Henri Hude

Sur l'identité nationale. Réflexions sur l'identité

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Mise à jour le Lundi, 04 Janvier 2010 12:36 Écrit par Henri Hude

 

Quand la politique est au bon niveau

Le Président Sarkozy a décidé voici un mois, d’inviter le pays à une discussion approfondie sur l’identité nationale. Interrompu par les fêtes de Noël et de nouvel an, le débat va reprendre en janvier.

Le chef de notre communauté politique, le chef de notre Etat, et de notre nation, vient devant nous, les Français, et nous lance : « Qui êtes-vous ? »

Cette question est profonde, ce sujet essentiel. Ils méritent mieux que du soupçon. Conjonctures et arrière-pensées, demain, auront changé, mais la question demeurera. « Qui êtes-vous ? » et « Que sommes-nous ? » ou « Que voulons-nous être ? »

Un peuple ne peut exister, ni progresser dans l’Histoire, sans se les poser, sans y répondre. Elles s’imposent aux moments de crise et de réorientation. Ce sont des questions vraies, donc honnêtes en elles-mêmes. Les hommes d’Etat ont le droit et le devoir de les poser à leurs peuples, en temps opportun. Si, tout en posant ces questions honnêtes, l’homme au pouvoir choisit aussi son moment et veille à ses intérêts, rien n’empêche l’opposition de veiller aux siens, tout en précisant la question et en apportant des réponses honnêtes.

Quant au philosophe, il doit toujours proposer le détour par l'essentiel. Or, l'idée d'imitation me semble si essentielle ici, que sans elle sur ce sujet nous avancerons dans un cul de sac.

 

Identité et identification 

 

L’homme est un animal porté à l’imitation. Même quand il invente, il commence par imiter. Ou alors, il prend le contre-pied de ce qu’il refuse d’imiter, ce qui est encore une autre façon d’imiter. Qui donc imitons-nous ? Quels sont nos modèles ? A qui voulons-nous ressembler ? A qui ne voulons-nous surtout pas ressembler ? Qui est notre rival ? Qui voulons-nous dépasser, c'est-à-dire imiter en mieux ? – C’est là qu’est souvent notre identité. Ceci est vrai pour l’individu, c’est vrai pour les peuples.

 

Avoir une identité, c’est s’identifier à quelqu’un. Avoir ensemble une identité collective, c’est se rassembler autour de quelqu’un à qui on s’identifie. Notre identité nationale, c’est notre identification en commun à des modèles communs, à des personnalités-phares, à des événements fondateurs. S’il existe de tels modèles, communément acceptés comme modèles et comme communs, alors nous avons une identité commune, autrement non. En avons-nous ? Lesquels ? Telle est la question. - Voyons autre chose

 

L’imitation et le génie

 

Que se passerait-il, si nous étions tous soumis à une idéologie qui imposerait à chacun d’entre nous de se dire : « Je ne veux pas imiter qui que ce soit. Je veux être moi-même » ? Quand on veut n’imiter personne, ce qu’on imite, c’est tout le monde, négativement ? Si je ne veux être comme aucun de ceux que je pourrais choisir d’imiter, je choisis de chercher à être ce qu’aucun d'eux n’est. Je veux être inouï, inédit en tout, cela s’appelle, au sens fort génial. Pourquoi pas ? Un peuple de génies, c’est un beau projet. Réaliste ?

 

Sait-on comment on devient un génie ? Un grand peintre, par exemple, ce n’est pas un peinturlureur du dimanche, ni un enfant gentil barbouilleur ; c’est quelqu’un qui des années durant s’exerce, cherche sa voie, imite les maîtres. Un jour, à force de les étudier et de les copier, il trouve qu’il leur manque réellement quelque chose. Et ce qui leur manquait réellement, c’était lui.

 

Sans eux, il n’aurait pas été. Il est ce creux insoupçonné révélé par l’humilité de l’imitation, au cœur d’une tradition qui semblait compacte. Et une fois qu’il existe enfin, il est à leur suite, dans la série. S’il s’était contenté de les rejeter sans les imiter, il ne se serait jamais trouvé, et il n’aurait jamais pu aider personne d’autre à se trouver, après lui, grâce à lui. Et si nous n'avons que du talent, et pas de génie, ou bien nous sommes de bons disciples à l’école d’un beau génie, ou bien nous ne sommes que des prétentieux, et ne faisons rien qui vaille.

 

Imitation ou nullité

 

Quand donc on ne veut pas de modèle, on se modèle encore sur d’autres, mais sur des prétentieux, qui n’ont guère que le vide pour contenu. Au lieu d’imiter quelqu’un de bien, nous imitons tous le n’importe quoi de n’importe qui, et si tout le monde fait la même chose, parce que c’est là l’idéologie, à la fin, nous risquons de converger tous dans l’identité parfaite de la nullité : 0 = 0.

 

Si notre identité se trouve dans ceux à qui nous nous identifions, une question de bon sens surgit : « Ces modèles, eux, quelle est donc leur identité ? » La vie tout simplement nous aide à répondre.

 

Une petite fille passe dans la rue, à la main de sa mère. Sa mère la tient, elle tient sa mère, la mère va, la fille regarde sa mère et va. La mère sait où elle va, elle est fière de mener sa fille, elle est heureuse d’exister pour la conduire, et la fille se sent en sécurité. Où va la petite fille ? Vers le temps où elle sera mère et conduira à son tour sa propre fille en la tenant par la main. L’imitation est dans la vie. L’identité, ce n’est pas seulement d’avoir des modèles auxquels on s’identifie, mais c’est aussi d’être et de devenir soi-même modèle. Ainsi permettons-nous à d’autres de s’identifier à nous, qui sommes devenus modèles, parce que nous avons eu la sagesse et l’humilité de nous identifier à d’autres, qui en valaient la peine, parce qu’ils n’étaient pas des prétentieux, mais savaient s’inscrire dans la générosité de la vie.

 

Il faudrait maintenant revenir à l’identité nationale, mais je vous en laisse le soin. Bonne année 2010 !

 

 

Une démocratie durable est une démocratie qui raisonne (2)

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Mise à jour le Samedi, 25 Juin 2016 14:13 Écrit par Henri Hude

La tolérance ne doit pas être un prétexte pour arrêter de raisonner

On parle toujours de la tolérance en faisant abstraction du besoin de pensée adéquate pour une action adaptée. C’est une autre exagération. Le vrai limite le domaine de la tolérance, c’est certain, mais que peut-on y faire ? Supprimer le vrai ? Il faudrait supprimer le réel. On peut y arriver dans une dissertation, pas dans une action. 

Qu’on veuille bien y réfléchir. La tolérance, si elle supprimait la réalité, deviendrait la seule réalité, et il y aurait donc encore une réalité et encore une vérité. Laquelle ? Celle-ci : chacun de nous serait un dieu, créerait son monde, où il ne dépendrait de personne d’autre, et ces mondes ne se heurteraient jamais, car ils seraient des Absolus parallèles.

Mais ça, ce n’est pas la tolérance de toutes les opinions, c’est une opinion très particulière, qui (notez-le) prétend souvent être la seule absolument vraie. Et cette opinion très particulière (mais assez répandue), c’est une métaphysique, une morale et une religion – techniquement, ça s’appelle un néo-polythéisme.

Être tolérant, est-ce donc accepter le néo-polythéisme comme religion d’Etat. Bizarre laïcité... J’ai expliqué ça dans Prolégomènes. Les choix humains (pages 29-36).

Le polythéisme empêche de réfléchir et de raisonner, au moins autant que les médias. C’est pour cela que nous n’osons plus contredire. Le plus « fade bavard » devient un dieu infaillible.

Dans une démocratie durable, le peuple a de l’humilité. Et les élites en ont davantage.

Être tolérant, c’est accepter de discuter. S’il n’y a pas de vérité, il n’y a plus de discussion. La raison est un mot qui ne signifie rien. La liberté raisonnable non plus. La liberté n’est plus qu’arbitraire. L’arbitraire, c’est la force, et si ce n’est pas elle, c’est la ruse. Pour que la démocratie soit durable, il faut sortir de l’arbitraire subjectif. 

Logique de salon contre logique de raison

Nous ne sommes pas dans un salon, mais dans un monde dangereux. Si le commandant d’un navire qui prend eau demande à deux des ses officiers quelle est la taille de la voie d’eau dans la coque, et que les deux ne soient pas d’accord, le problème n’est pas de les mettre d’accord pacifiquement, ou d’éviter que l’un des deux ne se sente humilié, ou discriminé. Le problème, c’est juste de ne pas couler. Et pour ne pas couler, il faut savoir la vérité. Et que le Lieutenant X soit vexé de s’être trompé, tout le monde s’en moque. Et le Lieutenant X devrait s’en moquer également, s’il était au niveau de sa responsabilité. – Mais quand on ne raisonne plus, on a l’impression que la vérité n’existe pas. 

Une société libre est celle qui sait définir une tolérance sensée, qui ne la voue pas à l’échec

L’exemple du réchauffement climatique

Quelle est la mesure exacte de ce fait qu’on appelle réchauffement climatique ? Quelle en est la cause ? La cause en est-elle dans nos pots d’échappement, dans le soleil, dans les deux à la fois, dans quelque troisième encor, et dans quelle proportion tout cela ? Où est la vérité ?

Je voudrais la savoir – car je ne m’intéresse pas au consensus des vanités ou au mythe qui peut servir telle autorité.

Sur ces graves sujets, comme sur bien d’autres, les plaisantins médiatiques, ou les agités politiques, monopolisent la parole. On voudrait entendre les savants. Je voudrais que celui qu’on va entendre n’ait pas été choisi parce qu’il « passe bien ». Les meilleurs esprits sont honnêtes, ils savent, mais ils savent les limites de leur savoir. Ils tuent l’audimat. Les farceurs, eux, ne savent rien et ils ne doutent de rien. Ils le font monter.

Qu’est-ce qu’un savant ? Peut-être quelqu’un qui dit : je ne veux pas avoir une opinion sur le sujet. D’ailleurs, je ne veux pas avoir d’opinion, je veux acquérir des connaissances. Je ne veux pas non plus imposer une opinion arbitraire. Je veux même avoir le courage de piétiner mes préférences subjectives. Je ne veux pas empoisonner les autres avec mes crédulités, ou avec mes crédules incrédulités. Je ne veux pas non plus qu’on me manipule en me faisant croire des sornettes, au bénéfice d’intérêts ou de projets qui me dépassent, et qui peut-être (il faudrait voir) ne sont pas justes. Je veux penser vrai. Je veux savoir ce qu’il en est du réel.  
    

   

Une démocratie durable est une société qui raisonne (1)

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Mise à jour le Samedi, 25 Juin 2016 14:13 Écrit par Henri Hude

La semaine dernière, j’ai participé à une très belle conférence, de bonne tenue, en Grande-Bretagne, à l’UK Defence Academy. A cette occasion, une conviction s’est renforcée dans mon esprit : une société durablement libre, une démocratie durable, est une société qui raisonne.

Raisonner, c’est important

La plupart des vérités sont utiles : elles permettent seules à notre action d’être adaptée au réel, au lieu de se briser sur lui. La pensée vraie, pour un être d’action, c’est une pensée adéquate, adéquate au réel. Le réel ne pardonne pas. L’échec sanctionne l’erreur.       

On nous répète que la vérité est toute subjective. C’est tout à fait exagéré. Nul d’entre nous ne pense ainsi, quand il conduit ses affaires.       

Choisirez-vous un médecin si, à votre question sur votre maladie, il répond qu’il n’y a pas de vérité, qu’il a son opinion, mais qu’elle est toute subjective ? Avec ça vous voilà bien avancé. Ce dont vous avez besoin, c’est d’un médecin qui s’y connaisse. Connaître, c’est la responsabilité de l’esprit. Et vous demandez le même sérieux de votre assureur, de votre plombier, de votre architecte, et de tous vos professionnels. Les choisissons-nous en fonction de leur physique ou de leur bagout, ou de leur côté « sympa » ?          

Être responsable, c’est dépasser le subjectif

Je sais bien que les questions éthiques, politiques, métaphysiques, esthétiques, anthropologiques paraissent plus subjectives. Mais le sont-elles réellement ? C’est une question importante, qu'il faudrait examiner objectivement, comme toutes les autres.      

Et si, à l’idée qu’il y ait du vrai là dedans, nous sommes saisis de peur, c’est une raison de plus pour y regarder de près, sans peur de savoir, ou pour écouter ceux qui s’y connaissent, et méritent confiance, sans honte de recevoir et de dépendre, plutôt que de vivre dans l’illusion.        Mais à qui se fier ? Voilà une bonne question. Si nous répondons « à n’importe qui », alors, faisons n’importe quoi. A qui donc est-il raisonnable de se fier ? Il faut aussi le savoir.     

Un conducteur en montagne, qui aimerait penser que la force centrifuge n’existe pas finira au fond du ravin. Où finirons-nous, nous, en suivant le caprice de l’arbitraire subjectif ? Ce peut être agréable de penser que X n’est pas vrai, mais est-ce utile, si X est vrai, et est-il juste, digne et responsable, de penser des choses fausses uniquement parce qu’elles nous font plaisir ?           

Et on nous dit que tout le monde ne veut penser que ce qui lui fait plaisir. C’est encore une grosse exagération. Votre plaisir, c’est de penser que vous n’avez pas le cancer. Votre volonté, c’est de savoir si vous l’avez, afin de vous soigner, si c’est oui.   

Une démocratie durable est une société qui sait raisonner

La plupart des vérités utiles ne sont pas immédiatement connues. Elles ne tombent pas sous le sens. Et souvent ce qui semble vrai à première vue ne l’est pas.     Il y a rarement convergence entre notre intérêt solide à long terme, et ce qui nous procure une impression de satisfaction passagère, ou une conscience de réalisation subjective dans le présent. Si nous allons par cette voie, dans quelques mois, quelques années, où en serons-nous ? A ce moment-là, n’allons-nous pas regretter ? Alors pourquoi ne pas réfléchir aujourd’hui ? Pour savoir, il faut raisonner.  

Les médias sont de redoutables machines à tuer le raisonnement. Raisonner prend du temps, demande de l'effort, contrarie le caprice et remonte la pente de la facilité - en un mot, raisonner tue l'audimat.

La démocratie médiatique, asservie au business model des boites de pubs, qu’on appelle entreprises d’information, risque toujours d’être dominée par des ignorants forts en gueule, qui sont plus en phase avec le modèle. Les gens sérieux, calmes et prudents deviennent inéligibles. Les Etats semblent réduits à faire usage de vérités immédiates, ou d’apparences factices. Comment leur action alors pourrait-elle être adaptée à un réel qui se moque de nos susceptibilités de salon ?        

   

Reportage de Serbie (1)

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Mise à jour le Dimanche, 06 Décembre 2009 18:46 Écrit par Henri Hude

Je voudrais, ce dimanche, vous livrer quelques impressions, au retour d’une courte semaine passée à Belgrade. L’Académie militaire de Serbie avait réuni là une conférence, pour redéfinir la formation des officiers serbes. Mais ce n’est pas de cela dont je voudrais vous parler, du moins pas aujourd’hui (car j'aimerais revenir plusieurs fois sur cette expérience).   

 

 

 

 

 

 

La joie de vivre

 

 

Pour rencontrer un peuple, il faut aller droit à son âme, à sa vie et à sa culture. Il faudrait aussi en parler la langue. Il y avait, bien sûr, la télévision, soixante chaînes en accès libre, en quasi totalité étrangères et sous-titrées en serbo-croate, en caractères non cyrilliques. Il s’en écoulait la même joie factice et la même médiocrité que partout ailleurs dans le monde. Mais ce peuple ne m’a pas paru attristé.

 

 

Une joie de vivre, un élan vital, une santé, et pourtant pas l'excitation de la bamboche, ni celle d'années folles: telle fut mon impression dominante.     

 

Je me rappellerai toute ma vie une soirée au restaurant, réunissant les participants de la conférence, et là, jusqu’à minuit, la compagnie chantait presque sans arrêt des chants populaires serbes, d’une touchante beauté, en mangeant une nourriture rustique et abondante. On prend là bas en apéritif des petits verres d’eau de vie de prune ou de poire. Après, du vin et de la bière, à volonté assurément, mais sans abus visible. Certains convives se levaient pour danser avec élégance des danses folkloriques ou faisaient la farandole, tout autour de la grande table. Tous les participants, hommes et femmes, sans morgue, sans vulgarité, depuis le secrétaire d’Etat à la défense jusqu'au jeune lieutenant, communiaient dans la joie simple d’être un peuple. Joie trop oubliée (mais jusqu'à quand?) dans les pays où l'on dirait parfois que chaque individu est à lui tout seul son peuple.     

 

Il n'y avait pas là seulement des Serbes, mais aussi plusieurs Croates et d'autres nationalités. Cela faisait plaisir de voir des militaires serbes et des militaires croates chanter ensemble à pleine voix les mêmes chants.     

 

Les jeunes que j'ai croisés ne portaient pas de piercings. Les amoureux, dans les jardins publics, avaient l’air d’amoureux. Pour tout dire, ils faisaient plaisir à voir.

 

 

Le travail et les bâtiments

 

J'ai vu, entre l’aéroport et le centre, beaucoup de longues barres d’habitation, grises, plus grandes en général que celles de nos banlieues. Autour d’elles, toutefois, des arbres et même parfois des pelouses, le tout disposé assez souvent dans un certain ordre et non sans composition. Les moyens de transport sont plutôt vétustes dans l'ensemble, mais beaucoup de véhicules sont flambant neufs. Dans le centre même, la grande majorité des immeubles sont décrépits, et nombre de trottoirs ou de cours laisent fort à désirer. Et pourtant, l'attaché de défense français m’a assuré que les intérieurs des maisons étaient le plus souvent restaurés et quelquefois somptueux. Les copropriétés, paraît-il, ont du mal à fonctionner.

 

 

Ici et là, le long de grands boulevards, un immeuble fracassé, dont les décombres ont été laissés sur place, témoin des bombardements de l'OTAN, entre mars et mai 1999. Les visas viennent d'être supprimés, nécessaires jusqu'alors pour sortir de Serbie pour aller dans l'UE.

 

Les salaires sont bas, trois cents euros en moyenne, mais les prix le sont aussi. Sur le marché de Zémoun, j'ai par exemple noté 50 dinars (c'est à dire 48 centimes d'Euros) le kilo de poires et 25 dinars le kilo de pommes). Le troc est très important. La ponctualité, paraît-il, est très défaillante, mais c'est autre chose que de la paresse. En effet, une fois le travail salarié fini, beaucoup de Serbes travaillent à leur compte, par échange gratuit de services. Un officier me disait qu'il ne vivait  pas beaucoup plus mal que son beau-frère, installé en France, et qui gagnait nominalement beaucoup plus que lui. Il ne m'a pas dit si lui travaillait ainsi après son travail.  

 

 

La religion orthodoxe

 

Les églises que j’ai eu le temps de visiter, à Belgrade ou au faubourg de Zémoun, étaient pour les deux tiers d’entre elles en cours de restauration.  Les offices du petit matin ou du soir en étaient suivis par des publics abondants, où l’on notait la présence de nombreux jeunes, garçons et filles. Comme c’est l’usage, chacun embrasse les icônes, après s’être signé et incliné trois fois – voire plus. C’est sentimental, m’a-t-on dit, et superficiel. Allez donc savoir. En tout cas, c’était physique et tactile. On augure mal d’une religion désincarnée.  

Cet art des icones, étendu en fresques aux riches couleurs sur les murs et sur les plafonds, donne au visiteur l’impression de ne plus être sur la terre, mais au ciel, et d’y faire les yeux ouverts une expérience d’illumination spirituelle, que les saints seuls font les yeux clos. Le peuple se tient debout dans la nef, sans chaises, femmes à gauche, hommes à droite, et les prêtres célèbrent les mystères derrière l’iconostase, comme des anges de Dieu dans le sanctuaire céleste, d’où ils sortent de temps en temps pour encenser les icones et pour bénir les croyants. Le texte de la liturgie est entièrement chanté, par des voix de basse. Et cette pénétrante mélopée s'élève comme la fumée de l'encens.

 

 Le patriarche de Serbie était décédé il y avait une quinzaine. Un officier racontait que sa femme était allée, avec son fils, saluer sa dépouille mortelle, dans ce patriarcat situé juste à côté de l’ambassade de France. Ils partirent à huit heures du soir, ils ne revinrent qu’à cinq heures du matin, tant la foule se pressait en files immenses.

 

 

La France et la Serbie

 

La ville de Belgrade est construite de part et d’autre d’un axe, qui va de l’immense cathédrale Saint Sava, commencée en 1935, de nouveau en travaux depuis l'an 2000, financée par la diaspora, et presque aussi grande que Saint-Pierre de Rome, - jusqu’à l’énorme forteresse médiévale, rebâtie par les Turcs, et refaite encore par les Autrichiens en style Vauban. Elle se dresse au sommet d’un promontoire dominant le confluent de la Save et du Danube.

Le monument à la résistance de la Serbie y rappelle le caractère indomptable de ce peuple fier et combatif, qui a voulu exister libre entre deux grands empires et qui jamais, en cinq cents ans d'occupation turque, n'a été réellement pacifié. L'irréalime de la politique de Milosevic ne doit pas faire oublier l'essentiel.

Les Français sont venus, eux aussi, mais combattre aux côtés des Serbes. Durant la Première guerre mondiale, sur les six cent mille hommes de l’armée d’Orient, quatre-vingt mille sont morts. Deux fois plus ont été blessés.   

Le grand parc autour de la forteresse est le Panthéon des Serbes. Chaque grand homme y a sa statue. Tous les enfants des écoles y viennent, un jour où l’autre.  

Ils passent tous, en particulier, devant un monument surprenant, dont je ne connais pas au monde l'équivalent. Le puissant socle de pierre porte l’envol d’une statue stylisée, comme une pensée de bronze. Du côté sud, écrits en français, les trois simples mots : « A la France ». Du côté nord, en serbe et en cyrillique, est inscrite la phrase suivante : « Aimons la France, comme la France nous a aimés ».

   

Que savent-ils sur la mort ?

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Mise à jour le Vendredi, 24 Juin 2016 12:40 Écrit par Henri Hude

Ceux qui ne doutent de rien 

J’avais entendu s’exprimer à la radio l’un des promoteurs d’une proposition de loi visant à légaliser l’euthanasie. Ce qui m’avait frappé, c’était son assurance.

Cet homme-là ne doutait de rien. Il était sûr d’être dans le juste. Il était sûr d’être dans le vrai. Peut-être avait-il raison ? Si c’était le cas, cet homme-là était un grand sage. Je m’explique.  

Euthanasie signifie « bonne mort ». Comment savait-il en quoi consiste la bonne mort ? Parce qu’il savait, je suppose, ce que signifie « bon » et ce que c’est que « la mort ». Cet homme-là savait donc, apparemment, ce qu’étaient le bien et la mort. Quelle chance pour lui ! Et quelle chance pour nous.   

Il savait que la mort était la fin totale de l’être humain, la chute dans le néant. Il savait que la bonne mort était celle qui n’était pas douloureuse, pas longue (assurément, c’est cela que nous préférerions tous, instinctivement). Quant à la dignité, qui faisait partie du bien, elle consistait positivement à agir, à rester le maître des événements, et négativement à ne pas dépendre, à ne pas subir. Le « bien » consistait donc dans le plaisir et dans l’absence de douleur, dans la préférence instinctive, ainsi que dans la puissance active, qui est dignité.  

Mon législateur savait-il que tout cela était vrai ? Ou voulait-il le croire ? En fait, je pense qu’il n’en savait rien, mais qu’il voulait le croire. Je ne lui reproche pas de vouloir le croire, après tout, c’est son affaire.    

 

Le pessimisme n’a rien de certain 

La mort totale, la chute dans le néant, ce serait la fin de tout espoir. En ce sens la mort serait toujours absolument triste et sa simple anticipation projetterait une ombre en arrière, sur toute la vie. La mort totale rend la vie mauvaise.  

Si la mort est totale, la mort est toujours bonne, par définition, puisqu’elle met fin au désespoir rationnel d’une vie qui ne mène à rien, une grande passion inutile. La mort serait peut-être même la seule bonne chose, pourvu qu’on ne la sente pas passer. L’euthanasie serait la seule bonne chose de la vie. Tellement bonne, qu’on ne voit pas pourquoi on attendrait la fin.  

Bref, si la mort est totale, la mort est bonne par définition, et la vie mauvaise par définition. Est-ce là une bonne base pour légiférer pour un peuple aspirant au bonheur ?  

Si c’était la vérité rationnelle, il faudrait bien la reconnaître. Mais est-ce la vérité certaine ? Et si ce n’est pas la vérité certaine, pourquoi légiférer sur ces sujets comme si pesait l’évidence de plomb d’une chape de désespoir ?    

 

Euthanasie et manque d’esprit critique 

Mon sentiment sur une telle proposition de loi, c’est qu’elle se fonde sur un manque d’esprit critique. On avance comme si le pire était sûr, mais cela n’est pas sûr du tout. Il faut envisager toutes les hypothèses. Soulager la douleur, sans doute, et on y arrive assez bien. Mais donner la mort à l’être humain, c’est quand même tout autre chose.  

Pour croire faire du bien à quelqu’un, en lui donnant la mort, il faut vraiment penser qu’on lui fait du bien en lui infligeant, ou en lui permettant de s’infliger, une mort violente, et en lui interdisant de subir une mort naturelle. Le naturel vaut-il mieux que l’artificiel, en matière de vie et de mort ? Tout le monde parle d’écologie, et on voudrait industrialiser tout, mécaniser tout, y compris la mort ?    

En réalité, mon grave législateur n’est pas sûr. Vous direz que je n’en sais peut-être pas plus que lui. C’est bien possible. Admettons même que cela soit vrai. Sur la base d’un tel doute général, nous gardons donc un espoir que la vérité, après tout, puisse ne pas être triste et que le pire ne soit pas vrai. Donc, si nous doutons vraiment, nous espérons. Allons-nous donc agir comme par certitude de désespoir, alors que le désespoir est peut-être une sottise, un coup de cafard, et que les nuages vont s’entrouvrir – et qu’en tout cas, ce désespoir est un manque d’esprit critique ?      

Admettons que nous soyons tous dans le doute, que ferions-nous ? Voilà la bonne question.

Dans le doute, nous nous dirions que la vie a peut-être un sens. Et il nous suffirait d’un léger doute pour nous y accrocher et nous réjouir de la possibilité du sens. Dans la joie du sens, allons-nous tuer par désespoir ? Pourquoi imposer une telle ambiance à ce peuple de bons vivants ?  Pourquoi le doute profiterait-il toujours à la négation ? Cela, ce n’est pas le doute critique, mais c’est le préjugé du négatif que refuse l’esprit critique. 

Il me semble que, dans le doute, dans l’espérance du sens, l’homme critique ne tue pas l’homme. Il le soigne, il lui tient la main, il soulage à la fois sa douleur, son angoisse et son chagrin, il l’aide à trouver le sens et la dignité que peut revêtir tout instant de l’existence, y compris les derniers.    

   

Vivre la dignité de la mort

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Mise à jour le Dimanche, 29 Novembre 2009 22:51 Écrit par Henri Hude

C’est le seul moyen de mourir dans la dignité 

Comment pourrait-on mourir dans la dignité, s’il n’y avait pas une dignité dans la vie même ? Mais la mort, n’étant que l’extrémité de la vie ici-bas, doit avoir au moins la même dignité que la vie en elle-même.  Pour mourir dans la dignité, il suffit donc de vivre jusqu’au bout.  

Quelle dignité peut avoir un simple tas de matière, issu du hasard et voué à la décomposition ? Or si nous ne sommes que cela, si nous mourons tout entiers, ne parlons plus de vivre dans la dignité, ni donc d’y mourir. Mais en fait, nous croyons à notre dignité, cela montre que nous ne tenons pas le désespoir pour si raisonnable et que, dans le fond, nous croyons qu’il y a peut-être bien autre chose.  

Quelle dignité y a-t-il à prendre une attitude artificielle ? La dignité est d’abord morale. Respecter la vérité, c’est bien plus que se tenir droit. Tout mépris de la mort suscite une certaine admiration, mais le courage ne suffit pas à faire une bonne action. Certains criminels de guerre étaient aussi des héros. Quand on ne ment pas, quand on ne se paye pas de mots, la personne vaut toujours mieux dans sa vérité que le personnage qu’elle préférerait jouer dans l’imaginaire.

Le témoignage du sens dans la fragilité est un cadeau sans prix fait à ceux qui restent ici-bas pour affronter à leur tour la vie.   

 

Pourquoi souffrir deux fois au lieu d’une ?  

La souffrance est douloureuse : c’est une évidence et une tautologie. Elle n’a pas de sens : ce n’est qu’une hypothèse.  

Si on croit cette hypothèse vraie, la souffrance est deux fois douloureuse. Une fois parce qu’elle est douloureuse, une seconde parce qu’elle est absurde.

De quoi veut-on se libérer par la « bonne mort » ? De la simple douleur ? Mais pour cela, il n’est pas besoin de mourir. De l’absurde ? Mais ce n’est peut-être qu’une impression. Il vaut mieux guérir de cette impression.  

C’est par l’amour qu’on en guérit. Peut-être aussi par la sagesse.  

L’euthanasie devenue fait sociologique, ce serait en fait une psychothérapie collective contre la présence de l’absurde. Mais pourquoi ne pas guérir de l’absurde simplement par le petit acte de douter de l’absurde, qui suffit à libérer la joie de vivre et la puissance du sens.   

 

Pourquoi se priver de sa mort naturelle ?  

Celui qui appelle la mort du geste et de la voix se prive de tant de joies ultimes et si rares, d’échanges si vrais, de rapports si inoubliables, d’instants où, presque sans parler, par la simple pression d’une main, on se dit tout et où enfin on se comprend, alors qu’on avait perdu des années à ne plus se comprendre et à ne plus rien se dire… Pourquoi ne pas redécouvrir ces moments, plutôt que de fuir par le non sens du meurtre et du suicide finaux, une sinistre chute dans un non sens, peut-être imaginaire ? Transfert imaginaire d’une tristesse et d’un manque d’amitié, dans la structure et l’orientation de la vie ?     

 

Contre le dogmatisme du désespoir 

Bref, ne pas agir comme si le douteux était certain. Ne pas agir comme si l’espoir était vain. Ne pas imposer aux autres cette croyance arbitraire. Ne pas leur donner le témoignage du non sens. Accepter le questionnement.

Faire jouer l’esprit critique, c’est toujours une victoire contre la négation et le néant, à condition que nous sachions tenir la main de la personne qui souffre, et mettre en doute le doute unilatéral qui ne sait douter que de ce qui ferait sens.  

En fait, nous aimons la vie, nous croyons qu’elle est bonne, et pas seulement parce qu’elle nous procure du plaisir, car nous pouvons nous sacrifier de bon cœur pour la vie qui monte et pour ce que nous aimons.  

La mort peut être une naissance à une vie supérieure, à une existence céleste. Il faut en être resté à une phsique de Meccano, datant du 19ème siècle, ou même de l'Antiquité, pour se croire sûr que la décomposition laisse tout tomber au néant.

Mesdames et Messieurs les députés, à supposer que vous ne sachiez pas davantage que votre triste collègue ce qu’il en est de la mort, mais que vous soyez plus critique que lui, donc à supposer que seulement vous doutiez, que choisiriez-vous ?  

On dit que la mort est pour chacun ce que chacun pense. Voire. La mort est ce qu’elle est, même si nous ne le savons pas. La question serait alors : « Dans le doute, que fait-on ? » Ou s’il faut parier, sur quoi parie-t-on ?   

Le doute unilatéral, ce n’est pas un doute, c’est un préjugé de désespoir. Si ce préjugé était si vrai que cela, nous serions tous morts depuis longtemps.     

 

Fraternité ou absurdité ?   

Je vois bien qu’ils tiennent à ce que le suicide soit la façon commune de sortir de la vie. Mais je me pose alors cette question : pourquoi ces gens ont-ils à ce point besoin de croire au non-sens ?  La France est-elle la République du non sens ? Liberté, égalité, solidarité dans l’absurdité ?  

   

Actualité bioéthique

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Mise à jour le Lundi, 23 Novembre 2009 11:11 Écrit par Henri Hude

Mon silence avec Marie-France

 

Une vieille amie, Marie-France, m’avait questionné sur l’actualité bioéthique. Je ne lui avais rien répondu d’articulé. J’avais eu tort. Pour réparer cette omission, je mets en ligne ce soir une conférence du 13 novembre 2009 sur « Contrainte et homicide. La responsabilité morale des militaires ».  

Marie-France va peut-être penser que je ne lui réponds pas, ou que je me moque d’elle. Cette fois, c’est elle qui aurait tort. Quand on parle de responsabilité des militaires, ce qui est posé, c’est de la question de l’homicide.  Eh bien, pour la bioéthique, c’est pareil.  

Si donc je dis quelque chose de fort et de sensé sur le problème de l’homicide en guerre, je suis sûr, indirectement, d’apporter quelque chose au débat bioéthique.  

J’aimerais que Marie-France me dise ce qu’elle en pense.     

 

Mon dialogue avec Dominique le matheux  

 

Un autre ami, vrai de vrai, c’est Dominique, un collègue chercheur. Il  m’interroge hier à brûle pourpoint :  

Dominique : « Et la bioéthique ? » 

Moi (Henri) : « Toi aussi ? Mais vous vous êtes tous passé le mot ! »  

D : « Non, mais Marie-France m’a raconté. Pourquoi ne dis-tu rien ? La révision des lois de bioéthique approche. La société se pose des questions : recherches sur l’embryon, assistance à la procréation, thérapie génique, mères porteuses, etc. Tu diriges un pôle d’éthique, tu sers à quoi si tu ne dis rien ? » 

H : « Marie-France plus Dominique = Henri placé devant sa responsabilité. » 

D : « Là, tu me fais plaisir. Alors que dis-tu ? » 

H : « D’abord que mon devoir est de répondre. Autrement, je me déroberais à ma responsabilité. » 

D : « Très bien. Mais encore ? Que dis-tu sur ces sujets ? » 

H : « Ne t’imagine pas que je me dérobe. Mais tu es un scientifique. Je te réponds donc d’abord : ‘Pas d’empirisme !’. » 

D : « Accordé. Recul et hauteur. » 

H : « Exactement. Pas trop vite dans les questions particulières, ni dans le détail des faits. Détour par l’essentiel. » 

D : « Définitions et principes. » 

H : « Exactement. » 

D : « C’est la première condition de l’esprit scientifique. » 

H : « C’est aussi la première forme du bon sens moral et de la clarté de conscience. » 

D : « Alors allons-y. »  

H : « OK. Que sont ces questions dont tu parlais ? » 

D : « Des questions d’éthique. » 

H : « Oui, si on le dit en grec. Si on le dit en latin, ‘des questions de morale’. » 

D : « Peut-on résoudre des questions de morale rationnellement ? »  

H : « C’est exactement la question. Réponse : oui, s’il existe des principes moraux universels. Autrement, non. » 

D : « Y en a-t-il ? » 

H : « Pas si vite. Que sont des principes moraux universels, pris tous ensemble ? » 

D : « Laisse-moi réfléchir. Une loi morale ? » 

H : « Exactement. Donc, à la question : "Peut-on résoudre ces questions raisonnablement ?" la réponse est : … » 

D : «  Oui, s’il y a une loi morale. » 

H : « Et voilà. » 

 

Et que dit-on aux parlementaires ?

 

 

D : « Je suis d’accord. Maintenant que fais-tu ? Que dis-tu aux parlementaires ? » 

H : « Je leur demande : ‘Mesdames et Messieurs, y a-t-il une loi morale universelle ?’ » 

D : « Et qu’est-ce qu’ils répondent ? » 

H : « A ton avis ? » 

D : « Trois cas de figure. Cas n° 1, ils disent qu’il n’y en a pas. » 

H : « Alors qu’ils décident n’importe quoi et que le plus fort impose son arbitraire ; et qu’ils ne nous parlent pas de démocratie. » 

D : « Cas n° 2 : ils répondent qu’ils n’en savent rien. »  

H : « Ils devraient avoir honte. Faire métier de décideur sans principe de décision, c’est imposture. » 

D : « Cas n° 3 : il y en a une. » 

H : « Alors tâchez de l’appliquer. »  

D : « Mais y en a-t-il une ? »   

H : Tu reviens au cas n° 2. Oui, il y en a une. C’est ce que j’ai dit aux militaires. » 

D : « Et tu en es sûr ? » 

H : « Oui. Parce que c’est sûr. » 

D : « Explique-moi. » 

H : « T’as qu’à lire ce que j’ai mis en ligne pour Marie-France. » 

D : « Tu ne veux pas me dire ? » 

H : « Si, mais tu es matheux. Sans un tableau et une craie, les maths, c’est du pipeau. Pour l’éthique, c’est pareil. Le savoir s’écrit. L’éthique aussi est un savoir : parce qu’il y a de l’expérience morale, du raisonnement moral, des principes moraux. » 

D : « Alors, je lis et je te réponds. Par écrit. » 

H : « Forcément. C’est comme ça qu’il faut faire. » 

D : « C’est comme ça qu’on se libèrera des pipeauteurs. » 

H : « Peut-être, un jour. »              

 

   

3ème Leçon à l’usage des politiques d’une démocratie durable

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Mise à jour le Dimanche, 15 Novembre 2009 14:53 Écrit par Henri Hude

Contre les suiveurs déguisés en chefs 

 

« Si les chefs n’en savent pas plus que le peuple, autant les tirer au sort. »   

« Ce n'est pas avec des sondages que l'on apprend à connaître le visage d'un peuple. »    

« Le plus compétent des chefs doit savoir reconnaître que, souvent, il ne sait pas. Un peuple aussi. »  

« Le plus intéressant, dans un sondage sur un point précis, c’est le nombre de ceux qui ne se prononcent pas. Il exprime, à peu près, le pourcentage de ceux qui, ne connaissant pas mieux les faits de la cause que les autres, ont la sagesse de ne pas s’en faire juges. Ce pourcentage est faible. » 



Contre ceux qui gouvernent pour être réélus  

 

« Mettez-vous bien dans la tête que votre carrière ne nous intéresse pas. »  

« Si vous voulez devenir riche, ne vous jetez surtout pas en politique.  Faites des affaires, et tâchez d’y réussir. Ca prouvera à l’électeur que vous savez faire un métier. Et vous aurez peut-être un peu d’argent de côté. Si alors vous faites de la politique, vous aurez moins de tentations et plus de liberté. » 

« Nous manquons d’élus qui n’aient pas besoin d’être réélus. » 

« Ce n’est pas contre le cumul qu’il faudrait lutter, mais contre l’incrustation. L’incrustation s’appelle réélection. » 

« Vous n’allez pas me dire qu’il ou elle est indispensable ! » 

« De toutes façons, vous ne serez pas aimé. On vous aimera, peut-être, quand vous serez parti. »  

« Bossuet disait en chaire à la cour de Louis XIV : ‘L’or que vous mettez sur vos carrosses, c’est le pain que vous volez aux pauvres.’ Et il ne s’est pas fait virer. A adapter en démocratie durable. »  

« L’envie est la plaie des démocraties. »  



Prolégomènes à l’esprit civique : l’honnêteté intellectuelle  

 

« Mais quand même, le plus important, c’est encore de savoir dire parfois : ‘Je ne sais pas.’ » 

« Dans une démocratie non durable, je vous garantis qu'un fils à papa qui ne connaît rien à rien réussira s'il se lance dans la politique. »   

« Rien n’est plus utile que l’honnêteté intellectuelle. A pensée fausse, action inadaptée. »  

« L’accumulation des folies serait comique, si ce n’était par la souffrance des petits que finissent par se solder les folies des grands. » 

Surtout : « Je ne veux pas des carpettes, je veux des contradicteurs. »  

Lucide : « Quel idiot a nommé cet idiot ? » 

Irréfutable : « A votre niveau, la bêtise n’est pas une excuse, c’est une circonstance aggravante. » 

« Vous avez peur de me dire la vérité ? Vous m’offensez. » 

« Dites la vérité, c’est votre premier devoir. » 

« Louis XIV à un adjudant, qu’il avait injustement offensé : « Camarade (sic !), oublie ce que j’ai fait. Moi, je saurai m’en souvenir. » Quinze jours après, il en a fait un lieutenant. A adapter en démocratie durable.   

« C’est la démocratie qui doit durer, pas les politiciens. » 

   

2ème Leçon à l’usage des politiques d’une démocratie durable

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Mise à jour le Dimanche, 08 Novembre 2009 13:41 Écrit par Administrator

La télé est pour la démocratie et non pas la démocratie pour la télé   


« Vous êtes impatient ? C’est un défaut. » 

« On peut se corriger de ses défauts. »   

« On vient de vous dire qu’il n’y a pas d’urgence. Demain ou après demain. Ou alors après le weekend. » 

« Je comprends bien votre problème. Dites donc pendant le JT que vous n’avez rien à dire. Ca ne changera pas grand’ chose. » 

« Il faut attendre que le sucre fonde. » (Bergson) 

« Si vous ne perdez pas votre temps à vibrillonner pendant qu’il n’y a rien à faire, vous en aurez assez pour réfléchir et vous cultiver. Vous pourrez ainsi poser de bonnes questions, à des interlocuteurs, quand il sera pour eux temps d’y répondre. »   

« Quand on arrive à tenir trois heures avec pour seule information qu’on attend l’info, si deux millions de personnes vous ont écoutés, cela fait six millions d’heures perdues. »  

« La télé est pour le peuple et non le peuple pour la télé. L’Etat est pour le peuple et l’homme d’Etat pour l’Etat. »  

« Une démocratie qui n’a pas d’Etat n’est pas durable. » 

« L’Etat perd la tête, quand il ne prend pas le temps. » 

« Le temps, ça se prend. » 

« La décision d’Etat a son temps, celui de la vie. Celui d’une gestation, puis d’un accouchement. »  

« La nuit porte conseil, surtout si je dors. » 

« Heureusement, j’ai des adjoints. Je me repose sur eux. Ils connaissent leur métier. Je leur fais confiance. »   

« Définition de la démocratie communicationnelle : du gouvernement des hommes à l’administration des faits divers. »  

« Un chef absorbe le stress et diffuse de la sérénité. » 

« On n’est jamais forcé de se hâter pour faire une sottise. » 

« Je ne vois pas pourquoi il s’entête come ça. Dans trois jours il aura tout oublié. En plus, c’est tout le contraire de ce qu’il nous disait il y a trois jours. » 

« Le Maréchal Joffre mettait à la porte de son QG le premier qui courait, ou qui élevait la voix. »  

« Montrez-nous donc des résultats, on vous dispensera des annonces. »  

« Le propre du pouvoir : être obéi et respecté. »

   

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