle ne verra pas que la défense de la famille ou la lutte contre l’islamisme passent d’abord par la défense du travail et la lutte contre le chômage – et donc par des réformes structurelles. Et tout comme l’élite entrepreneuriale, effrayée par l’épouvantail socialiste, restera l’otage d’une finance globale libertaire. Il y a pourtant là trois forces qui ne demanderaient qu’à passer un compromis, sous l’égide d’un mandataire de leurs intérêts communs.

Lier le thème de la famille à celui du travail (et réciproquement) refuser la guerre de religion et critiquer l’argent roi, ce sont les trois moyens de permettre la seule coalition politique capable de porter les réformes de structure.  Inversement, mettre en avant sans arrêt les absurdités sociétales et la guerre postiche contre l’islamisme permet d’empêcher l’union de ces forces. Pour gagner, il faut donc être capable de sortir de ses habitudes, de laisser tomber de vieilles animosités qui n’ont plus de sens, de surmonter ses passions unilatérales, d’approfondir sa culture humaniste et de mettre au pouvoir des gens qui ne soient ni des bureaucrates, ni des médiatiques. 

En attendant, la protestation contre l’immigration est progressivement devenue protestation contre l’islamisation. L’identité ethnoculturelle serait changée. Des fantoches livreraient le peuple à ses ennemis. Voici le refrain : il y a deux peuples sur le même sol et ils ne peuvent vivre ensemble. Le peuple ancien doit chasser les traitres et  élire de solides défenseurs. Quant au nouveau peuple, il doit s’adapter, aimer la France ou la quitter. Mais que faire s’ils ne veulent pas partir de bon gré ?

Dans un pays civilisé, on devrait y réfléchir à deux fois avant de se lancer dans des discours superficiels et passionnels, dont la seule conséquence logique serait de proposer « la valise ou le cercueil » à une grande partie de la population. Ici encore, la logique politicienne de court terme transparaît.  

Avant de paniquer ainsi, mieux vaudrait se dire que toute la situation va être modifiée fondamentalement par le cours que prennent les événements aux USA. La classe dirigeante américaine est divisée. Face à la surextension de leur empire, les Américains pourraient choisir, par prudence, d'opérer un repli stratégique, de ne pas aller à l'épreuve de force avec la Russie, de mettre fin à l'utilisation sale de l'islamisme et à l'alliance avec les monarchies pétrolières. Même si ce n’est pas le cas, les divisions politiques au cœur de l’Empire ne pourront que nuire à ses clients comme Ryad ou Doha. Et du même coup, perdront leur pertinence les candidats exprimant ou le conformisme, ou le désespoir et la panique. Autrement dit, le jeu est encore grand ouvert et l'imprévisible est encore le plus probable. 

 

Où va le monde ? Et nous, Français, que choisir ?

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Mardi, 04 Octobre 2016 13:38 Écrit par Henri Hude

 

Besoin de synthèse. Garder ou non l’Empire ? C’est la question en Amérique.

 

Dans cet article, je voudrais proposer une brève synthèse. Sans synthèse, impossible de faire des choix rationnels[1].

Plaçons-nous d’abord en esprit à Washington, là où se trouve encore le principal centre de pouvoir dans le monde. C’est essentiel, si nous voulons pouvoir décider bien pour la France.

Nul ne peut prévoir le résultat du processus électoral actuellement en cours aux États-Unis, aussi imprévisible que l’était celui du Brexit au Royaume Uni. Ce qui est certain, c’est qu’un vrai choix semble sinon proposé aux électeurs américains, du moins indirectement impliqué par tout le débat en cours. Voici la question qui leur est posée : faut-il garder ou non l’empire américain ? Concrètement : faut-il, avant qu’il ne soit peut-être trop tard, redevenir une nation normale, la plus puissante mais non la seule hyper-puissante ? Ou faut-il jouer le tout pour le tout et employer au besoin la manière forte pour rétablir un leadership global en fort recul, et qu’on aurait décidé de ne pas lâcher ? Obama a choisi de ne pas choisir. Donald Trump représente la première option et Hillary Clinton la seconde. Ce qui est en jeu, ce ne sont donc rien moins que la paix et la guerre.

  

 

 

Démocratie en Amérique ?

 

La question, c’est donc aussi la démocratie en Amérique. Un grand Empire ne peut guère être gouverné démocratiquement. Nul ne sait si un président Trump aurait les moyens politiques d'imposer son point de vue, mais celui de la présidente Clinton, candidate des néo-conservateurs, serait impérial et tout sauf démocratique.

Les USA vivent une très grave crise de la représentation. Les appareils des grands partis semblaient oligarchiquement contrôlés, et la démocratie n’être plus qu’un nom. Le peuple chercha donc un véritable représentant et forcément le chercha sous la seule forme aisément disponible en de telles circonstances, celle du pouvoir personnel d’un chef répondant à ses attentes. A cause d’une démesure oligarchique qui a déséquilibré leur régime mixte, les US vivent donc dans un temps où la réaffirmation de la démocratie passe paradoxalement par l’affirmation d’un fort principe « monarchique », ou plutôt monocratique, face à des oligarchies de plus en plus réduites et comprimant les droits économiques et politiques des classes moyennes. Le choix est même entre une oligarchie de plus en plus dure manipulant la démocratie, et une sorte de pouvoir personnel peu soucieux de droit, hostile aux élites et aux institutions – ce que les classiques Grecs appelaient une tyrannie et que nos spécialistes aiment appeler une semi-dictature populiste. Le coût pour les USA en termes d’image et de rayonnement serait évidemment considérable.


 

Larguer l’Empire ? Et changer les règles du jeu économique ?

 

Le renoncement à l’empire permettrait de colossales réductions des budgets militaires, dont l’impact sur la sécurité globale serait imprévisible. Ces économies pourraient permettre une redistribution des parts du gâteau, aujourd’hui accaparé par le trop fameux « 1% », et un réinvestissement massif dans la reconstruction des infrastructures, de l’industrie, de la formation et des classes moyennes. On peut aussi penser qu’en donnant une crédibilité à la réduction de l’hyper-endettement des US, et en leur redonnant une base industrielle massive, ces économies et ces investissements permettraient d’éviter l’effondrement à terme du dollar. Ils mettraient fin aussi à une fuite impérialiste en avant, dont la continuation va finir par comporter un risque de guerre mondiale. 

La politique de repli, et de reconstruction intérieure, implique aussi pour les USA, donc pour le monde, un changement des règles néo-libérales que Washington a de plus en plus imposées au monde depuis  des décennies. Une réduction logique de la liberté des échanges, y compris des échanges de main d’œuvre (c’est-à-dire concrètement de l’émigration/immigration), ne peut manquer de déconcerter ceux qui ont obéi à Washington en libéralisant et qui devront savoir comment s’adapter. Elle comporte elle aussi un coût important en termes d’image, comme si les USA devaient passer par une période où ils cumuleraient l’impopularité inévitable de la puissance longtemps impériale, et l’impopularité du Nord refoulant le Sud. Cette politique peut se justifier par des arguments d’ordre rationnel, mais elle ne peut guère se réaliser sans exploiter des passions : le ressentiment des WASPs[2]. La politique d’immigration massive ouverte au Sud, simple corrélat de la politique néolibérale, et aussi leur propre malthusianisme démographique, les ont dilués (depuis les deux tiers de la masse jusqu’à un peu moins de la moitié) et sont en train de modifier l’identité collective des États-Unis. Une politique néo-nationale devrait passer par une période où l’open society se renfermerait derrière un grand mur. Cette politique ne saurait manquer d’avoir un retentissement énorme sur la perception de l’Amérique dans le monde, faisant d’elle non seulement une sorte de semi-tyrannie personnelle, mais aussi une société fermée sur elle-même, composée d’anciens riches déclassés et de vieux devenus xénophobes.   

 

 

 

La très encombrante alliance islamiste.

 

Donald Trump a déclaré que le président Obama avait créé l’État islamique. C’est un raccourci trop bref, et de toute façon, le mal ne daterait pas d’Obama. La politique impériale est forcément pour Washington une politique pro-islamiste, tout simplement parce que l’islamisme est la seule alliance de revers[3] possible et nécessaire pour tout projet américain de domination globale – projet que beaucoup, aux USA ou en Europe, jugeraient bénéfique et ne qualifieraient pas de domination. Mais la guerre contre cet islamisme, qu'il faut bien brider quand il est moins utile qu'inutile, justifie de serrer les rangs et de serrer la vis aux libertés publiques à l’intérieur du pays, tout en détournant l’attention populaire de la crise de la représentation et de la crise de la classe moyenne, donc de la démocratie.

L’efficacité de l’intervention russe en Syrie a mis en échec cette stratégie. Elle a démontré que Washington et Ankara avaient joué double jeu avec l’EI. Ne commentons pas les développements récents de la situation en Turquie. La donnée essentielle et durable, c’est que si Washington voulait avoir les mains libres pour lutter vraiment contre un islamisme à l’émergence duquel il a tant contribué[4], Washington devrait accepter une politique de repli, mais négociée et concertée avec les autres partenaires, afin d’éviter dans tous les domaines des ruptures catastrophiques d’équilibre.

Pour être précis et complet quant à l’essentiel sur ce sujet, il faut rappeler deux ensembles de faits :

1° une contradiction structure malgré tout la relation US au monde musulman : globalement, l’islam est pour Washington une alliance de revers ; toutefois, face au rival chinois, l’alliance ou la neutralité de l’Inde sont indispensables, et donc le Pakistan islamiste et ennemi irréconciliables de l’Inde, est un embarras. Le contrôle de l’Afghanistan est le meilleur moyen de tenir le Pakistan, pour des raisons de rivalités ethniques internes au Pakistan. Il faut donc aussi empêcher toute collusion entre Riyad et Islamabad.

2° Des factions du gouvernement américain voudraient « larguer » l’alliance islamiste. Le rapprochement relatif avec l’Iran, la décision d’exploiter le gaz de schiste pour ne plus dépendre énergétiquement du Moyen-Orient,  la guerre des prix des hydrocarbures entre la maison de Saoud et les US, l’autorisation accordée aux victimes du 11 Septembre 2001 de poursuivre Ryad en justice, la tardive décision de porter des coups militaires importants au « califat » – tout cela montre que les US hésitent et cherchent en partie une autre solution.

Celle-ci va devenir inévitable, si l’affaiblissement du contrôle de l'opinion occidentale par les médias ne permet plus de masquer le double jeu face à l’islamisme. Mais quelle situation géopolitique nouvelle peut émerger, si l’alliance vient à être effectivement rompue ? Cette situation serait-elle gérable et par quels moyens ? Les réponses vont varier, selon que Washington accepterait un repli franc, ou un demi-repli ayant pour fonction de laisser au chaos futur le soin de faire regretter son pouvoir passé.

Où iraient le monde musulman et le mouvement islamiste en cas de rupture de l’alliance entre les US et l’islamisme ? Et comment, sans risquer de désorganiser les approvisionnements pétroliers dans le monde, laisser tomber une monarchie politiquement archaïque, et qui ne peut survivre qu’en faisant à coup de milliards la promotion du fanatisme ? Comment éviter que le wahhabisme affolé, livré à lui-même et devenant objet de réprobation universelle, y compris dans les pays musulmans, ne fasse des folies ? La réponse à ces questions reste largement imprévisible, surtout en Europe, plus proche des terres historiquement de tradition musulmane. En tout cas, on ne voit pas comment les US pourraient renoncer à l’empire sans cesser de jouer avec le feu islamiste, et pourraient réduire le terrorisme islamiste sans cesser d’en avoir secrètement besoin.

A dire vrai, Washington a placé le peuple des USA dans une situation où il semble avoir le choix entre deux options perdantes. Cette situation cause les pires ennuis à leurs alliés européens. Il faudra du génie politique aux futurs dirigeants américains, quels qu’ils soient, pour mettre fin à l’impérialisme en douceur sans provoquer des ruptures catastrophiques dans le monde et d’abord chez eux.

 

 

 

Une règle pour déterminer la politique française

 

J’estime que la meilleure façon de savoir quoi faire en France et plus largement en Europe, est de méditer sur ces problèmes des États-Unis, d’en faire la transposition ou application chez nous, et d’en tirer les conséquences que la raison recommande.

La conquête islamiste devenant clairement une chimère et une impasse, quel avenir spirituel pour un islam en partie libéré de la politique grâce à cet échec ? Quelles réactions suicidaires dans un parti djihadiste désormais désespéré ? Comment empêcher certains en Europe de vouloir gagner les élections et tenter de cimenter une cohésion nouvelle en excitant les passions antimusulmanes libérées et utilisées par la politique de repli, après qu’elles aient été créées par la politique d’empire et la soi-disant guerre contre le terrorisme ? 

La France et les autre pays européens devront savoir apporter leur concours à une politique de repli impérial sans débandade, ni rupture chaotique des équilibres. Ils devront aussi savoir refuser leur concours à une politique de réaffirmation "napoléonienne" de l'empire[5].  

Dans un cadre en partie contraint par une politique US de repli, qui semble à moyen terme un scénario plus probable qu’une guerre impérialiste montant aux extrêmes, l’enjeu va être pour la France de rester un pays humaniste, au meilleur sens de ce mot, qui enveloppe tout le meilleur de sa civilisation classique, chrétienne et philosophique. Ce que cela signifie, c’est ne pas glisser dans la plupart des directions qui semblent aller avec le repli, mais savoir tracer au contraire une route originale, fidèle à ces traditions : ne pas perdre le sens de la culture d’universalité, et, tout en retrouvant la valeur de la nation et le sens profond de l’autorité, ne pas tomber dans un nationalisme étroit, ni dans les facilités de l’autoritarisme. Garder ou retrouver une vision mondiale au service de la paix et d’une saine liberté, tout en promouvant avec audace un nouveau modèle économique et politique plus juste pour des nations libres et civilisées. Et, pour stabiliser tout cela, nouer de justes alliances.

 



[1] L’action adaptée demande une connaissance adéquate. Une connaissance pratique adéquate enveloppe et suppose d’abord une vue d’ensemble, synthétique et structurée, mais ni simpliste, ni partisane. Une telle synthèse permet seule une juste interprétation des situations d’échelle plus réduite.

[2] Blancs Anglo-Saxons protestants.

[3] De même, les Turcs ou les émirats musulmans d’Asie centrale ont été pour la monarchie française, jusque sous Louis XVI, des moyens de gêner le rival, l’empire d’Autriche, et la Russie, le plus souvent son allié.

[4] Philippe Sidos, La guerre soviétique en Afghanistan, Economica, 2016.

[5] La question est de savoir jusqu'où les US sont prêts à aller pour faire pression sur l'Europe. Le développement de la crise bancaire en Allemagne devrait en partie répondre à cette question.

   

Sur la liberté éducative

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Jeudi, 22 Septembre 2016 11:32 Écrit par Henri Hude

Voici la fin du chapitre IX d'Éthique et politique, sur la culture et l’éducation. 

POUR REVENIR A LA SECTION 1, CLIQUER ICI

POUR ALLER A L'ARTICLE PRECEDENT CLIQUER ICI

 

 

 

Parents, enseignants, pouvoirs publics

 

[Si l’on fait abstraction des pouvoirs subsidiaires, qui ne sont là que pour aider,] les premiers intéressés dans une ­école sont d’abord des parents associés et ­des enseignants associés. Les parents (il n'y a pas toujours des parents attentifs pour tous les enfants) attendent des enseignants qu’ils instruisent leurs enfants et viennent compléter leur éducation dans le même esprit qui préside à celle qui leur est­ donnée en famille, si la famille remplit sa fonction. Les parents rétribuent les enseignants en reconnaissance du service qu’ils ­leur rendent ainsi qu’à leurs enfants.

 

Dans tout cela, l’autorité publique locale, et à plus forte ­raison l’État, n’ont en théorie pas grand’ chose à voir, quand il y a des parents dotés d’un minimum suffisant de capacité éducative. Les ­ménages et les entreprises où travaillent les parents sont les seules sources ultimes de financement ­des établissements scolaires. Quand l’État se présente comme le ­mentor universel et la source de tout financement en la matière, ­il agit exactement comme un banquier qui prétendrait régler les ­dépenses et la vie de ses déposants sous prétexte que leurs­ paiements sont effectués par son intermédiaire. […]

 

 

 

Le rôle de l’État ­est de veiller au maintien de la justice :

 

 

Vérifier que les ­enfants soient bien traités et reçoivent un enseignement de ­qualité ; que les parents ne soient pas dépossédés de leurs responsabilités, et qu’ils ne démissionnent pas ; que les ­professeurs aient de bonnes conditions de travail et soient rétribués équitablement.

 

L’État doit aussi veiller à ce que les enfants des classes ­les plus modestes reçoivent la meilleure instruction. C’est en ­cela que son intervention se justifie le mieux. La liberté éducative risque toujours de nourrir un excès d’inégalité et d’accentuer plus qu’il ne conviendrait le caractère ­oligarchique de la société. C’est pourquoi la liberté éducative doit être équilibrée par des choix fiscaux et de financement équitables, conformes­ au bien commun et sources de bonne entente.

 

L’État doit aussi veiller à ce que l’éducation des enfants ­ne devienne jamais une activité lucrative comme les autres.­ ­L’idéal serait que les établissements soient complètement libres ­et en grande partie autofinancés. Mais cet idéal ne serait­ équitable, que si de tels établissements étaient dotés d’un ­statut original d’activité à la fois non lucrative et pourtant ­soumise en quelque façon aux lois du marché, non en tant en tant qu’elles­ expriment le jeu mécanique de la­ formation des prix, mais la liberté du choix. Entre la pesanteur étatiste et l’esprit­ mercantile, il y a place pour des formules qui composeraient l’efficacité de l’esprit d’entreprise ou la liberté ­du marché avec la solidarité sociale et avec le caractère désintéressé qu’il faut conserver à l’activité ­éducative.

 

Quand l’État fait bénéficier de la gratuité totale un type ­d’école en en excluant les autres, il charge d’un impôt spécial ­tous les parents qui, pour des raisons dont ils sont seuls juges, souhaitent confier leurs enfants à d’autres genres d’écoles qu’il ­refuse de financer à égalité. Cette politique est contraire à la­ fois au droit des parents éducateurs, au principe de l’égalité devant­ l’impôt et à la liberté de conscience.

 

 

 

La logique anarcho-totalitaire et l'usurpation de l'autorité éducative

 

 

[…] Si les parents n’ont pas le droit d’éduquer, qui en a le­ droit ? Les enfants eux-mêmes ? Mais c’est une contradiction dans ­les termes. Évidemment, ce sera l’État, et même l’État qui ­dépouille les parents de leur droit, c’est-à-dire l’État (­pseudo-)progressiste en sa double logique, libertine et ­totalitaire.        

 

Il faut expliquer cette double logique. Elle part de ­l’esprit libertin, ennemi déclaré de toute vérité et de toute­ valeur objectives (mais aussi dogmatique en fait que tous­ les autres réunis). Le libertin ne peut supporter de se sentir ­entravé, et cela va jusqu’à lui rendre insupportable la vie sociale, qui ne va pas sans de multiples liaisons, contraintes et ­obligations mutuelles. Il lui semble ainsi que l’état naturel de l’homme devrait être l’existence individuelle asociale, où chacun ­vivrait seul et, comme disent les Anglais, « avec sa propre­ personne ». Telle est la logique radicalement individualiste de­ l’esprit libertin.

 

Mais le libertin sait bien qu’il est impossible de ne pas vivre en société. Il voudra­ encore une société, mais radicalement individualiste. Cette aspiration ne­ saurait se contenter d’une société dans laquelle chacun vivrait ­sans le moindre souci des autres. En réalité, l’individualisme­ n’est satisfait qu’à partir du moment où les multiples individus de la société ne font plus qu’un seul individu. Car c’est ­seulement ainsi que disparaît vraiment l’altérité contraignante. Mais la fusion de tous les individus en un seul ne peut se ­réaliser que par un prosélytisme individualiste et par l’identification morale de tous les individus à ­une seule entité morale : le Peuple, ou L’État, ou la République, ou la Nation, ou la Classe, ou la Race, etc. N’avoir de volonté que dans une volonté générale,­ n’exister que dans et par le tout, identifié au tout. C’est ainsi­ que l’esprit libertin fécondant la passion égalitaire devient le ­père du totalitarisme jacobin. [Après cela, L’État jacobin peut décider de faire des lois contraignantes à l’infini, mais aussi bien avoir des regrets et en faire des permissives à l’infini, dans tel ou tel domaine : ses principes signifient tout ce qu’on veut.]

 

Telle est la logique anarcho-totalitaire du pseudo-progressisme, ou encore telles sont ses deux logiques, ­solidaires et antinomiques à la fois.

 

 

 

L'éducation anarcho-totalitaire et son dépassement en profondeur

 

[…] On peut essayer de tempérer plus ou moins ces deux logiques l’une par l’autre, ce qui revient souvent à en conjuguer ­les méfaits. Plus habituellement, en Occident, on soumet ­l’économie à la première logique, l’éducation et la culture à la ­seconde[1]. […]

 

Cette logique se déploie dans le discours ­et la pratique pseudo-progressistes en matière d’éducation. L’enfant est ­considéré comme un individu isolé et d’une certaine façon­ parfait. L’acte d’éduquer risque toujours d’être une agression à ­la liberté de l’enfant, qui doit créer sa propre vérité, sa morale, inventer sa culture ou réinventer ab ovo quarante mille­ ans de culture humaine. La société familiale ne résultant pas,­ pour l’enfant, d’un contrat, est par définition une société aliénante, et il convient d’intégrer au plus vite l’enfant dans­ ­l’Etat qui, étant la société résultant du contrat social, est­ ipso facto la société de liberté. Par conséquent, l’État aura le ­droit exclusif d’éduquer les enfants, ce qui signifie, dans la ­même logique progressiste, les soustraire aux dangereuses tendances oppressives dont on peut toujours suspecter la famille, ­pour les faire nager au plus vite dans la société où ils s’épanouiront pleinement, retrouvant dans le collectif l’élément ­naturel de leur liberté. […] Les élèves, soustraits au maximum à leurs familles, boivent à longs traits la saine doctrine du progressisme, s’exercent aux bonnes mœurs­ progressistes, et contractent les bonnes habitudes qui en feront, ­leur vie durant, de bons citoyens, voire de fidèles électeurs progressistes. Les maîtres doivent être formés dans ­ce même esprit, etc. […]

 

Chaque homme est par essence un être de relation, et le contrat social ne saurait avoir pour effet de constituer ­la société, mais seulement d’apporter un consentement libre,­ rationnel et moralement méritoire à l’existence d’une­ société qui précédait ce consentement et restera de toutes façons ­un fait, une fin et une valeur. Du fait que cette société est ­composée de personnes intelligentes et libres, les lois devront respecter ce caractère des personnes qui composent la société et ­qui se construisent elles-mêmes en la composant.

 

Dès lors que l’homme est défini comme être de nature, de­ relation et de liberté, il va de soi que les parents et les­ enfants ne sont plus à envisager face à face comme deux groupes­ d’individus, ni même comme des égaux dans la communauté contractuelle du Peuple ou de l’État, mais comme des êtres qu’unit une relation particulièrement profonde, intime,­ ontologique. Cette relation de filiation ou de parentalité les touche dans leur être, contribue à les définir, et peut leur ­servir de médiation dans leur cheminement vers leurs finalités ­ultimes.

 

Dans la mesure où l’homme médite sur le mystère de son être­ et de son origine radicale, dans la mesure où cette recherche­ (pas forcément méthodique et spéculative, mais le plus souvent­ intuitive, vécue, existentielle) le concerne vraiment, dans cette ­mesure il étend sa méditation sur sa réceptivité à l’égard de ses­ propres parents, sur sa fécondité et sur sa causalité à l’égard­ de ces êtres issus de lui, qui lui ressemblent et pourtant lui­ échappent par la possession incommunicable de leur être propre : ses enfants.

 

L’être humain ­considère sa paternité ou sa maternité, sa fécondité, comme une­ part essentielle de son être. Il comprend qu’il agit et donne, ­non seulement par la simple génération naturelle, mais par toute­ ­l’action éducative. Il découvre sa paternité ou sa maternité­ spirituelle à l’égard d’abord de ses propres enfants. Ce n’est­ pas là quelque pouvoir oppressif. C’est la responsabilité humaine ­première, par laquelle il se découvre responsable de ses gestes ­qui deviennent des exemples et de ses paroles qui deviennent des témoignages.

 

 

 

Pour une pédagogie franche

 

Il ne sert à rien de dire qu’il faudrait ne pas influencer­ les enfants. Si cela se pouvait faire, cela reviendrait encore à ­les influencer, puisqu’on leur enseignerait de facto qu’il n’y­ aurait qu’une seule valeur : l’idéal d’un développement­ indépendant de toute influence. En plus, cela ne peut se faire.­ Pour ne pas influencer les enfants, il faudrait les abandonner au ­milieu des bois, ne pas leur donner de langue maternelle, ne pas se montrer à eux, ne­ rien leur apprendre. C’est ainsi que l’affectation de respecter­ leur liberté inconditionnelle et maximale les conditionne à une revendication maximale de liberté inconditionnelle. On leur fait ­toujours la morale, mais il s’agit d’une morale à l’envers […].

 

Le mal est devenu le bien, le bien est devenu le mal, mais ­on fait toujours la morale aux petits enfants. La seule différence, c’est qu’avant on le leur disait, ce qui leur ­laissait une marge de réflexion, alors qu’aujourd’hui on les­ manipule sans le leur dire, et qu’ils risquent d'être totalement aliénés.

 

On inculque d’autant plus de ­principes qu’on prétend n’en pas inculquer. C’est toujours la ­même ruse, la même manipulation, et les naïfs s’y laissent­ prendre. Comment verraient-ils toute la substance qui se déduit­ d’une forme vide qu’on leur fait accepter à cause de son­ apparente vacuité ? Et cette façon de les manœuvrer en ­flattant leur prétention d’adolescents à ne pas dépendre, on ­l’appellera formation de l’esprit critique. Grâce à une affectation de non-directivité, cette éducation­ insinue tous les contenus qui se déduisent sans mal de cet unique principe […]. En réalité, au-delà de la méfiance ou de la lutte pour la reconnaissance et l’indépendance, les humains ne croissent que ­dans l’amitié, la confiance et l’amour, qui sont un engagement et­ une liaison, et une liaison selon l’être, profonde, intérieure, ­et qui dure. [..]


[1] La logique de l’individualisme totalitaire a été­ définitivement exposée par Jean-Jacques Rousseau dans son Contrat ­Social. L’homme, dit-il, n’est pas par essence un être social ou ­communautaire. Dès lors, il n’est jamais libre en société parce ­qu’il y rencontre des obstacles humains à la liberté par nature ­intégrale d’un être par nature purement individuel, complet et ­parfait en tant qu’individu. C’est pourquoi, naissant dans une ­société, il naît dans les fers, quand bien même les chefs seraient les plus débonnaires des hommes. Comment ­deviendra-t-il libre ? En constituant avec les autres par contrat ­un seul hyper-individu auquel chacun des individus s’identifiera ­totalement. [Et cet Individu, selon le cas, dérégulera tout ou réglementera tout, selon la passion dominante.] C’est ainsi que sera supprimée l’extériorité, par ­suite la dépendance et la contrainte, par suite enfin établi dans­ l’état civil l’équivalent de la liberté absolue dont on est censé ­jouir dans le théorique état de nature. […]

   

Le cursus humaniste des études

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Samedi, 05 Novembre 2016 21:53 Écrit par Henri Hude

A l'occasion de la rentrée scolaire et académique, je republie en ligne le chapitre IX d'Éthique et politique, sur la culture et l’éducation. Voici l'avant-dernière section, n°10, pages 196-200).

 

POUR REVENIR A LA SECTION 1, CLIQUER ICI

POUR ALLER A LA SECTION PRECEDENTE, CLIQUE ICI

 

Pour qu’il se produise un renouveau culturel, il faut manifester l’unité intérieure de la culture. Ce qu’on appelle parfois le problème des programmes ne peut pas recevoir de solution satisfaisante, sinon à partir d’en haut.

 

 

 

L’enseignement des sciences

 

 

Les sciences doivent être dégagées d’un double carcan : carcan théorique, parce qu’elles ont été enfermées dans des ­cadres positivistes, rationalistes, matérialistes, qui ne­ correspondent plus à rien parce que tous les faits les font­ éclater ; carcan économiste, qui fait prévaloir le point de vue ­d’une pratique technique, elle-même asservie à la recherche du ­gain à court terme.

 

Ainsi notre enseignement des sciences est-il tiraillé, ou écarte­lé‚ entre : 1° une frénésie rationaliste, où pour ainsi dire­ tout, jusqu’au monde matériel, pourrait presque se réduire à un ­système particulier de nombres théoriquement déductible à partir­ de la logique formelle, ou comme si la raison humaine était le Logos ­universel et la déduction le mystère de la génération des choses, ­et 2° une frénésie matérialiste, où la science ne paraît plus être qu’une manière commode de noter des ensembles de ­manipulations sur la matière, et de s’assurer une prise efficace­ sur un monde à la vérité duquel on aurait cessé de s’intéresser.

 

Sans être réinsérées brutalement dans un nouveau cadre­ philosophique contraignant, les sciences seront du moins dégagées ­de la pince qui les broie. Elles seront ouvertes, parce qu’elles ­exprimeront davantage ce qui est à leur origine, c’est-à-dire le ­désir de contempler la vérité du monde sensible. Dans toutes ces­ mesures et toutes ces lois, que le physicien établit, l’élève ­apprendra aussi à découvrir l’ordre admirable de l’univers, cette « ­harmonie invisible » dont parlait dans l’Antiquité le philosophe ­Héraclite, et qui, disait-il, « est plus belle encore que­ l’harmonie visible ».

 

Mesure, ordre et harmonie : tel est le sens profond de la ­physique mathématique. Ainsi pensaient Pascal, Kepler, Newton.­ Ils avaient raison. Au-delà de la construction et de la ­reconstruction, il y a la contemplation du mystère de l’ordre. ­C’est pourquoi l’étude des sciences devait, autrefois, culminer ­dans celle de la musique. Musique, art des muses, inspiratrices ­de tout ce qui est profond savoir et beauté infiniment suggestive, qui portent l’homme à chanter et sa parole à se plier ­elle aussi au rythme et à la mesure : poésie.

 

 

 

C’est par là que les sciences ne sont pas séparées de la­ philosophie.

 

 

Un terrible malheur a fait divorcer ce qui ne devait ­pas être disjoint. Nous avons aujourd’hui des sciences soi-disant ­a-métaphysiques et une philosophie qui se réduit à une critique­ de la métaphysique. Je sais bien qu’en fait ce n’est là que de la­ poudre aux yeux. Je sais bien que ces sciences sont en fait ­intégrées à la fois, pour le fond, à un rationalisme panthéistique et, plus en superficie, à un ensemble de doctrines ­plus exotériques (matérialisme, positivisme). De même, cette­ pseudo-critique est en réalité une métaphysique qui divinise le ­fond de l’esprit humain. Mais comme ces dernières doctrines sont ­inintelligibles à la vaste majorité, même des gens cultivés, et en dehors de tout sens commun, les peuples, et ­en particulier la masse des élèves, doivent se contenter des­ écorces, pratiquer les sciences dans l’ennui ou le désespoir, et­ manger le pain noir du matérialisme. Tout au plus, pour les plus­ doués, s’agit-il d’un jeu, ou d’une activité à laquelle ils ­trouvent un véritable bonheur, mais dont ils ne comprennent pas ­le sens.

 

Mais que l’esprit devienne contemplatif, qu’au lieu de ­chercher à savoir simplement en vue d’agir efficacement, ou  pour ­avoir la satisfaction de se dire qu’il tient les choses en main,­ domine et met tout sous contrôle, qu’au lieu de cela, il cherche­ à connaître, comme disait Bergson, pour rien, pour le plaisir, ­avec désintéressement, aussitôt c’est un renouveau, il se rouvre,­ et la première des choses qui lui saute aux yeux, c’est l’existence des choses, le mystère de l’être. Et la seconde,­ c’est le fait que toutes ces lois de la nature énoncent l’essence­ ordonnée et le comportement réglé de tous ces êtres qui sont­ concertés dans l’ordre admirable de l’univers.

 

Ainsi l’enseignement des sciences devient-il parent de la­ recherche de la sagesse, à laquelle il donne en retour le sens de­ la rigueur et celui des limites de l’intelligence.

 

C’est là le meilleur moyen de ne pas tomber dans tous les ­défauts que nourrit sans le savoir le positivisme, et de se tenir­ à distance aussi bien de la gnose que de l’agnosticisme. Gnoses, ­par exemple, les spéculations d’une philosophie mal lestée sur ­des paradoxes de physique quantique, déjà difficiles à­ interpréter avec une bonne philosophie des sciences, et qui, ­relus avec les lunettes d’une philosophie légère, nous égarent ­dans des extravagances. Gnoses, pataphysique, discours­ pseudo-scientifiques, pseudo-mystiques des sectes, auxquelles se­ laissent prendre tant de jeunes désespérés, déstructurés et ­fragilisés par le nihilisme (pseudo-)progressiste.

 

 

 

L’enseignement des lettres ?

 

 

Langues de bois, discours idéologiques, galimatias pseudo-savants et pseudo-philosophiques, logorrhées (pseudo-)progressistes livrées aux fantasmes, aux déchaînements instinctifs et aux­ fonctionnements conditionnés, aplatissements technocratiques,­ abrutissements scientistes, hystéries hyperformalistes et délires compensatoires de l’imaginaire, incapacité à nommer, à décrire, à ­raconter et à démontrer, réduction de la langue écrite à une­ langue soi-disant parlée, mais qui est tout au plus bafouillée, ­alors que l’idéal est au contraire d’apprendre à parler comme on­ écrirait si on écrivait bien, on n’en finirait pas d’énumérer­ les pathologies de la langue.

 

Mais avec le sens de l’être se réintroduit le sens de la ­durée, le sens de cette communication d’être, de vie et de vérité­ ­qui fait la culture et qui est le vrai sens aussi bien de la­ paternité et de la maternité, que de l’éducation. Le premier effet de ce­ renouvellement de l’esprit, c’est que le langage retrouve sa force, et que l’enseignement des lettres retrouve son sens.

 

Le langage dit l’être dans son ordre et sa vérité. Le ­langage vise la vérité la plus profonde d’où procèdent les êtres, ­c’est-à-dire la pensée archétypique dont ils sont l’expression et ­la réalisation. C’est ce que voulait dire Platon dans sa théorie ­des Idées, qui est une théorie de l’ultime vérité visée dans le ­langage. Ainsi le langage est-il bien autre chose qu’un système ­de signes permettant de communiquer et désignant la liaison d’une ­image acoustique et d’une autre image mentale représentative ­d’une chose. Cela, c’est ce que serait le langage humain si le­ langage humain n’était qu’un langage animal.

 

Les personnes vont à la vérité la plus profonde, mais elles ­y vont ensemble, dans un dialogue, et leur dialogue fait partie ­de leur démarche concrète. Leur pensée se porte vers la vérité­ des êtres, mais elle n’y atteint qu’en se saisissant aussi des ­choses du monde par la perception et le travail où est engagé le ­corps. Le langage fait aussi partie de cette prise et de ce­ travail. Le langage porte aussi la trace de l’histoire du peuple, ­et celle de l’histoire de l’humanité. L’étude du vocabulaire et ­de la grammaire nous permet de redécouvrir le sens vif de tout ce ­qui était tombé dans l’automatisme, la profondeur historique de ­tout ce qui s’était banalisé dans l’intemporel, la saveur concrète de tout ce qui s’était desséché dans la convention.

 

Oh ! Non pas « maîtriser la langue » – affreuse formule, brutal­ contresens – mais habiter toute la vérité de la langue, sagesse première où s’inscrit une métaphysique première et profondément­ vraie, où se raconte notre histoire la plus intérieure, où se­ réapprend la vie de l’esprit au contact des êtres, parmi les ­hommes qui se parlent et collaborent, mais qui se parlent en tant qu’hommes parce qu’il y a dans tous leurs discours une profondeur ­simple qui fait écho à la pure simplicité de l’Etre premier qui a tout créé par sa Parole.

 

L’enseignement des lettres, c’est radicalement cela, même si­ c’est beaucoup d’autres choses encore. Là est le critère qui permet de comprendre pourquoi il convient d’étudier les auteurs ­classiques. Cette étude n’a pas pour but de nous enfermer dans la répétition de modèles stéréotypés. Mais elle nous montre ce que ­c’est que la perfection de la langue chez ceux qui la ­connaissaient le mieux. C’est ainsi que l’étude du langage se ­fait d’abord à travers l’étude des discours les plus exemplaires. ­Encore faut-il n’avoir pas perdu tout critère, mais peut-on­ jamais se perdre ici-bas sans retour ?

 

 

 

Grammaire, rhétorique, dialectique :

 

 

Tel était jadis le ­trivium, la triple voie, qui composait l’enseignement littéraire. Triple voie vers quoi ? Vers la sagesse. La grammatica, ou ­grammaire, au sens large, était ce qui vient d’être dit. Mais ­l’essentiel était de former la parole vivante, qui devait avoir ­pour objet le service de la vérité. D’où l’étude de la ­dialectique, c’est-à-dire la formation à l’invention et à l’argumentation ­qui convainc, et celle de la rhétorique, c’est-à-dire la­ ­formation à la puissance persuasive propre du discours qui émeut, ­touche, bouleverse, entraîne et porte à l’action. Parole qui­ convertit, c’est-à-dire tourne l’âme, qui renverse et retourne­ l’âme, qui révolutionne et réoriente toute la personne vers la ­vérité et le bien. Et il fallait avancer sur les trois chemins à­ la fois, parce que si l’homme ne réside pas profond dans la vérité de la langue, ou s’il raisonne mécaniquement, ou s’il ­manipule les passions avec habileté, il n’est qu’un imposteur, un­ bavard et un perroquet.

 

Qui dira la plénitude de l’enseignement littéraire, ­merveilleuse et première école d’humanité ? Toute l’histoire de­ notre peuple, même la plus éloignée, s’y trouve déjà parcourue et­ comprise par ses sommets. La vérité et la beauté s’y unissent à­ la première éducation morale réfléchie et aux premières leçons de­ choses. Le beau n’est plus l’objet d’un plaisir d’esthète épuisé.­ La beauté du discours, c’est d’abord sa profondeur de vérité, sa ­richesse d’humanité, sa puissance de conversion.

 

L’enseignement des langues anciennes et modernes,­ l’enseignement de l’histoire, celui de la philosophie n’ont que ­peu de sens là où manque le premier savoir, ces lettres qui sont,­ dans toute la plénitude de ce sens, une philologie.

 

Sur la base de l’enseignement des lettres se greffe alors­ naturellement celui des sciences, avec son esprit musicien, et l’enseignement de la philosophie peut enfin venir réfléchir toute ­cette richesse, la réordonner, l’approfondir et la fonder dans une certitude plus raisonnée.

 

 

 

Philosophie, métaphysique, théologie.

 

 

Cet enseignement philosophique, dans notre pays, doit se­ ressourcer et comprendre ses liaisons organiques avec la théologie, tout simplement parce qu’il n’y a pas de grande­ philosophie qui ne réfléchisse sur le problème métaphysique et religieux, qui est­ au centre de l’existence personnelle et sociale. Comment savoir­ vivre si nous hésitons trop sur la définition du bonheur ? Comment savoir ce qu’est le bonheur de notre vie si nous hésitons ­sur la question de savoir où finit la vie, et si la mort est une­ fin ou un accomplissement qui marque un début sans fin ? Comment,­ par la raison seule, la plupart des humains pourraient-ils sortir­ du doute sur ce point ? Comment la raison la plus réfléchie ne ­sentirait-elle pas sur ce point au moins la nécessité d’une révélation supérieure ? Comment donc ne pas espérer la révélation ­divine ? Comment ne pas rechercher les signes qui permettraient ­de penser que Dieu a vraiment parlé ? Comment enfin ne pas prêter­ attention aux oracles divins qui peuvent seuls découvrir sans ­mélange d’erreur la vérité sur ce point à la fois si impénétrable ­et si indispensable à la direction de notre existence ?

 

 

 

Les enseignements professionnels méritent la plus ­grande attention.

 

Grotius disait: «Avant tout, soyez justes.» Le­ métier est le premier service rendu aux autres. La justice n’est ­pas dans des brailleries égalitaristes, elle commence par le­ sérieux dans l’acquisition et l’exercice de la compétence­ professionnelle. C’est là ce qui impose le respect et permet le ­plus aisément qu’il soit procédé à des partages équitables, ­d’autant plus faciles qu’avec des professionnels très compétents,­ ­les gains sont très supérieurs. L’école pseudo-)progressiste ne se­ contente pas de faire le malheur des jeunes. Elle ruine aussi la ­nation et nourrit les tensions sociales.

 

Il ne s’agit pas tant d’acquérir des compétences très­ spécialisées, dont nul ne sait si elles resteront longtemps très ­utiles. Il faut acquérir un robuste bon sens, un équilibre ­personnel, un sens des responsabilités, une capacité à s’engager ­et à durer, un puissant dynamisme créatif, un véritable esprit de ­service ; et puis, une culture générale, des bases solides, une capacité de travail, de méthode et d’organisation. Voilà ce que ­l’école doit donner avant toute autre chose. C’est ainsi qu’elle­ ne produira pas des ectoplasmes inconsistants et malheureux de­ vivre.

 

 POURAVOIR LA SUITE ET FIN, CLIQUER ICI

   

Les problèmes de l'éducation

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Lundi, 05 Septembre 2016 15:44 Écrit par Henri Hude

A l'occasion de la rentrée scolaire et académique, voici une section (n°9, pages 193-196) de mon Éthique et politique ; c’est la suite du chapitre IX sur la culture et l’éducation. Le chapitre compte 11 sections. 

 

POUR REVENIR A LA SECTION 1, CLIQUER ICI

POUR ALLER A LA SECTION PRECEDENTE

 

 

Je crois que les problèmes de l’éducation sont avant tout les problèmes de la culture. Si l’éducation est un champ de ruines, c’est que la nation est déculturée par le pseudo-progressisme. Mais, le simple rejet de ce dernier ne serait qu’une négation. Ce qu’il nous faut, c’est renouer avec les valeurs de la vie, de conservation, de progrès, redécouvrir notre culture, sa profondeur : la métaphysique, la religion, la morale, l’histoire, l’anthropologie philosophique.

La culture porte en elle-même l’idée de sa transmission. Il n’y a pas vraiment de science de l’éducation, parce que la personne humaine n’est pas un objet mesurable, schématisable, quantifiable. L’homme n’est pas constructible et reconstructible. Quand on pense ainsi, on n’est bon qu’à le détruire et à l’opprimer. La culture vivante engendre d’elle-même, en toute époque, les modes les plus appropriés de sa transmission.

Je ne voudrais pas désespérer ceux qui voudraient faire quelque chose de bien et n’y arrivent pas. Je  veux dire que la solution passe par l’approfondissement personnel et non par des stratégies de communication. Et puis, il faut n’être pas seul à rebâtir. C’est peine perdu de monter le mur que d’autres démolissent à mesure.

Ce dont ont besoin les enseignants, ce n’est pas de la recette pédagogique miracle, c’est de vraie culture et de vraie liberté. Le pseudo-progressisme est une étouffante oppression. Quelle nullité dogmatique ! Quel égalitarisme envieux ! Quel sectarisme fielleux ! Vraiment, c’est dans le domaine de l’éducation que le progressisme est de très loin le plus insupportable et le plus nocif. Il n’est pas une vraie culture, parce qu’il n’a ni le sens de l’être, ni le sens de l’esprit, ni le sens du temps.

Les enseignants se plaignent que leur enseignement ne passe pas la rampe. Mais c’est le progressisme qui ne passe pas. A moins qu’il ne faille dire, tout au contraire, qu’il est ce qui passe le plus aisément, voire la seule chose qui passe. Il passe tout seul et, comme la mauvaise monnaie chasse la bonne, ainsi en va-t-il de la pseudo-culture. Au reste, ne nous faisons pas d’illusion. Ce n’est pas à l’école, au collège, au lycée, que passe le progressisme. Il flotte dans l’air comme une vapeur méphitique, et tout le monde en est imprégné. Quand le progressisme est passé, il n’y a plus rien à dire, et même les progressistes ne se font plus écouter. On écoute au début, distraitement, les quelques profs les plus démagogues. Ils déclarent qu’ils n’ont rien de plus à dire que les élèves, qu’ils ont tout à apprendre et les élèves tout à inventer. Mais les élèves sont plus progressistes que ça. Ils n’ont pas à inventer, puisqu’ils savent. Ils savent qu’ils ne savent rien, mais quand il n’y a rien de vrai, c’est tout ce qu’il faut savoir.

Si le passé est une oppression, à quoi bon l’étudier pour nous en convaincre, quand on le sait a priori ? Exit l’histoire.

La philosophie se réduit à nous exposer les motifs de "douter" de tout, donc, inutile de l’étudier, puisque nous doutons déjà. Si nous la prenions trop au sérieux, cela ne pourrait que nous faire douter du doute. D’ailleurs, on n’y comprend rien. Exit la philosophie.

L’égalitarisme proclame l’égalité de tous les discours. Alors à quoi bon se pencher sur les chefs d’œuvre de notre littérature, ou de celle des autres pays ! A quoi bon même étudier la langue ? Exeunt les Lettres.

Et les langues vivantes ? Comme de toute façon, il n’y a rien à dire, une langue y suffit largement. Apprenons à la rigueur quatre mots d’anglais. Cela peut toujours servir à demander son chemin.

Restent les sciences, mais que peuvent-elles être, là où la langue est effondrée, là où le moral est à plat, faute de sens du vrai, là où la rigueur et l’effort ont perdu tout sens ?

Et ce ne sont là que les problèmes proprement pédagogiques. S’y ajoutent les problèmes de discipline et de motivation au travail. Je suis toujours surpris quand j’entends des discours moralisateurs sur les enfants et les adolescents. On leur reproche d’être indisciplinés. Mais il faudrait au contraire leur reprocher de l’être trop peu ! Car qui ne le voit ? Ils sont en réalité strictement assujettis à la logique et à la pratique du (pseudo-)progressisme. Leur conduite est strictement conforme à la norme (pseudo-)progressiste. Ils sont curieusement passifs et indociles, mais cette désobéissance molle et apparente est le corrélat d’une obéissance intérieure à un système philosophique définissant la liberté d’une manière qui dévalorise aussi bien l’obéissance responsable que l’autorité légitime. C’est ainsi que les lycées, où le discours officiel célèbre des lieux de liberté, deviennent des pétaudières et des fumeries de haschich.

Dans cette ambiance, quel travail sérieux peut-on accomplir ? De quelle autorité peuvent jouir des maîtres qui, quel que soit leur talent, se discréditent à seulement supporter de mettre les pieds dans de pareils cloaques ? Comment les élèves ne se diraient-ils pas que leurs professeurs feraient n’importe quoi plutôt que ce métier-là, s’ils étaient capables d’en faire un autre ?

Quand on parle à des jeunes sauvagement déculturés par le (pseudo-)progressisme, il n’y a pas à se poser des questions saugrenues, ni à chercher comment faire. Même déculturé, l’homme n’est pas dénaturé. La seule chose importante est d’être soi-même homme, afin que tout ce qu’on dit coule de la source profonde. Alors, miraculeusement, tout le monde comprend. La seule chose vraiment incompréhensible, c’est la superficialité savante.

Les enseignants désirent comprendre leurs élèves. Ils ne le peuvent qu’en saisissant dans toute son articulation systématique la logique déculturante du pseudo-progressisme. Qu’ils regardent alors les jeunes qui sont là, qui n’ont plus de passé, ni d’avenir, et dont le présent même est réduit à un point sur l’axe du temps physique. Leur lieu est un repère de coordonnées ; leur habitation n’est qu’un habitacle ; leur liberté, un conformisme ; leur esprit critique, un préjugé ; leurs espoirs possibles ne sont plus que désillusion ; il n’y a plus de ciel ouvert au-dessus d’eux, et la terre a cessé de leur promettre l’Eden ; on leur parle de s’enrichir et ils seront heureux s’ils ne sont pas au chômage ; on leur dit que l’histoire est finie et ils n’ont pas commencé de vivre ; leurs père ont gagné la liberté, les enfants ont hérité du néant.

Au lieu de les craindre ou de les mépriser, au lieu de les regarder avec hostilité ou désintérêt, il y a d’abord à les comprendre, ensuite à les aimer, enfin à les servir.

Les jeunes sont ceux qui ont le plus urgent besoin qu’on leur ouvre un horizon, une perspective.

Non pas le grand marché sans justice d’une Europe sans patries, sur lequel trop d’entre eux savent bien qu’ils ne seront jamais plus que du travail invendu, mais la grande Europe avec un E majuscule composée de vraies nations profondément cultivées et où règne la liberté ordonnée du marché démocratique. Non pas le progressisme hédoniste et désespérant, matrice de fascisation et de guerre, mais toutes les valeurs de conservation et de progrès, ensemble, conditions de liberté et de paix.

Non pas la divinisation dérisoire d’un individu désintégré et clochardisé, pauvre petit dieu que la rhétorique encense, et qui doit marcher au sifflet en attendant le knout, mais la vraie et profonde recherche du sens de la vie, cette recherche qui est déjà découverte.

Enfin, pour remplacer un rationalisme pseudo-laïque et décidément démonétisé, non pas cette spiritualité du n’importe quoi, où le panthéisme anthropologique dégradé en individualisme arbitraire s’accouple aux vulgarisations les plus épaisses des panthéismes orientaux, non pas la religiosité vague qui mélange tout dans son pot-pourri, mais une recherche sérieuse et raisonnée de la vérité religieuse.

En une génération, le peuple aura repris vie et les jeunes auront repris goût à la vie.

 

                                 

                                  Éthique et politique (Éditions universitaires, 1992), pp.193-196. 

   

Sur la guerre avec l'islamisme

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Samedi, 03 Septembre 2016 16:35 Écrit par Henri Hude

Voici sur ce sujet grave une réflexion sous forme d'interview ou de conversation.  Ce texte a été écrit en collaboration avec Thomas Hude.

 

 

1ère Question. « Nous sommes en guerre. » Cette phrase est dans tous les esprits et tous les discours relatifs aux attentats qui ont frappé la France et même l’Europe. Quelles sont les caractéristiques de cette guerre ?

 

Ces propos peuvent paraître exagérés. Il y a une guerre en Syrie, en Irak, et dans une moindre mesure en Libye. En France, il n’y a pas de guerre. Il y a des attentats. De plus, leur nombre n’est pas suffisant pour qu’on puisse parler de guérilla.

A ma connaissance, les islamistes radicalisés en France sont aujourd’hui très loin de posséder le niveau d’organisation politico-militaire qu’avaient à leur époque le Viet-Minh, ou bien le F.L.N. De plus, ils ne bénéficient pas du même soutien de puissances étrangères que par exemple les rebelles syriens. Ceux-ci reçoivent de la part de certains États argent, armes, soins médicaux, mercenaires et couverture médiatique favorable. Enfin, et c’est une question clé, leur cause ne semble pas trouver d’écho favorable auprès d’aucune partie significative de la population française. Organisation politico-militaire, soutien de l’étranger et faveur d’une partie de la population, voici les conditions nécessaires pour qu’un mouvement terroriste devienne une insurrection menaçant la sureté de l’État et s’emparant de portions du territoire.

Bien heureusement, nous sommes aujourd’hui loin de cet état insurrectionnel. Et malgré la polémique politicienne, nous devons mettre au crédit de l’État et des services de sécurité qu’aucune organisation ne soit aujourd’hui en mesure de mener une guérilla dans notre pays.

Cela dit, cette menace doit être prise avec sérieux car, conjuguée à une crise économique et politique, elle pourrait bien s’aggraver. De plus, elle évolue sans cesse, et il semble que nos forces de sécurité doivent s’adapter pour prévenir l’action des loups solitaires.

Néanmoins, aujourd’hui tout se mondialise et la guerre comme le reste. Et l’on peut donc admettre que ces attentats font partie, médiatiquement, d’une guerre mondiale entreprise par le soi-disant nouveau Califat incarné par l’État islamique. La structure de cette guerre serait la suivante: un noyau de guerre au sens plein en Syrie, des guérillas visant d’abord et avant tout les États musulmans du Moyen Orient, enfin des actions terroristes ponctuelles en nombre de lieux, dont la France. 

 

 

2ème Question : Peut-on dire que c’est une guerre contre les valeurs occidentales ? Contre notre mode de vie ?

 

Il faut distinguer deux points de vue.

Du point de vue du djihadiste moyen, il y a une guerre contre l’Occident. Et plus précisément contre un processus d’occidentalisation qui semble condamner à mort sa croyance et qui, par ailleurs, lui semble inhumain et immoral.

Mais, d’un point de vue plus objectif, et sans remonter à l’époque où l’empire ottoman voulait conquérir l’Europe, nous devons savoir que le fondamentalisme islamique, plus large que Daech, est avant tout une arme. Cette arme a souvent été contrôlée par les Occidentaux, et plus précisément par certaines factions de l’Empire américain, afin de faire avancer leurs intérêts stratégiques. Certains États du Golfe la contrôlent et la financent aussi.

Cette arme a été expérimentée pour la première fois dans les années 1980 en Afghanistan contre l’Union soviétique. Ayant démontré son efficacité, elle a ensuite été réutilisée pour détruire la Yougoslavie, processus qui a culminé dans l’indépendance du Kosovo qu’ont reconnue les gouvernements occidentaux. Également, dans le Caucase, lors des guerres de Tchétchénie. Dernièrement, cette arme a probablement aussi été utilisée lors du printemps arabe, où il semble qu’elle ait connu un succès mitigé. Elle est toujours utilisée en Syrie pour faire tomber le régime actuel.

Bien entendu, la manipulation d’une telle forme d’extrémisme relève plus du judo que du jeu d’échec, et en l’absence d’informations complètes, il faut se garder de systématiser. Cela dit, il faut reconnaître que pour les factions que nous avons dites, l’islamisme est plutôt une alliance de revers qu’un adversaire combattu avec résolution. C’est aussi une alliance inavouable et non maitrisée, dont les premières victimes sont les populations des pays à majorité musulmanes, à commencer par les minorités chrétiennes.

Certes, sur ce point, nos dirigeants politiques portent une responsabilité, mais étant donnés le faible poids de la France dans la diplomatie occidentale ainsi que l’affaiblissement de notre pays, auraient-ils les moyens de mener une autre diplomatie ? De plus, dans une logique cynique de pouvoir, en temps de crise, rien n’est plus utile pour rallier l’opinion que le fait que les gens se sentent menacés.

 

 

 

3ème Question. Comment mener cette guerre pour qu’elle soit juste ?

 

La première justice est de dire la vérité. Ce qui n’est pas une guerre ne peut pas être une guerre juste, tout simplement parce que ce n’est pas une guerre. Il s’agit chez nous de mener des opérations de police efficaces et des actions de renseignement visant à prévenir toute évolution possible de la situation vers un état de guérilla. La question est donc plutôt celle de la politique de sécurité juste.

Parlant ainsi, je n’esquive pas le sujet précis de la guerre juste, dont j'ai parlé par ailleurs. Le cœur de la question éthique posée par notre situation présente se situe plutôt dans l’éthique du renseignement militaire et policier, l’éthique politique et l’éthique médiatique. Transformer les faits graves en facteurs d'audimat ou s'en servir sans probité dans des jeux politiciens est immoral.

De plus, en amont de la guerre juste, il y a la diplomatie juste, et il n’y a pas de justice là où règne l’hypocrisie.  

Si nous avons pu par le passé, participer à l’utilisation de l’islamisme à des fins stratégiques, nous devons complètement cesser. Nous devons le combattre avec résolution et d’abord dans son noyau central, en Syrie. C’est ce que nos forces ont commencé à faire dans le ciel de Syrie, elles doivent continuer.

Il s’agit aussi de cesser notre complaisance pour les États qui financent l’islamisme. C’est un sujet complexe étant donné les liens financiers et économiques, voire les accords militaires que nous pouvons avoir avec ces États. Quelle que soit leur volonté, nos dirigeants auront du mal à faire évoluer la situation aussi vite que le réclament l’opinion et surtout la situation générale.  

Le devoir de nos politiques est aussi de redresser la prospérité et le rayonnement de notre pays afin de le mettre en position de mener une diplomatie juste. Car notre économie est dans l’impasse, notre pays endetté cherche tous les jours des investisseurs pour sa dette, sans regarder à qui paye, et le prestige de nos armées est atteint par le sous-investissement et la réduction des dépenses. Nous constatons à quel point la souveraineté d’un pays compte, à quel point les marges de manœuvre de notre pays sont faibles face aux injustices du monde. Car un pouvoir impuissant n’a pas le loisir de faire une politique juste, de s’opposer aux injustices ni de protéger ses citoyens : il ne fait que subir.

 

 

 

4ème Question. Les États et leurs pouvoirs publics semblent dépassés par cette guerre et on l’a vu ne parviennent plus à assurer la sécurité des Français. Le principe de légitime défense pourrait-il être invoqué ?

 

Il faut garder le sens de la mesure et du bien commun ; ne pas demander l’impossible, et tout immédiatement, aux pouvoirs publics, dont les moyens militaires, policiers et carcéraux ont été réduits au-delà de toute raison.

Sans tomber dans une éthique circonstancielle, qui justifierait n'importe quoi, il faut comprendre que le jugement éthique et juridique en ces matières doit se déterminer en partie en fonction des circonstances. La rigueur des lois, les peines imposées par la justice ainsi que la possibilité de l’autodéfense sont relatives à la situation de l'ordre public et à l'autorité effective de l’État. Ainsi, dans les périodes heureuses, l’on vit dans la sécurité et l’État garantit seul l’ordre public.

Si la situation de sécurité venait à se dégrader substantiellement, il faudrait nécessairement adapter les lois, la justice, ainsi que les pratiques des forces de l’ordre. De même pour nos armées en opération extérieures, dont les conditions d’engagement vont varier en fonction de l’adversaire et du niveau des enjeux, des objectifs de notre politique. Le jugement moral est quelque chose de sérieux. La politique et les médias sont particulièrement tenus au sérieux de leur responsabilité, dont la considération doit anéantir business et arrivisme, sous peine de faute grave.

Enfin, et c’est un point qu’il faut bien considérer avant toute décision, les lois répressives peuvent être utilisées par un gouvernement juste pour lutter contre des terroristes, mais il peut y avoir un risque de les voir un jour utilisées contre les citoyens. Il convient donc de les rédiger en conséquence et de ne pas permettre la moindre définition élastique et subjective du "terroriste".

 

 

5ème Question. Voudriez-vous ajouter quelque chose ?

 

Oui, je voudrais aborder une question qui est à mon avis fondamentale et qui n’est pas assez posée. La question de l’Islam est d’abord une question religieuse et spirituelle. Horrifiés par les crimes des islamistes, une portion significative des musulmans français est en plein questionnement sur sa religion. Ceux qui souhaitent vivre un islam spirituel se rendent compte qu’ils doivent rompre avec la pratique fondamentaliste de l’Islam, qui lie la religion à une guerre de conquête, débouchant sur l'imposition d'un régime confessionnel autoritaire. Comme ce fondamentalisme fait partie de l’Islam tel qu’il a été et est encore pratiqué aujourd’hui, c’est un exercice difficile, qui demande un engagement historique des musulmans français, afin de rouvrir des questions religieuses qui n’ont pas été posées depuis des siècles par les institutions religieuses. Il s’agirait ainsi, pour les musulmans de théoriser, institutionnaliser et rationaliser des pratiques qui sont en réalité celles de la plupart des musulmans français : un islam fait de vie spirituelle et morale, séparé de tout esprit de conquête politique, où la guerre sainte est une démarche intérieure de lutte contre ses propres péchés, en obéissance à la loi divine.

Pour les deux plus grandes forces spirituelles de notre pays, l’Église catholique et la laïcité républicaine, il y a là un enjeu de dialogue fondamental, afin de répondre aux potentielles demandes des musulmans. C’est à leur capacité à mener ce chantier que l’on verra si l’Église de France est toujours évangélique et si la République laïque est toujours vivante. Peut-être la France est-elle le seul pays au monde où un tel dialogue pourrait aboutir.

C’est sur ce front que se gagnera la lutte contre l’islamisme. Car, selon l’expression de Mao, le révolutionnaire est parmi les populations qui lui sont favorables comme un poisson dans l’eau. Et ce dialogue religieux vise aussi à s’assurer qu’en France, les djihadistes resteront indéfiniment des poissons hors de l’eau.

 

Précision : cette réflexion n'engage que moi en tant que personne s'exprimant en vertu de sa liberté civique et académique, sans aucunement représenter une institution. 

   

Le respect du passé

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Lundi, 05 Septembre 2016 15:42 Écrit par Henri Hude

 

Toujours sur la question de l'identité, et aussi avant la rentrée scolaire et académique, voici une autre section (n°8, pages 191-193) d’un de mes livres, intitulé Éthique et politique ; c’est la suite du chapitre IX sur la culture et l’éducation, que je suis en train de publier ici. Le chapitre compte 11 sections. 

 

POUR REVENIR A LA SECTION PRÉCÉDENTE CLIQUER ICI  

POUR REVENIR A LA SECTION 1, CLIQUER ICI

 

Parmi les valeurs humaines dont le pseudo-progressisme pratique l’ablation, il y a le temps, ou plutôt la durée.

La destinée de l’homme est d’atteindre le but de son existence. La fin de la vie humaine, c’est l’union à son Principe. Pourquoi ? Il suffit de penser au Premier Principe de toutes choses, et de désirer savoir, pour désirer connaître le Principe de toutes choses. Vouloir le connaître, c’est aussi vouloir lui être uni autant qu’il se peut : c’est en quelque sorte vouloir l’aimer. Il s’agit là d’une vérité universelle, très formelle. Le matérialiste, à mes yeux, est un métaphysicien comme les autres. Lui aussi aspire à s’unir au Premier Principe, qui est, selon lui, la matière inanimée, inconsciente.

C’est pourquoi le matérialisme mis en pratique dans une société y établit un régime de mort. Le retour à l’inconscience et à la poussière y est tenu obscurément pour l’idéal véritable. Le désir de mort est encore un mysticisme.

Comme nos actions et nos vouloirs ont pour loi de se coordonner entre eux, il est difficile à l’homme, animal raisonnable, de désirer ou de faire quoi que ce soit sans désirer, au moins implicitement et subconsciemment, que ses autres désirs et intentions puissent se coordonner à son intention métaphysique fondamentale.

C’est ainsi que la véritable forme de notre conduite est fournie, non par le système de nos besoins, qui n’en est que le matériau général, mais par nos idées métaphysiques et religieuses. Et je comprends déjà que nous qualifierons de bonne une intention dont le contenu matériel et la signification peuvent s’accorder au cadre métaphysique que nous tenons pour vrai. Cela est vrai pour un métaphysicien matérialiste comme pour tout autre. Le bon est ce qui peut s’intégrer dans la démarche d’accomplissement de notre destinée.

Or notre passé figure évidemment au nombre des médiations concrètes qui nous reconduisent à notre Principe, puisque le mot passé désigne l’avènement successif des causes dont nous sommes les effets. Et la morale est la connaissance de tout ce qui nous permet de rejoindre notre première Cause et d’accomplir ainsi notre destinée. C’est pourquoi il y a évidemment quelque chose d’immoral dans la haine du passé.

En parlant de haine du passé, je ne contredis pas ce que j’ai affirmé plus haut, concernant l’unanimité autour du respect du passé. Pas plus que la tradition n’est norme par elle-même, mais tout au plus par une vérité qui dit que la tradition est norme, pas davantage le respect du passé ne peut-il être inconditionnel.

Mais il faut préciser en quel sens le respect du passé est une valeur. Il y a un respect du passé qui est fonction de sa conformité à certains principes que nous tenons pour vrai. Il y a un autre respect du passé qui est fonction de sa causalité ou de sa paternité à notre égard.

On n’est pas d’abord attaché à son père parce qu’il aurait telle ou telle qualité. On lui est attaché parce qu’il est notre père, et qu’à ce titre, quels que puissent être ses défauts, il est et il reste, avec notre mère, la plus vivante médiation par laquelle passe la réflexion de la personne à la recherche de son Principe. Il en va de même pour la patrie et pour l’histoire de la patrie.

Un certain sens du grand et de l’héroïsme peut vibrer en nous au récit des guerres de Napoléon, cependant que nous pouvons, sans contradiction, juger désastreux l’impérialisme de Bonaparte.

Il convient donc de juger. De même que la simple tradition n’est pas par elle-même un critère de vérité, la seule histoire n’est pas davantage une garantie de justice. Et pourtant, être critique à l’égard du passé de la patrie ne nous désolidarise pas d’elle. Une distance critique à l’égard de nos parents ne nous ôte pas l’amour fondamental que nous leur portons. Il en va de même pour l’amour de notre propre passé national. Sans cet intérêt et cet amour pour le passé, il ne peut pas y avoir de patriotisme, ni de sens de ce que c’est que la vie.

C’est pour cela que le pseudo-progressisme est ruineux pour la culture. La culture vient du passé, et ne pousse de nouveaux rameaux qu’en puisant dans les sucs de la tradition. Rien de durable et de vivant ne se fait par une rupture absolue. Et même quand il faut tailler, après il faut recoudre. Mais si un homme estime qu’il est lui-même son propre Principe, comme c’est le cas dans les formes du panthéisme anthropologique moderne [et du polythéisme postmoderne où Mr X et Mme Y se prennent pour des dieux], alors il éprouvera la plus instinctive animosité à l’égard de toute étude qui le conduirait à se voir d’abord comme un descendant, un hériter, un effet – à comprendre qu’il n’est évidemment pas son propre Principe. Or tel est évidemment le premier résultat de l’étude sincère de l’histoire. [Certains grands esprits progressistes, il est vrai, essayent de totaliser l’histoire dans une philosophie de l’histoire, où l’Absolu se révèle à lui-même dans les œuvres de l’Homme. Mais, il y a longtemps que les pseudo-progressistes postmodernes ont abandonné ce genre d’enseignement.] C’est pourquoi un homme qui ne rend de culte qu’à lui-même [en tant qu’individu] aspire toujours à oublier la vérité de son passé, ou à le salir. Et la conduite opposée des traditionalismes chauvins fournit un semblant de respectabilité à son imposture.

Aussi, même si le pseudo-progressiste célèbre divers événements passés qu’il juge politiquement corrects, il ne laisse pas de se méfier du passé qui est toujours, à ses yeux, métaphysiquement incorrect, comme si le rappel de la causalité de nos pères à notre égard devait nous reconduire à une idée de Dieu dont il ne veut pas.

C’est alors que la tentation lui est forte de travestir le passé de la Nation en mythologie partisane [et en légende sinistre]. C’est ainsi que l’ensemble des hauts faits d’un grand peuple ne parvient plus aux oreilles de ceux qui sont actuellement ce peuple, et qui ne peuvent plus comprendre ce qu’ils sont, faute de savoir ce que furent leurs aïeux, devenus méconnaissables sous la bave et l’oubli.

POUR ALLER A LA SECTION SUIVANTE, CLIQUER ICI

 

   

Tradition, vérité, transmission

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Vendredi, 26 Août 2016 09:20 Écrit par Henri Hude

Parce qu’on parle beaucoup d'identité en ce moment, et dans la perspective de la rentrée des élèves et des étudiants, voici une section (n°7, pages 190-191) d’un de mes livres, intitulé Éthique et politique ; c’est la suite du chapitre IX consacré à la culture et à l’éducation, que je suis en train de publier. Le chapitre compte 11 sections. 

 

POUR REVENIR A LA SECTION PRECEDENTE, CLIQUER ICI  

POUR REVENIR A LA SECTION 1, CLIQUER ICI

 

La culture pourra l’emporter sur l’anti-culture du n’importe quoi, si nous savons nous débarrasser de nos préjugés pseudoprogressistes.

Parmi les marottes du pseudoprogressisme dominant, figure le mépris des coutumes et des traditions, [surtout quand ce sont celles du crû]. Encore une fois, je n’ai pas ici à plaider pour le respect des coutumes et des traditions. Il me suffit de montrer que le progressiste est le tout premier à les défendre bec et ongles – ou plutôt, je vois bien qu’il y est contre, mais seulement en apparence et non sans contradiction. Voici pourquoi.

Je suppose une société dans laquelle on a le mépris des coutumes et des traditions, comme c’est, dit-on, le cas des Français [de Progrès], qui en cela diffèreraient fort de leurs voisins les Anglais. Eh bien ! Tout voyageur venant en France notera sans difficulté que la méfiance pour la coutume est une coutume très particulière aux Français [de Progrès], et que le mépris des traditions est [chez eux] absolument traditionnel. Le rite y est de célébrer ponctuellement l’abolition des anciens [rites]. Et ce peuple [de Progrès] qui passe son temps à se plaindre et à protester a du moins la consolation de commémorer chaque 14 Juillet la fin de tous ses malheurs.

Dans ce pays à l’admirable et inflexible logique, on voit l’enseignement officiel inculquer dogmatiquement l’esprit (pseudo)-critique. La liberté de penser laïque y est aussi obligatoire que gratuite. Et un strict traditionalisme [de Progrès] impose la transmission d’un contenu traditionnel de pensée anti-traditionnelle [et l’interruption de toute transmission autre que la transmission de cette interruption].  

Je ne sais s’il y a là une invincible contradiction, car il est clair qu’aux yeux des meilleurs esprits [de Progrès, cela va sans dire], la tradition de la raison ne saurait être confondue avec celle des préjugés. Je crois que, sur ce point, tout le monde est d’accord [y compris la saine raison, qui rigole, et la Réaction, qui ricane]…

Cela montre bien [qu’il est aisé de se dire anti-traditionnel et tout aussi malaisé de l’être. Il n’y a aucune pensée, y compris de Progrès, qui vive hors tradition, et toute culture, y compris de Progrès, doit procéder à tel ou tel moment à] un rappel de la nécessité de la discipline et de la tradition [en général] – tel ou tel contenu de tradition étant préalablement admis (au moins le dit-on) en raison de sa valeur de vérité, et non en raison de son caractère simplement traditionnel (sauf dans le cas, bien sûr, où ce dernier caractère se trouverait avoir été rationnellement admis, dans certains domaines, comme un critère de discernement du vrai).

Cela montre bien que les valeurs de conservation, comme le respect de la tradition, sont essentiellement soumises à d’autres valeurs supérieures, dont la première est le respect de la vérité.

Quant à soutenir que le principe de tradition serait suffisant, cela pourrait signifier une conception selon laquelle la vérité serait (au moins dans certains domaines) donnée une fois pour toutes à l’origine, et connue seulement par transmission de ce donné primitif. Une telle théorie pourrait être vraie ou fausse, mais il n’y aurait pas là de traditionalisme intégral. Le respect de la tradition y resterait subordonné au respect de la vérité. Il serait le respect de la vérité dans et par la tradition.

Le principe de tradition, séparé de toute référence au vrai, est donc le propre du seul scepticisme, et encore de celui qui se voudrait modéré, qui par là est incohérent [(il est vrai qu’il n’y a pas de vrai…)], et qui ne peut survivre que par une répression du désir de toute réflexion approfondie.

Une telle répression peut être l’œuvre de l’opinion publique et des mœurs. Elle est facilitée par une disposition de la personnalité à [rester toujours à la surface des choses et à] se réaliser surtout dans les choses matérielles. Les règles de politesse peuvent prescrire de ne jamais parler de l’essentiel. La sagesse politique peut prescrire de sacrifier le principe de contradiction sur l’autel des compromis nécessaires.

Mais même dans ce dernier cas, le scepticisme fonctionne comme n’importe quel dogmatisme. S’il n’y a pas de vrai, il est vrai qu’il n’y a pas de vrai, et il est absolument faux de dire qu’il y a du vrai et du faux. Le vrai et le faux ne sont [donc] aucunement supprimés, il y a seulement une modification des valeurs de vérité de certaines propositions ; et l’acceptation de ces modifications par l’opinion publique est rendue plus facile, parce qu’elle ne voit pas le contenu qui entre dans son esprit en contrebande sous l’apparence du vide. [C’est évidemment là la règle fondamentale du lavage de cerveau médiatique et scolaire, au moyen duquel sont formatés les Individus de Progrès.]

Il y a donc bien deux formes de traditionalisme déraisonnable, et non pas une seule : ou accepter une coutume seulement parce que c’est une coutume, ou la rejeter seulement pour la même raison. Et ce qui est dit là de la coutume pourrait se dire des diverses traditions.

Il est naïf et barbare de tout rejeter. L’esprit est une puissance de discernement. Au reste, le traditionalisme pur n’existe peut-être jamais. Il n’y a pas de culture sans tradition, mais la tradition ne vaut que dans et par le respect de la vérité.

 POUR ALLER A LA SECTION SUIVANTE, CLIQUER ICI

 

   

"Violence musulmane". Un contresens dans la presse et beaucoup de bruit pour rien

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Jeudi, 25 Août 2016 17:07 Écrit par Henri Hude

 

   

La presse française a publié le 1er août 2016 un article titré : ‘Pape François: « Si je parle de violence islamique, je dois parler de violence catholique»’.  Cet article et d'autres de même farine ont déclenché une tempête.

Ce titre est la traduction mot à mot d’une phrase du pape prononcée dans l’avion du retour en italien familier. Le titre est accrocheur. Malheureusement, cette traduction comporte ce que j'appellerais un contresens et que des esprits très bienveillants appelleraient une traduction fautive.

Voici les documents.

D’abord, le texte intégral officiel[1] en italien de la conférence de presse[2]. La salle de presse a remis en italien châtié, sans en changer le sens, la phrase du pape François, énoncée en style familier devant les journalistes. Voici ensuite la vidéo de cette conférence de presse[3].  


 

Je laisse maintenant la parole à mon vieil ami Jean-Marie Salamito, Professeur d’histoire du christianisme à la Sorbonne, par ailleurs marié à une Italienne fort remarquable. Jean-Marie m’a envoyé le texte suivant, qu’il m’a aussi autorisé à reproduire. Je cite :

 

« Avant de traduire en français des propos tenus par le pape François en italien, il faudrait s’assurer que l’on connaît les différences, souvent subtiles, entre ces deux langues !

« Quand le pape François dit : « Se parlo di violenza islamica... », la presse française s’imagine pouvoir traduire aussitôt : « Si je parle de violence islamique... » Cela fait penser inévitablement à « violence islamiste », et cela produit un effet désastreux. D’où les polémiques qui, en ce moment même, vont bon train.

« Or, pour être tout simplement rigoureux, il faut absolument traduire de cette façon, la seule correcte : « Si je parle de violence musulmane... » En effet, les Italiens, pour désigner les musulmans, disent spontanément « gli islamici » et non « i musulmani ». Et les francophones, à condition qu’ils sachent un peu d'italien, ne traduiront évidemment pas « gli islamici » par « les islamiques », encore moins par « les islamistes ».

« Bien plus, le contexte montre que, dans les propos de François, « violenza islamica » signifie « violence commise par des musulmans ». Le pape ne compare pas deux religions considérées dans leurs idées respectives, mais des faits concrets du quotidien, des actes individuels. Il invite les catholiques, non à une réflexion sur une « essence » de l'islam et sur une « essence » du catholicisme, mais tout simplement à un examen de conscience personnel, à une réflexion sur la tentation de violence qui guette chaque être humain, quelles que soient ses convictions religieuses. Il ne fait pas de l’histoire des religions, ni de l’anthropologie des religions, ni de la théologie des religions. Enfin, il ne renvoie absolument pas « dos à dos » la religion musulmane et la religion catholique ! Il invite à réfléchir sur des actes concrets, sur des enjeux éthiques et spirituels, non sur des généralités de sciences des religions. Le pape est un berger, pas un théoricien. Un guide spirituel, pas un professeur. »

 

Tout est dit.

La tempête médiatique qui a suivi l’article défectueux n’est pas même une tempête dans un verre d’eau, mais much ado about nothing, comme disait Shakespeare.

 

On peut juste ajouter un renvoi à l’interview de Mgr Sako, patriarche des Chaldéens, qui comprend très bien les propos du pape, et avec une bonne traduction.

 

Finissons par un dernier point. La même presse juge opportun de republier à cette occasion une interview de Rémi Brague, datant de mai 2016, « Ne pas renvoyer dos à dos islam et christianisme ». Je me garderai bien de répondre à la place de Rémi Brague, mais je crois le connaître un peu. Ce grand universitaire est rompu aux finesses d’une bonne dizaine de langues, tant mortes que vivantes, dont l’italien. Je doute fort qu’il puisse goûter des propos dont l’origine est une erreur de traduction.

 

 



[2] Pour y trouver la phrase du pape, faire  Ctrl F parlassi: “Se io parlassi di violenza islamica, dovrei parlare anche di violenza cattolica.”

[3] Voici le lien de cette vidéo de la conférence de presse au retour des JMJ de Cracovie. La réponse commence à la 17ème minute, 33ème seconde. La phrase incriminée (18’ 11’’) : “Se parlo di violenza islamica devo parlare anche di violenza cattolica.”

   

Page 2 de 38

<< Début < Préc 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Suivant > Fin >>

Nouveauté


La force de la liberté
La force de la liberté
€18.00

Evénements

Aucun événement

Restez au courant !

Nom:
Mail:

Sites partenaires

Bannière