Henri Hude

Sur la question des migrants. Macron aux Bernardins (III)

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Mise à jour le Dimanche, 20 Mai 2018 14:56 Écrit par Henri Hude

Nous continuons notre commentaire de l'important discours prononcé par le président Macron au collège des Bernardins (avril 2018). Cette fois, au lieu de suivre l’ordre du discours, nous prenons la liberté de sauter à la question des migrants. Nous reviendrons ensuite sur celle de la bioéthique et celle de la laïcité.  

Pour aller à Macron aux Bernardins (I), cliquer ici.

Pour aller à Macron aux Bernardins (II). Colonel Beltrame, cliquer là.

 

 

TEXTE DU PRESIDENT

 

Sur les migrants, on nous reproche parfois de ne pas accueillir avec assez de générosité ni de douceur, de laisser s’installer des cas préoccupants dans les centres de rétention ou de refouler les mineurs isolés. On nous accuse même de laisser prospérer des violences policières.

Mais à dire vrai, que sommes-nous en train de faire ? Nous tentons dans l’urgence de mettre un terme à des situations dont nous avons hérité et qui se développent à cause de l’absence de règles, de leur mauvaise application, ou de leur mauvaise qualité – et je pense ici aux délais de traitement administratif mais aussi aux conditions d’octroi des titres de réfugiés.

Notre travail, celui que conduit chaque jour le ministre d’Etat, est de sortir du flou juridique des gens qui s’y égarent et qui espèrent en vain, qui tentent de reconstruire quelque chose ici, puis sont expulsés, cependant que d’autres, qui pourraient faire leur vie chez nous, souffrent de conditions d’accueil dégradées dans des centres débordés.

C’est la conciliation du droit et de l’humanité que nous tentons. Le Pape a donné un nom à cet équilibre, il l’a appelé « prudence », faisant de cette vertu aristotélicienne celle du gouvernant, confronté bien sûr à la nécessité humaine d’accueillir mais également à celle politique et juridique d’héberger et d’intégrer. C’est le cap de cet humanisme réaliste que j’ai fixé. Il y aura toujours des situations difficiles. Il y aura parfois des situations inacceptables et il nous faudra à chaque fois ensemble tout faire pour les résoudre.

Mais je n’oublie pas non plus que nous portons aussi la responsabilité de territoires souvent difficiles où ces réfugiés arrivent. Nous savons que les afflux de populations nouvelles plongent la population locale dans l’incertitude, la poussent vers des options politiques extrêmes, déclenchent souvent un repli qui tient du réflexe de protection. Une forme d’angoisse quotidienne se fait jour qui crée comme une concurrence des misères.

Notre exigence est justement dans une tension éthique permanente de tenir ces principes, celui d’un humanisme qui est le nôtre et de ne rien renoncer en particulier pour protéger les réfugiés, c’est notre devoir moral et c’est inscrit dans notre Constitution ; nous engager clairement pour que l’ordre républicain soit maintenu et que cette protection des plus faibles ne signifie pas pour autant l’anomie et l’absence de discernement car il y a aussi des règles qu’il faudra faire valoir et pour que des places soient trouvées, comme c’était dit tout à l’heure, dans les centres d’hébergement, ou dans les situations les plus difficiles, il faut aussi accepter que prenant notre part de cette misère, nous ne pouvons pas la prendre tout entière sans distinction des situations et il nous faut aussi tenir la cohésion nationale du pays où parfois d’aucuns ne parlent plus de cette générosité que nous évoquons ce soir mais ne veulent voir que la part effrayante de l’autre, et nourrissent ce geste pour porter plus loin leur projet.

C’est bien parce que nous avons à tenir ces principes, parfois contradictoires, dans une tension constante, que j’ai voulu que nous portions cet humanisme réaliste et que je l’assume pleinement devant vous.

Là où nous avons besoin de votre sagesse c'est pour partout tenir ce discours d'humanisme réaliste, c'est pour conduire à l'engagement de celles et ceux qui pourront nous aider et c'est d'éviter les discours du pire, la montée des peurs qui continueront de se nourrir de cette part de nous car les flux massifs dont vous avez parlé que j'évoquais à l'instant ne se tariront pas d'ici demain, ils sont le fruit de grands déséquilibres du monde.

Et qu'il s'agisse des conflits politiques, qu'il s'agisse de la misère économique et sociale ou des défis climatiques, ils continueront à alimenter dans les années et les décennies qui viennent des grandes migrations auxquelles nous serons confrontés et il nous faudra continuer à tenir inlassablement ce cap, à constamment tenter de tenir nos principes au réel et je ne cèderai en la matière ni aux facilités des uns ni aux facilités des autres. Car ce serait manquer à ma mission.

 

COMMENTAIRE

 

Un discours moral et juridique qui fait abstraction du problème politique international

 

Peu critiquable en ce qu’il dit, ce passage du discours l’est à cause de ce qu’il ne dit pas. D’une part, il en reste à un exposé de principes fort admissibles et consensuels, alors que le sujet est plutôt leur application – et on n'a pas vraiment l'impression que ce problème soit au nombre de ses principales préoccupations ; d’autre part, et surtout, il fait abstraction de nos responsabilités internationales. C’est ce second point que je voudrais développer.  

Nul ne peut soupçonner le président Macron de ne pas donner toute son importance à l’international, à la participation de la France au gouvernement du monde. Et il le fait bien mieux que ses prédécesseurs.

Il faut approuver aussi le président de ne pas être dans la réaction immédiate à l’urgence médiatique. Il a une vision de long terme. C’est assez rare pour ne pas être salué.

Mais il amalgame trop deux choses différentes : immigration et migrations.

L’immigration ne date pas d’hier, mais les migrants ne sont pas les émigrés. Beaucoup d’immigrés illégaux veulent, c’est vrai, se faire passer pour des réfugiés. Mais si tant de réfugiés affluent quand même en Europe, venus d’Afrique et du Proche-Orient, c’est parce que le président Sarkozy a plongé dans le chaos la Libye, donc le Sahel, et parce que nous participons à une politique qui a prolongé jusqu’à aujourd’hui la guerre en Syrie. Au moins la France, grâce au président Chirac, n’est-elle pas responsable du chaos en Irak.    

Le phénomène de l’immigration a des causes « politiques », « économiques » ou « climatiques » « durables » « dans les années et les décennies à venir ». Mais il est trompeur de le confondre avec le phénomène des migrants, qui a pour cause beaucoup plus spécifique la politique hégémonique de l’Amérique avec ses guerres sans fin au Proche-Orient.    

Concernant l’islamisme, il est indubitable qu’il ne serait pas un problème d’une telle importance, si les Occidentaux n’avaient constamment soutenu le parrain du salafisme mondial, à savoir l’Arabie Saoudite. Que si leur invocation des motifs humanitaires en Syrie était authentique, les dirigeants se soucieraient autant des atrocités saoudiennes au Yémen, ou des conditions de vie épouvantables des émigrés pakistanais ou philippins dans les pays du Golfe. Que l’islamisme militaire est né en Afghanistan, monté par Washington et financé par Ryad contre la présence soviétique. Et qu’il n’a jamais été désarmé depuis.    

Ces migrants réfugiés font peur à une grande part de l’opinion parce qu’ils sont en grande majorité musulmans et réputés à tort ou à raison islamistes. Mais les islamistes ne seraient que peu de choses sans leurs patrons. De plus, au-delà des clichés, quelle est aujourd’hui la situation réelle de l’islam dans le monde ? Nous ne voulons entendre que des histoires qui nous conviennent, alors que la seule chose véritablement utile serait la vérité objective.

 

 

Un rapport de forces est un rapport de forces

 

Pour défendre ou excuser le président Macron, on répondra que son discours si abstrait est le seul que nos dirigeants puissent aujourd’hui tenir. A la politique impériale des USA, nous nous associons moins par atlantisme doctrinaire (car il est évident à peu près à tous que les USA ont perdu le sens de la mesure), mais faute de pouvoir nous en détacher sans dommages. A la puissance des USA s’ajoute la dépendance de notre économie à l’égard du pétrole et celle de notre budget à l’égard des capitaux des monarchies pétrolières, peut-être aussi la crainte de subversions qui pourraient être suscitées chez nous.

Un rapport de forces est un rapport de forces. Que peut-on faire d’autre, nous les Européens, sinon nous conduire en alliés complaisants, mais malgré tout encore libres, moyennant quoi avec nous on garderait les formes, nous conserverions de l’influence, des marges de manœuvre, et nous obtiendrions aussi une part du gâteau ?

Avant de juger trop vite des actions comme la participation de la France aux bombardements du 13 avril 2018, mesurer à la fois ce rapport de force et l’utilité de donner un gage à Washington avant la visite du président Macron aux USA, lui qui ne désespérait pas de convaincre son homologue américain.   

 

 

L’heure de vérité du président Macron

 

L’excuse précédente était assez valable jusqu’à la dénonciation du traité avec l’Iran par le président Trump. Mais cette action change vraiment la donne. Y a-t-il encore quelque chose comme un droit international, un respect de la parole donnée, des traités,  ou est-ce que la volonté capricieuse de l’hégémon doit désormais servir de loi ? Washington ne traite plus les Européens en alliés, mais en sujets. La question est de savoir si nous acceptons de devenir des sujets. Jeudi 17 mai, au sommet UE-Balkans à Sofia ; la réponse était clairement non.  

Outre notre dignité, notre souveraineté, nos intérêts, il s’agit surtout de notre sécurité. Savoir si nous nous laisserons entraîner dans une politique qui ne conduit à rien d’autre qu’à la guerre mondiale, dans le cas où la Chine et la Russie ne se soumettraient pas et n’accepteraient pas d’être gouvernées à terme par des représentants en accord avec l’hégémon.

Comment résister sans subir de terribles sanctions, ni sans procéder de fait à un renversement des alliances, qui ne se justifie pas non plus ? Et faire des Européens les arbitres de la situation ? Cela demande des trésors de courage et de diplomatie.   

C’est donc aujourd’hui l’heure de vérité du président Macron. Comme l’écrit Aristote dans son Éthique à Nicomaque [1130 a 1] : « archê andra deixei », « le pouvoir révèlera l’homme ».

 

Macron aux Bernardins (II) Sur le colonel Arnaud Beltrame

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Mise à jour le Lundi, 07 Mai 2018 15:35 Écrit par Henri Hude

Voici la seconde partie d’une lecture philosophico-politique du discours du président Macron aux Bernardins (9 avril 2018).

Pour la première partie, cliquer ici

 

 

TEXTE DU PRÉSIDENT

 

L’exemple du colonel Beltrame par lequel, Monseigneur, vous venez d’achever votre propos, illustre ce point de vue d’une manière que je crois éclairante.

Beaucoup, lors de la journée tragique du 23 mars, ont cherché à nommer les ressorts secrets de son geste héroïque.

Les uns y ont vu l’acceptation du sacrifice ancrée dans sa vocation militaire.

Les autres y ont vu la manifestation d’une fidélité républicaine nourrie par son parcours maçonnique.

D’autres enfin, et notamment son épouse, ont interprété son acte comme la traduction de sa foi catholique ardente, prête à l’épreuve suprême de la mort.

Ces dimensions en réalité sont tellement entrelacées qu’il est impossible de les démêler, et c’est même inutile, car cette conduite héroïque c’est la vérité d’un homme dans toute sa complexité qui s’est livrée.

Mais dans ce pays de France qui ne ménage pas sa méfiance à l’égard des religions, je n’ai pas entendu une seule voix se lever pour contester cette évidence, gravée au cœur de notre imaginaire collectif et qui est celle-ci: lorsque vient l’heure de la plus grande intensité, lorsque l’épreuve commande de rassembler toutes les ressources qu’on a en soi au service de la France, la part du citoyen et la part du catholique brûlent, chez le croyant véritable, d’une même flamme.

Je suis convaincu que les liens les plus indestructibles entre la nation française et le catholicisme se sont forgés dans ces moments où est vérifiée la valeur réelle des hommes et des femmes. Il n’est pas besoin de remonter aux bâtisseurs de cathédrales et à Jeanne d’Arc: l’histoire récente nous offre mille exemples, depuis l’Union Sacrée de 1914 jusqu’aux résistants de 40, des Justes aux refondateurs de la République, des Pères de l’Europe aux inventeurs du syndicalisme moderne, de la gravité éminemment digne qui suivit l’assassinat du Père Hamel à la mort du colonel Beltrame. Oui, la France a été fortifiée par l’engagement des catholiques.
Disant cela, je ne m’y trompe pas. Si les catholiques ont voulu servir et grandir la France, s’ils ont accepté de mourir, ce n’est pas seulement au nom d’idéaux humanistes. Ce n’est pas au nom seulement d’une morale judéo-chrétienne sécularisée. C’est parce qu’ils étaient portés par leur foi en Dieu et par leur pratique religieuse.

 

COMMENTAIRE

Le président nous propose, à partir du geste d’Arnaud Beltrame,

1° une méditation sur la liberté, sur l’acte libre ;

2° à l’intérieur de cette méditation, une réflexion sur la place que tient, dans cette liberté, dans cet acte, et donc dans le service de la France, la foi chrétienne d’Arnaud Beltrame ;

3° une réflexion sur le rapport, au sein de cette liberté, entre cette foi chrétienne et la philosophie des Lumières, et sur la synthèse humaniste qui s’est faite dans l’âme de ce héros français.  

 

 

Une méditation sur la liberté, sur l’acte libre 

 

Qu’un président de la République parle sur la liberté, la liberté intérieure, le libre-arbitre, ce n’est pas fréquent. C’est pourtant là que s’enracine le sens de la République – de la liberté civile et politique d’un peuple libre. Car si nous n’étions que des marionnettes déterminées par toute sorte de stimuli incontrôlables, quel sens cela aurait-il de parler d’un peuple libre ? Autant parler d’un peuple de marionnettes, ou d’une république de robots. Il faut donc savoir gré au président d’élever le débat tout à fait à l’essentiel.

Nous sommes invités ici, comme disait Bergson [Essai sur les données immédiates de la conscience, 1889, PUF, 1959, p.155-156], à « nous reporter par la pensée à ces moments de notre existence où nous avons opté pour quelque décision grave, moments uniques dans leur genre, et qui ne se reproduiront pas plus que ne reviennent, pour un peuple, les phases disparues de son histoire. »

Pour mieux commenter ce passage du discours aux Bernardins, nous devons prendre en compte un autre discours, prononcé dans la cour des Invalides, peu de jours auparavant, lors de l’hommage national au colonel Beltrame. [Les citations du président, tirées de l’un ou l’autre discours, sont en caractères gras.]

« Ce choix lui ressemblait tellement que sa mère apprenant qu’un gendarme accomplissait ce geste a instinctivement, presque charnellement reconnu son fils. Elle a su que c’était lui avant même de savoir. »  

Lisant ces lignes extraites de l’hommage aux Invalides, comment ne pas citer encore Bergson : « Nous sommes libres quand nos actes émanent de notre personnalité entière, quand ils l'expriment, quand ils ont avec elle cette indéfinissable ressemblance qu'on trouve parfois entre l'œuvre et l'artiste. [op.cit., p.113] »

Que veut dire le philosophe ? Que notre vie serait une œuvre d’art ? Ou que le bien et le mal seraient une affaire « de goûts et de couleurs » ? Bien sûr que non.

L’artiste vise l’Idéal du Beau. Cet Idéal est en un sens le même pour tous les artistes. Cependant, il se fait unique pour lui et se présente à lui comme ce qui l’appelle uniquement, lui ; la force de son appel est « le ressort intime » de tous ses gestes libres. Sa vocation consiste donc dans son engagement envers le Beau, dans la Beauté. Cet engagement consiste à répondre à sa vocation en incarnant ce Beau dans « un rêve de pierre », comme disait Baudelaire, ou de sons, ou de couleurs. Son « moi profond » est ce qui écoute et répond à cette vocation. C’est son être, sa personne, son « je » en tant que liés à ce Beau, sa réponse. Telle est « la part la plus profonde et peut-être la plus mystérieuse de son engagement », celle qui le dépassait, « cette transcendance qui le portait ». Et quand l’Homme, « amant docile », répond à sa vocation en ce qu’elle a de plus haut, au point de ne plus s’appartenir et de lui donner sa vie, alors oui : « L’absolu est là, devant nous ».    

Ce qui est vrai de l’artiste qui poursuit le Beau esthétique est vrai du magnanime, du grand citoyen qui poursuit le Juste, et qui est courageux « non par nécessité, mais parce que cela est beau » [Aristote, Ethique à Nicomaque, L.III, ch.8].  

 

 

La synthèse humaniste qui s’est faite dans l’âme de ce héros français  

 

Le président résume très bien les trois motifs profonds de son geste. Ces trois motifs résument la vocation d’une âme et son histoire, et représentent aussi l’âme de la France avec sa culture humaniste, face aux choix décisifs qu’elle a à faire en ce moment si particulier de son histoire.

« Les uns y ont vu l’acceptation du sacrifice ancrée dans sa vocation militaire », c’est ce qu’il y a d’antique, d’immémorial et de classique dans notre culture humaniste, celle de l’hoplite athénien, du légionnaire romain, l’amour et le service de la patrie, l’humanisme stoïcien. Car la paix ne peut régner que par le droit. Mais des violents toujours veulent renverser le droit. Il faut des courageux qui soient la force du droit. Ils acceptent d’entrer, s’il le faut, dans l’épreuve de force avec les violents, et de s’exposer à la blessure ou à la mort, « parce que cela vaut la peine ».

Comme le disait Périclès, « Il faut prendre les héros morts pour modèles et ne jamais se détourner du danger, ayant bien jugé que le bonheur est le fruit de la liberté et la liberté celui du courage. » [Thucydide, Guerre du Péloponnèse, 44, L.II, ch.6.]

 

« Les autres y ont vu la manifestation d’une fidélité républicaine nourrie par son parcours maçonnique. D’autres enfin, et notamment son épouse, ont interprété son acte comme la traduction de sa foi catholique ardente, prête à l’épreuve suprême de la mort. »

Nous avons là les deux autres strates de notre culture humaniste. La philosophie des Lumières, avec sa recherche d’autonomie radicale grâce à une interrogation radicale, une culture de raison, une citoyenneté dans la liberté d’un peuple souverain ; et la foi chrétienne, qui culmine dans la découverte d’une autonomie intégrale, par l’union au Dieu humaniste, Dieu fait Homme, l’Homme-Dieu, le Christ. Arnaud Beltrame est passé de l’une à l’autre et en découvrant le Dieu qui se fait Homme, il a accompli sans la renier la vocation de l’Homme qu’il avait cherchée dans les Lumières, ce désir d’être Dieu. En donnant sa vie pour la France, il lui a donc fourni aussi un modèle émouvant pour la renaissance de sa culture et la redécouverte de sa vocation.  

 « Les états profonds de notre âme, ceux qui se traduisent par des actes libres, expriment et résument l’ensemble de notre histoire passée » [Bergson, op.cit., p.122]. Car « c’est de l’âme entière en effet que la décision libre émane [op.cit., p.110].

Cette culture humaniste, c’est l’âme et c’est l’idéal de la France. Nous tous, Français, notre destin ne nous « appartient pas tout à fait », nous avons « partie liée avec quelque chose de plus élevé que nous-mêmes. » Nous faisons corps « avec un idéal plus grand et plus haut. Et cet idéal, c’est le service de la France. »

Cette « vérité d’un homme dans toute sa complexité », livrée dans son engagement total, c’est la même que celle de la France de demain.

 

 

Un combattant audacieux

 

Sans rien retirer à la grandeur de ce qui précède, j’ajouterais volontiers une dimension supplémentaire à son geste, après en avoir discuté avec tel ou tel de ses camarades.

Il est pensable que le lieutenant-colonel Beltrame ne voulait pas d’abord mourir et se sacrifier, mais qu’il espérait l’emporter sur son adversaire, gagner la bataille ; qu’il ne voulait pas d’abord échanger sa vie contre celle de la caissière prisonnière, mais, tout en la sauvant, avoir un prétexte plausible aux yeux du terroriste pour l’approcher. Il aurait alors saisi une occasion de le mettre hors d’état de nuire, en lui sautant dessus lors d’un instant d’inattention, par exemple au moment même où les gendarmes auraient donné l’assaut à sa demande, comme il semble l’avoir fait. Ce plan audacieux aurait échoué, non par suite d’erreurs ou de défaillances humaines, mais pour des raisons purement techniques. Ce qui explique le souci du président de ranimer le moral de ses camarades et de les tirer de leur désarroi, leur disant à raison qu’ils n’ont pas démérité, bien au contraire.

Il n’empêche qu’en prenant cette initiative audacieuse, Arnaud Beltrame ne pouvait pas ne pas prévoir le cas où elle échouerait, et ne pas accepter en ce cas une mort aussi probable que l’honneur qu’il aurait acquis dans le cas contraire. Alors, pouvait-il penser, il aurait au moins sauvé une vie, donné la sienne pour la sécurité de la population, et fourni un magnifique exemple de courage et de générosité, plus nécessaire encore dans les temps présents que la mise hors de combat d’un terroriste. C’est ce qui s’est en effet produit. Peut-être est-ce, pour la France, ce qui pouvait arriver de mieux. 

A SUIVRE

Cet article a été reproduit partiellement sur le site ALETEIA 

   

Emmanuel Macron à Washington : une lecture philosophique

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Mise à jour le Samedi, 28 Avril 2018 12:27 Écrit par Henri Hude

Macron

 

 

Comment comprendre la visite du Président français aux États-Unis à la lumière de Machiavel et de Hegel ? Visions du monde et rapports de force se sont jaugés à Washington : la forme entière de l’humanisme occidental est en train de muter.

D’un point de vue machiavélien

Les deux hommes sont des outsiders, qui se sont imposés, chacun à son système politique vieillissant. Chacun a donc intérêt à ce que l’autre se maintienne, car la chute de l’un serait inévitablement interprétée comme un signe de « retour à la normale », risquant de présager la chute de l’autre.

Vu du côté d’Emmanuel Macron, et toujours d’un point de vue machiavélien, le maintien de Donald Trump au pouvoir sert aussi l’intérêt de la France et de l’Europe. En effet, le mode d’exercice du pouvoir par Donald Trump, vraiment bizarre, et les tentatives continuelles faites par son opposition pour l’éjecter avant la fin de son mandat, la division et le chaos qui en résultent à la tête de l’État US, font perdre aux États-Unis du crédit dans le monde, donc du pouvoir. Donald Trump permet ainsi aux Européens de jouer, s’ils le veulent, un jeu plus indépendant par rapport aux États-Unis. 

Les Anglais ayant quitté l’Union européenne, Angela Merkel étant politiquement affaiblie, c’est forcément le président français qui devient le leader le plus représentatif de l’Europe dans son ensemble. La façon dont Emmanuel Macron est reçu et sa façon de se tenir à égalité montre combien la puissance d’une des nations d’Europe peut être multipliée par la présence implicite des autres derrière elle. La familiarité de la relation amicale fonctionne comme un moyen d’inscrire dans les faits l’égalité nouvelle des puissances. La différence d’âge permet de mettre au compte d’une déférence de bon ton ou d’une sympathique bienveillance, ce qui pourrait relever autrement de l’obséquiosité ou de la condescendance.

Toujours d’un point de vue machiavélien, en s’affichant avec Donald Trump, Emmanuel Macron rassure la fraction populiste de la France (pas loin d’une moitié du pays…), manifestant qu’il est capable de bien s’entendre avec un président américain réputé populiste et que les antipopulistes vouent aux gémonies.

Le même raisonnement vaudrait pour sa relation avec Vladimir Poutine.

La visite d’avril 2018 à Washington ne doit pas être isolée de la visite à Saint-Pétersbourg en mai 2018. À rapprocher de la première succession de rencontres avec Vladimir Poutine, le 29 mai 2017, puis Donald Trump, le 14 juillet 2017. Par ces séquences, Emmanuel Macron entend probablement symboliser la continuité, ou plutôt la reprise, d’une politique gaullienne, combinant une prise de position décidée du côté du « monde libre » et une politique d’équilibre entre les blocs. Emmanuel Macron a tenu à ce que son discours devant le congrès américain tombe exactement le jour anniversaire du discours prononcé au même endroit par le général De Gaulle, le 25 avril 1960. Je crois que cette référence fournit le sens le plus exact de cette visite.

D’un point de vue hégélien

Bien des commentateurs de cette visite ont noté son apparente absence de résultat, sur les trois points en discussion : climat, commerce international et Iran. Ils s’interrogent donc sur le contraste entre l’évidence, à leurs yeux, d’un échec diplomatique, et l’exhibition, qu’ils trouvent complaisante voire déplacée, d’une chaude relation personnelle. De là à conclure que tout cela n’est que mise en scène people et publicité, il n’y a qu’un pas, vite franchi. C’est là que la réflexion doit adopter pour comprendre un point de vue hégélien.

D’un point de vue « hégélien », l’élection de Donald Trump, aussi bien que d’Emmanuel Macron, au-delà du jeu des passions, intérêts et rapports de forces, relèvent de l’Idée. Entendons par là le système des principes et des valeurs qui, « comme un désir inconscient », tendent à réaliser leur logique à travers les décisions passionnées ou intéressées des acteurs individuels ou collectifs. Le vieux système politique a fait son temps, parce que plus généralement, la forme entière de l’humanisme occidental est en train de muter. La forme dominante, qu’on peut qualifier de postmoderne et de néolibérale, est à la fois ultra-dominante en surface et moribonde en profondeur. De ce vieux monde, il ne reste guère que la façade.

Sachant cela, parce qu’il est vraiment cultivé, Emmanuel Macron ne craint pas de travailler avec Donald Trump. Les vieilles politiques réactionnaires ne mèneront à rien. Quand elles auront échoué, les États-Unis et la France seront toujours là, avec leurs deux cultures essentielles, leur parenté et leur rivalité syntonique, leur alliance naturelle. De plus, l’humanisme devrait logiquement « prévaloir » dans le monde par sa force intrinsèque. Mais nous devons aussi le faire prévaloir.
Si les États-Unis se séparent de l’Universel, c’est l’Europe qui reprendra le flambeau, si elle ne se fourvoie pas dans les mêmes impasses. L’Europe, puisque la Grande-Bretagne est partie, cela signifie d’abord le noyau que forment la France et l’Allemagne, plus l’Italie – l’Europe de De Gaulle et Adenauer, l’empire de Charlemagne, l’empire romain d’Occident.

Donald Trump est qualifié de nationaliste et de populiste, mais il relève aussi d’une autre logique, encore juste en train d’éclore, tout comme Emmanuel Macron. Donald Trump est assez intelligent pour le sentir, pas assez cultivé pour se l’expliquer. On peut supposer qu’il apprécie intuitivement en Macron quelqu’un qui l’aide à se rattacher au Sens, au-delà des passions et des intérêts. Car il y a plus derrière le populisme et surtout derrière Donald Trump que des regrets du passé. Il y a le travail obscur de l’Idée de l’avenir. Et c’est cette même Idée qui travaille aussi Emmanuel Macron.

D’un point de vue à la fois hégélien et machiavélien

Il est pensable que la différence de traitement entre Emmanuel Macron, reçu en premier et en grande pompe, et Angela Merkel, reçue moins longtemps et sans faste particulier, relève d’une tactique classique de division. Plusieurs disent aussi que les États-Unis soutiennent Emmanuel Macron dans son rétablissement de la France, afin de rééquilibrer une Europe devenue trop allemande, au moment où l’Allemagne manifeste une fâcheuse tendance à entrer dans les vues économiques de la Chine et à construire un nouveau pipeline pour importer du gaz russe.

Cette manœuvre, si elle existe, sera contre-productive, car l’établissement d’une quasi parité de puissance entre la France et l’Allemagne, en même temps qu’une forte solidarité, constitue probablement la principale condition de l’existence d’une Europe indépendante.

Cela n’exclut pas qu’Emmanuel Macron entre dans le jeu US pour faire pression sur Angela Merkel. Il est possible que l’action récente en Syrie ait eu pour but de rappeler à la chancelière qu’il est temps de servir aussi l’Europe et non pas seulement de s’en servir. Le sens de ce voyage est aussi d’inciter l’Allemagne à ne pas laisser passer le train.

La référence hégélienne d’Emmanuel Macron est le signe de cette solidarité franco-allemande fondamentale. Kant et Hegel sont, politiquement, du Jean-Jacques Rousseau mis en système. La France et l’Allemagne modernes ont été inspirées par la même Idée, dans deux styles différents. Le même Hegel explique aussi que l’Idée de la Liberté moderne peut se concrétiser politiquement de deux manières, soit à la française, soit à l’américaine.

La Grande-Bretagne, aussi remarquable que soit son génie national, représente moins une Idée qu’une Vie et qu’un ensemble d’intérêts aristocratiques. Et si l’Amérique devient trop oligarchique, elle renonce à exprimer son Idée et devient une immense Grande-Bretagne.

Et d’un point de vue chrétien, qui est plus qu’un simple point de vue ?

Il faut sauver la paix mondiale et reconnaître en Dieu qui se fait Homme l’axe de l’humanisme universel de l’avenir. Plusieurs hypothèses sont plausibles concernant Macron et ces deux points. L’avenir permettra sans doute d’y voir plus clair.

   

Macron aux Bernardins, 1

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Écrit par Henri Hude

Discours du président Macron aux Bernardins. Commentaire (1ère partie)

 

Voici la première partie d’un commentaire philosophico-politique du discours du président Macron au Collège des Bernardins, lundi 9 avril 2018.

 

TEXTE  DU  PRESIDENT


« Je vous remercie vivement, Monseigneur, et je remercie la Conférence des évêques de France de cette invitation à m’exprimer ici ce soir, en ce lieu si particulier et si beau du Collège des Bernardins, dont je veux aussi remercier les responsables et les équipes.

Pour nous retrouver ici ce soir, Monseigneur, nous avons, sans doute, vous et moi bravé, les sceptiques de chaque bord. Et si nous l’avons fait, c’est sans doute que nous partageons confusément le sentiment que le lien entre l’Église et l’État s’est abîmé, et qu’il nous importe à vous comme à moi de le réparer.


Pour cela, il n’est pas d’autre moyen qu’un dialogue en vérité.

 

Ce dialogue est indispensable, et si je devais résumer mon point de vue, je dirais qu’une Église prétendant se désintéresser des questions temporelles n’irait pas au bout de sa vocation; et qu’un président de la République prétendant se désintéresser de l’Église et des catholiques manquerait à son devoir. »

 

COMMENTAIRE

 

Le président se réfère d’emblée à une philosophie très différente de celle qui a présidé depuis ses débuts au développement de la « laïcité à la française ». Le comprendre avec précision requiert quelques explications philosophiques. La laïcité dite « à la française » fut en fait une absence de lien entre l’Eglise et l’Etat, absence théorisée à partir d’un mix de positivisme, de matérialisme et de moralisme kantien, lui-même privé de sa profondeur métaphysique par les professeurs de la IIIe République.

En quel sens parler d’une absence de lien ? Bien sûr, en France il y a l’Eglise, et il y a l’Etat républicain. Il y a donc une zone de contact entre eux et ce contact doit être géré, d’un côté comme de l’autre. Mais rien dans la nature de l’Etat ne dit qu’il y a, qu’il devrait, ou qu’il pourrait y avoir Eglise. C’est là un pur fait.

La République « laïque » pourrait en théorie se suffire à elle-même. Elle a besoin de morale, pas de religion, et pour avoir une morale, elle n’a besoin que de la Raison. Celle-ci se révèle à elle-même dans l’œuvre des sciences, de la politique républicaine et dans une critique de la métaphysique. La République n’est pas qu’une communauté politique, c’est d’abord une communauté spirituelle dans la Raison – une Raison qui se dit qu'elle s'est surtout constituée dans une histoire d’opposition aux religions.

Comment donc le président Macron peut-il dire que « le lien entre l’Eglise et l’Etat » existe et s’est « abîmé » ? Evidemment parce qu’il ne partage ni cette philosophie, ni cette vision de l’Histoire.

 

 

Quelle est donc la philosophie du président Macron ?

 

L’empreinte majeure, à mon avis, n’est pas celle de Paul Ricœur (sur laquelle nous reviendrons dans un prochain épisode). C’est celle de Hegel. La chose est claire, entre autres, dans l’article qu’Emmanuel Macron a publié dans le numéro d’Esprit de mars-avril 2011, intitulé « Les labyrinthes du politique. Que peut-on attendre pour 2012 et après ? » En particulier la note 6 se réfère au Hegel des Principes de la philosophie du droit, §§ 250-256. Ce penseur est alors parvenu à la pleine expression de son anti-individualisme (voir la fameuse Préface de cet ouvrage). L’article d’Emmanuel Macron se réfère à la doctrine de la corporation, qui doit faire le lien entre l’intérêt particulier et l’intérêt général. 

Peut-on dire que Macron modernise cette doctrine par une théorie de la négociation ? Une théorie du dialogue rationnel transparent entre intérêts multiples de la société civile, reconnus et considérés objectivement en fonction du système des besoins ? Peut-être. Mais c’était déjà là la base de la pratique législative prussienne, très rationnelle et extrêmement performante. C’est une des doctrines hégéliennes où apparaît le mieux la légitimité de la Raison. Il est donc très clair que pour Macron, comme pour Hegel, la liberté n’a de légitimité que dans et par l’universel de la Raison. Cela force à relativiser beaucoup de ce qui se dit sur « Macron le libéral », ou « l’individualiste ». Hegel admettait la liberté économique, mais la subordonnait à l’administration et à l’Etat [Cf. le livre de Domenico Losurdo, Hegel et les libéraux. Liberté, égalité, Etat, PUF, 1992.]

De plus, le président, lorsqu’il était étudiant, a rédigé son mémoire de DEA sur La Raison dans l’Histoire de Hegel. Son article de 2011, qu’on peut considérer comme le plus important de tous ceux qu'il a écrits, puisqu’il parle par avance de l’élection et de la fonction présidentielles, fait encore référence implicitement à La Raison dans l’Histoire : « Contrairement à ce qu’affirme une critique postmoderne facile des ‘grands récits’, nous attendons du politique qu’il énonce de ‘grandes histoires’. » De plus, il revalorise « l’idéologie » comme pensée synthétique permettant de se projeter dans l’avenir. Malgré certaines apparences, Emmanuel Macron n’est pas non plus postmoderne.

 

Avant cela, l’étudiant Macron avait rédigé un mémoire de maîtrise sur Machiavel. Mon opinion, à observer son style, ses manières, ses actes, est que ces deux sujets (Machiavel, Hegel) n’ont pas été choisis au hasard et que l’essentiel de sa pensée politique se trouve là.  

 

 

La Raison dans l’Histoire et la légitimité

 

Ce qu’on nomme assez ridiculement le « Jupitérisme » de Macron, c’est à mon avis la conscience de la grandeur qui vient à l’Histoire du fait qu’elle est pénétrée et portée par la puissance de l’Absolu qui est Logos, Raison. La religion appelle cela la Providence. Le « souffle » gaullien n’est pas autre chose. Macron, donc, croit en la Providence, c’est évident. Il y croit dans sa version rationaliste, celle de Hegel. Certains pensent que Ricœur l’a fait rompre avec Hegel. (C’est notamment la thèse de Brice Couturier, dans son livre Macron philosophe, Editions de l’O, 2017, par ailleurs intéressant et informé.) Je ne le crois pas. A mon avis, Ricœur lui a seulement permis d’enrichir, mettre à jour et contextualiser une pensée qui pour l’essentiel a gardé l’empreinte hégélienne. 

Il avait commencé avec Machiavel : les intérêts et les passions des groupes et individus acteurs d’une situation, ainsi que les rapports de forces entre eux, expliquent tout – à un certain niveau. Et pourtant ces acteurs prennent leurs décisions en fonction d’Idées (ou Valeurs). C’est vrai même s’ils sont pragmatiques. Car soit le pragmatisme est une Idée, soit il est simplement la prise en compte des situations en même temps que des Idées. 

Les « maîtres du soupçon » (Marx ou Nietzsche par exemple) dénoncent dans les Idées le masque des intérêts. De Gaulle pensait de même. De fait, beaucoup de gens prétendent servir des Idées ou des idéaux, mais font plutôt carrière en s’en servant. Ils agissent « sous l’impulsion de l’anxiété, de l’orgueil, du besoin de paraître et de dominer » [François, Gaudete et exsultate, n°28]. Et pourtant, ces Idées qu’ils voudraient mettre à leur service, elles ont une logique, une puissance propre et une autonomie par rapport à tous leurs calculs. De sorte qu’elles s’expriment toujours, « comme un désir inconscient », disait Hegel, à travers les actions des Hommes. Les Hommes, écrit-il, toujours dans La Raison dans l’Histoire, « réalisent leurs intérêts, mais il se produit en même temps quelque autre chose qui y est cachée, dont leur conscience ne se rendait pas compte et qui n’entrait pas dans leurs vues ». Bref, ce sont les Idées qui (pour le meilleur ou le pire) mènent le monde. Tels sont les desseins de la Providence, ou (version rationaliste) la « ruse de la Raison ».

On aura noté le « en même temps », dans la citation de Hegel – l’origine dialectique hégélienne du « en même temps » macronien ne fait guère de doute à mes yeux. 

 

 

L’Autorité de la Raison

 

L’Homme d’Etat occupe une place et remplit une fonction où l’Histoire se fait, et où donc la Providence affleure, opère avec puissance. Ce qu’on nomme l’autoritarisme de Macron, c’est tout simplement son auctoritas, celle qui, pour tout Homme ayant une culture classique, s’attache essentiellement aux fonctions d’imperium en raison de la présence du numen (l’éternelle puissance et la divinité) de la Raison universelle, du Logos. Comparez avec Hollande... La France, si elle a des chefs imprégnés de sa riche culture, aura toujours une auctoritas dans le monde.

Les idées passent et repassent le Rhin. Ce va-et-vient est au cœur des deux cultures, allemande et française. L’hégélianisme de Macron est un hégélianisme très français. Ce n’est pas un hégélianisme de gauche, marxiste ou « kojévien ». C’est ce qu’on aurait appelé jadis un hégélianisme de droite, mais il est dépouillé de la dimension totalitaire que cette pensée possède lors de sa naissance, de l’autre côté du Rhin. Il n’est pas non plus très systématique. Et il ne dissout pas les contraires dans la synthèse, mais préfère maintenir l’opposition des contraires réconciliés. 

Mais qu’est-ce qu’une philosophie de la Raison dans l’Histoire qui reconnaît l’importance de l’individu et de la personne ? C’est quelque chose entre Bossuet et Victor Hugo. Peut-être, via les connections d’Esprit, se produit-il inconsciemment chez Macron une humanisation/christianisation de Hegel dans une veine blondélienne, comme chez Gaston Fessard ou Romano Guardini [Romano Guardini, La polarité, Cerf, 2010. (Der Gegensatz. Versuche zu einer Philosophie des Lebendig-Konkreten, 1925)]. Si le président est bien informé, il doit savoir que Fessard et Guardini ont joué un rôle important dans la formation intellectuelle du pape François [Voir le livre de Massimo Borghesi, Jorge Mario Bergoglio. Una biografia intellettuale, Jaca Book, 2017.]

 

 

Mort et résurrection de la laïcité.

 

Tout le monde parle de la laïcité, mais presque plus personne ne croit à ce qui en faisait le sérieux et la dignité. Je pense à toutes ces nobles Majuscules : la Raison, la Patrie, l’Humanité, la Science, le Devoir, la Morale et le Progrès. Fortement adossée à ces absolus rationalistes, la laïcité bénéficiait de plus, en profondeur et comme en contrebande, de l’influence éducatrice de l’Eglise, qui nourrissait la culture et les mœurs françaises de sa vitalité.

Quel est précisément le rapport entre la philosophie et la religion ? Pour Hegel, la philosophie et la religion disent essentiellement la même chose, c’est-à-dire que tout est dans l’Absolu, qui est Sujet et Liberté. Mais la religion est censée le dire en termes imagés, la philosophie en termes conceptuels. La philosophie est une discipline pour une élite d’esprits. Si donc la masse essaye de philosopher, elle tombe dans les formes nulles de la philosophie : scepticisme, relativisme, matérialisme, scientisme, bref ce degré zéro de la pensée qu’il faut écarter pour commencer à réfléchir sérieusement.

La religion est pour Hegel la façon populaire de s’approprier la vérité de l’Absolu d’une façon adaptée à l’esprit imaginatif, affectif et peu conceptuel. Pour lui, si l’on prive un peuple de religion, on n’en fait pas pour autant un peuple rationnel et de philosophes, mais une sorte de prolétariat intellectuel, plein de prétention, mais en pratique privé de tout accès à la vérité de l’Absolu. L’élite des conceptuels (hégéliens) ne croit pas à la religion, c’est entendu, au sens où le peuple y croit, mais cette élite pense quand même la même chose que le peuple, à la différence près qu’il y a entre l’imagination et la raison. Là se trouve la source de l’élitisme de Macron. Ceci est peu catholique. La foi catholique n’est pas élitiste [François, Gaudete et exsultate, nos 36-46]. C’est pourquoi on aura toujours beaucoup de mal à combiner dans une même personne un philosophe vraiment hégélien et un véritable homme de foi.

Ce qu’il y a de pire pour la culture commune et pour l’Etat, ce n’est pas le cléricalisme des membres du clergé qui voudraient s’imposer à la puissance publique ; c’est celui de ces intellectuels superficiels, frottés de philosophie mais sans profondeur. Ils s’imaginent avoir accédé à la raison simplement parce qu’ils ont refusé la religion et renié le spirituel. Ils prétendent être les tuteurs du peuple et le conduire aux Lumières. En fait, ils le vouent à vivre dans l’irréligion sans philosophie, dans l’immoralité sans liberté, dans la mesquinerie d’une existence réduite aux intérêts privés, ou à la révolte compulsive, hors de la Raison, de l’Histoire et de l’Etat.

La raison hégélienne est élitiste, sans doute trop, mais encore ne faut-il pas forcer le trait. Plus imaginatif que conceptuel, le peuple a pourtant une pleine dignité spirituelle. En effet, l’imagination n’est pas simplement cette folle du logis, cette « maîtresse d’erreur et de fausseté » que dissiperait la raison scientifique. L’imagination est féconde, intuitive, inventive et symbolique. Ses images symbolisent puissamment la vérité. C’est peut-être là ce que Ricœur aura appris au jeune hégélien Macron : la richesse de l’imagination, le champ infini qu’elle ouvre à l’interprétation comme à la pensée, son importance dans l’action. La civilisation de l’image ne doit pas être celle de la mort du symbole.

Le lien (hégélien) entre l’Eglise et l’Etat est comme celui qui existe entre l’imagination et la raison, comme entre le peuple et l’élite – si l’élite n’est pas « abîmée » par la niaiserie antireligieuse, si la raison n’est pas « abîmée » par un irrationnel mépris de l’imagination, si le peuple veut être autre chose que le singe de l’élite, et l’élite autre chose que l’initiateur du peuple au non-sens.  

On comprend par là sans difficulté en quel sens le « lien » Eglise-Etat existe, a été « abîmé » et on devine mieux comment il s’agit de le « réparer ».

 

 

Maintenant, essayons de poser les véritables questions.

 

Non pas savoir si les tenants de la laïcité « à la française » vont accepter ce qu’on pourrait appeler une laïcité néo-napoléonienne. Car il y a quelque chose de réactionnaire dans cette tradition laïque. La plupart en France ont rejeté sa structure philosophique fondamentale, mais restent attachés à l’idée qu’elle est quand même importante.

Que feront les évêques de France ? Plus généralement, que penseront les catholiques ? Passé un premier moment, dominé par l’agréable impression de fraîcheur, comme après le discours du président Sarkozy [20 décembre 2007 au Palais du Latran], ne vont-ils pas se réfugier dans un « Nous jugerons sur pièces, quand nous lirons les projets de lois bioéthiques » ? En somme, voir dans ce discours pensé et direct des bonnes paroles, pas si originales que cela ? Ne vont-ils pas, en somme, laisser dominer la méfiance ? Certes, comme disait Reagan avec humour, « trust and verify », mais ne méconnaissons pas la différence : Sarkozy avait des idées. Macron a une pensée.

Ce « lien réparé », conçu et promu par un esprit métaphysicien, présente plus de promesses et plus de risques, il est aussi plus difficile à gérer, que « l’absence de lien » dans la bonne vieille laïcité de la « République des Jules ».

Avec le président Macron, nous sommes en présence d’un fait imprévisible, et auquel nous ne croyions pas : la France a un chef qui n’est ni un pur technocrate, ni un simple politicien, mais un Homme d’Etat vraiment cultivé, doté d’une vraie pensée. Il est capable d’embrasser en largeur et profondeur aussi bien les champs économiques et financiers que les champs politiques et sociaux, nationaux et internationaux, et que les champs culturels : langue, science et bien entendu philosophie, art et religion. Nous n’avions rien connu de tel depuis De Gaulle et Georges Pompidou. Cela ne veut pas dire que ses décisions seront excellentes, mais cela veut dire qu’elles seront puissamment fondées.

Cet Homme d’Etat prend la mesure de la situation historique dans laquelle nous nous trouvons – non une époque de changements, mais un changement d’époque, ainsi qu’aime à dire le pape François.

Que l’arbre, donc, ne nous cache pas la forêt. Le président comprend que la réponse adéquate à la situation exige une nouvelle unité de la culture française, et passe par une nouvelle synthèse humaniste, comme disait le pape Benoît XVI : « Les aspects de la crise et de ses solutions, ainsi qu’un nouveau et possible développement futur, sont toujours plus liés les uns aux autres. Ils s’impliquent réciproquement et ils requièrent des efforts renouvelés de compréhension globale et une nouvelle synthèse humaniste. » [Caritas in Veritate, 2009, n°21] Cela exige notamment de repenser de fond en comble la laïcité. 

Une synthèse humaniste française, cela veut dire d’abord un dialogue en vérité entre le catholicisme et les Lumières dans leur forme la plus synthétique, hégélienne, et dans leur forme la plus profonde, cartésienne. Cette dernière forme est aussi catholique. 

Un « véritable dialogue » n’est pas une discussion pointilleuse entre érudits et spécialistes, c’est un dialogue de Décideurs, qui laissent de côté les « élucubrations mentales » [Gaudete et exsultate, n°46] et voient les choses largement et de façon vivante.

Encore faut-il que le catholicisme français se montre à la hauteur d’un tel dialogue en reprenant ce qu’il possède de plus puissant dans sa tradition de pensée. A quoi pense le président Macron en faisant allusion à la prudence aristotélicienne recommandée par le pape François ? Cela veut dire cesser de chercher à se faire une niche écologique de survie dans la mentalité postmoderne, qui est devenue non-fonctionnelle et tourne au délire. Il s’agit de réinventer pleinement le grand récit et la métaphysique, c’est-à-dire la philosophie et la théologie de l’Histoire, l’ontologie et la théologie naturelle, l’architectonique des savoirs. Notre époque est celle de la mort de « la mort de Dieu ». C’est celle de la fin de « la fin de la métaphysique ».  

Il s’agit aussi de redonner, tous, que nous soyons croyants ou non, dans notre culture commune, une place d’honneur à la Personne du Christ, figure centrale de l’humanisme, car c’est l’humanisme de Dieu. Dieu et liberté. La France n’aura pas d’avenir à moindre prix.

 

A SUIVRE

   

Recension du livre de Rémi Brague sur La religion.

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Écrit par Henri Hude

Ce compte-rendu de lecture est à paraître dans la revue sud-americaine Humanitas numéro 87.

Sur la religion  

 Sur la religion

   

Le dernier livre de Rémi Brague, Sur la religion, se compose de neuf études et d’autant de chapitres. Dans les trois premières, il définit et divise le concept de religion. Dans les six dernières, il traite de questions disputées de nos jours sur ce sujet : religion et raison (ch.4), religion et Droit (ch.5), Eglise et Etat (ch.6), Dieu et l’idée de liberté (ch.7), religion et violence (ch.8), notamment dans les livres sacrés (ch.9).

L’intention de l’auteur est triple : défendre la religion en général, le christianisme en particulier, et critiquer l’islam, en tout cas rappeler à son sujet des éléments souvent passés sous silence. 

En disciple de Husserl, et se recommandant de Socrate, Brague part en chasse de l’essence de la religion (car il tient aux essences, p.9). Allant de l’un au multiple, il divise ensuite l’essence ainsi définie en ses espèces et individualités. Au ch.1, il part du mot « religion » et parvient à distinguer et à clarifier les principaux composants du concept, mais en s’efforçant de rappeler l’essentiel de leurs manifestations historiques. De même, pour reconstruire la pluralité des religions (ch.2-3), il use de logique, mais non sans se confronter aux religions existantes. Son but est de marier la démarche empirique au concept, évitant le récit désorganisé aussi bien que la spéculation hors Histoire.

Brague veut éviter au débat public ou politique d’user d’un concept fourre-tout, appelé « religion », les mettant toutes confusément « dans un même panier » (p.11) à la forme vaguement chrétienne, ce dont résultent déformations, confusions et injustices.

L’A. essaye de faire comprendre aux Occidentaux que toute religion n’est pas une espèce de christianisme, mais que c’est le contraire qui est la vérité. En fait d’autres religions, c’est surtout de l’islam qu’il est question et du judaïsme. Le judaïsme est traité avec beaucoup de sympathie, tandis que le constant parallèle entre le christianisme et l’islam invite sur ce dernier à des conclusions accablantes. Le christianisme fonde l’idée de nature dans sa conception propre de la création, valorise énormément la liberté (dans sa dogmatique) et ne se soucie pas plus que ça de loi et de systèmes juridiques. Ce dernier point est central au contraire dans la religion musulmane, qui par ailleurs n’admet qu’avec réticence l’idée de nature et limite la liberté à ce qu’il faut pour justifier l’imputation des actes humains et leur juste rétribution.  

Brague, armé d'érudition massive et servi par sa connaissance des langues sacrées, force incontestablement à réfléchir. Il pulvérise les simplismes qui réduisent le débat sur « la religion » ou « les religions » à des affrontements caricaturaux, idéologiques et pulsionnels. Faisant taire un instant le bruit de fond médiatique, il veut nous placer en face des choses elles-mêmes, ou plutôt de leurs essences, avec leurs grandes structures souvent méconnues, leurs développements imprévus, leurs faits majeurs têtus et paradoxaux, leurs différences objectives et inattendues, parfois leurs ambigüités. 

Quant aux questions disputées, il est impossible de résumer un livre où pratiquement tout est à la fois savant et intéressant. Brague démontre, par exemple, que la violence a toujours existé dans le genre humain, en même temps que la religion, mais aussi que d’autres éléments, politiques et économiques. On sait la difficulté d’établir en sciences humaines des causalités prouvées entre phénomènes concomitants. Pourtant, les idéologies athées paraissent remporter la palme en termes de massacres pour des idées (p.200-202).

Brague redémontre, avec beaucoup de science, qu’il y a toujours religion. Quand Dieu s’efface, il y a des dieux. Quand des dieux meurent, paraissent de nouveaux dieux (p.53), parfois pervers (p.58). En somme, l’homme ne sort jamais de la religion. Voilà qui est déstabilisant pour une certaine opinion occidentale.

Brague abordant les religions, choisit d’en considérer l’essence, c’est-à-dire la « dogmatique » : l’idée qu’elles se font de l’Absolu ou de Dieu et des rapports de l’Homme à Dieu. Il laisse de côté la façon dont ces religions sont présentement vécues. L’avantage de la méthode est de donner aux mots un sens stable et précis. L’inconvénient est de faire abstraction des différences et changements colossaux pouvant affecter les existences censées être les supports de ces essences. Ce qui est certainement le cas de l’islam et des musulmans.

Brague entend démontrer que l’essence de l’islam est contraire à celle de la liberté et que l’Occident s’égare quand il espère qu’un « islam existentiel », s’écartera de l’essence de l’islam. Son raisonnement (p.225) : « Dans le Coran, Dieu, s’il en est l’auteur, déclare : ‘Vous avez en le prophète un bel exemple (uswa hasana)’ (XXXIII, 21). On identifie ce prophète non nommé à Mahomet. Ses faits et gestes prendront alors la valeur d’un modèle de comportement, et ses déclarations auront force de foi. C’est ce verset qui fonde la recherche et l’utilisation juridique des hadiths. Ce qu’a fait le Prophète ne saurait être mauvais et, s’il n’est pas strictement obligatoire de l’imiter, cela ne saurait en aucun cas être interdit. » Brague se dispense de conclure, tant les conclusions seraient à ses yeux transparentes.

Il y a chez Brague deux inspirations, l’une chrétienne, l’autre libérale – la meilleure version du libéralisme, qu’il partage avec Pierre Manent et Alain Besançon. De là l’origine de son dissentiment avec le Saint-Père, souvent exprimé publiquement, sur la question de l’islam en Europe. François est en effet moins libéral et considère moins la « dogmatique » de l’islam que le vécu de ses adeptes et son contexte économico-migratoire, analogue à celui des Latino-Américains aux Etats-Unis.

Brague a raison de voir un problème majeur dans la place nouvelle de l’islam au sein de la culture occidentale. Sa méthode force à tenir compte d’un ensemble de faits souvent exclus a priori, mais elle risque d’en faire oublier d’autres. La rigueur universitaire parisienne ou munichoise n'est pas en question, mais elle ne fait pas bon ménage avec la finesse politique, ni avec l'esprit apostolique, quand celui-ci prend, de Rome, une vue globale de la planète.

  

 

   

Ecrire dans une nouvelle collection chez Mame. Appel aux auteurs. Pour un nouvel humanisme chrétien

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Écrit par Henri Hude

Ce texte a été publié dans LA NEF n°302, Avril 2018.

 

La formation des décideurs. Méditations sur un humanisme qui vient est le premier volume d’une nouvelle collection d’ouvrages, récemment fondée chez l’éditeur Mame et dont la direction m’a été confiée. Son nom : « Humanisme chrétien ». Il s’agit assurément d’une vaste et ambitieuse entreprise, puisqu’elle doit s’attaquer aux principaux problèmes philosophiques. De quelle façon ?


Cette collection se caractérise par son contexte historique : un humanisme s’en va et un autre vient. Celui qui vient est chrétien, d’une manière aussi authentique qu’inédite. Il s’agit de le formuler et de l’accueillir.

L’humanisme postmoderne s’en va déjà. Il a donné une excellente critique de l’humanisme moderne (celui dont Rousseau, Kant, Hegel furent les sommets). Tels les anges parlant aux églises, au chapitre 2 de l’Apocalypse, les penseurs postmodernes interpellent les écoles de l’humanisme moderne. Habermas et Rawls disent : vous vous croyez justes, Rousseau et Marx, vous n’êtes que totalitaires. Freud : vous vous êtes voulus libres, autonomes et en bonne santé, Stuart Mill et Kant, et vous voilà enfermés dans la névrose et la dépression. Heidegger : vous tous vous vous flattiez d’être enfin dans la vérité, mais vous êtes devenus aveugles à tout ce qu’il y a de profond et d’important dans la vie. Husserl : vous ne savez pas même recevoir sans le fausser ce qui se donne à votre conscience. Bergson : aveugles à la vie, étrangers à la durée, vous perdez (ajouterait-il sans doute) par la crise écologique cette nature que vous pensiez posséder.
Ce temps d’humanisme postmoderne finissant est soumis à une idéologie molle, mélange de technocratie et de nihilisme.

L’enjeu de cette collection est la redécouverte et la réinvention de l’humanisme. Contribuer à ouvrir un nouveau cycle de l’humanisme, ce qui précède toute renaissance de la civilisation. Comment réinventer l’humanisme ? En sortant des oppositions entre humanismes. Le grand humanisme moderne des Lumières s’est construit en opposition à l’humanisme chrétien ; l’humanisme postmoderne rejette à la fois l’humanisme moderne et l’humanisme chrétien. Ne peut-on essayer la paix et la synthèse ? Le pape François dirait : la miséricorde…

La miséricorde et la synthèse ne violent pas le principe de non-contradiction. Elles sont un effort pour accompagner l’autre, le frère humain, moderne ou postmoderne, sur le chemin d’une articulation plus poussée de son désir, qui est aussi le nôtre, afin d’en découvrir, au-delà des projections imaginaires, le très véritable objet.

Le titre du premier volume de la collection, La formation des décideurs, permet de la caractériser davantage. L’éducation des responsables est le lieu le plus propice à une redécouverte du critère humaniste, à la constitution d’une nouvelle synthèse humaniste, à la formation du jugement et des vertus, en un mot à la renaissance d’un humanisme authentique et d’avenir.


Cette collection est pratique. L’Université humaniste se reconstruira dans l’avenir autour de la notion du bien commun universel. C’est une excellente méthode de pensée, que de partir de sérieux problèmes pratiques, ceux d’une société, ou d’une personne, ou d’une communauté (qu’il s’agisse d’éducation, d’orientation professionnelle, de santé, de sécurité, de solidarité, etc.) et de remonter aux premiers principes qui permettent de proposer des solutions suffisamment adéquates, au-delà des réponses insuffisantes, technocratiques.

Je lance ici un appel à ceux qui se sentent intéressés à contribuer à cette entreprise vaste et pourtant bien définie (1).

Nous ne travaillons pas dans la stratosphère d’un autre monde. Nous voulons que la sagesse reprenne sa place dans notre Cité. Ce renouveau de l’humanisme conditionne la destinée de notre communauté politique et aussi la vie de l’Église dans nos pays. Le § 15 de La formation des décideurs se formule ainsi : « Méditer sur la raison pour laquelle l’humanisme postmoderne devient inhumain. » Comment sortir victorieusement de l’humanisme inhumain ? En reprenant l’initiative conceptuelle, en aidant la société à découvrir l’idéal neuf qui équivaut à la révélation de son véritable désir.

Henri Hude

Ceux qui voudraient proposer des manuscrits en vue de publication dans la collection « Humanisme chrétien » peuvent les envoyer imprimés à Henri Hude, c/o Mame, 57 rue Gaston Tessier, CS 50061, 75166, Paris Cedex 19.

 

Je rappelle que cette collection vient d’être lancée avec deux ouvrages :

La formation des décideurs. Méditations sur un humanisme qui vient, Mame, 2018, 230 pages, 19 €. Un nouveau critère humaniste. Une nouvelle synthèse humaniste. Formation du jugement et questionnements sur la guerre et la paix. Une anthropologie organisée autour du concept de l’Homme comme Décideur. 

Habiter notre nature. Écologie et humanisme, Mame, 2018, 246 pages, 20 €. L’autonomie radicale comme racine de la crise écologique. Redécouverte méthodique des concepts de nature, de liberté et d’autonomie. Intégration catholique de la philosophie moderne. Le Christ et l’autonomie intégrale. 

   

Table des matières de mon livre Habiter notre Nature. Ecologie et humanisme.

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Mise à jour le Vendredi, 30 Mars 2018 08:45 Écrit par Henri Hude

Voici la table des matières de mon livre HABITER NOTRE NATURE. ECOLOGIE ET HUMANISME, Mame, 2018. Elle donne une idée très précise des problèmes traités, des méthodes employées et des solutions proposées.

 

 

 

Introduction. De l’autonomie radicale à la crise écologique et de la déradicalisation de l’autonomie à la solution de la crise

 

§ 1 Objectif : identifier les causes premières de la crise écologique ; imaginer les thérapeutiques appropriées 11

§ 2 Objectif du livre : réformer l’autonomie 13

§ 3 De l’autonomie radicale à la crise écologique – et de l’autonomie de philia à la résolution de la crise 15

§ 4 Situation de la culture et besoin écologique d’une réforme culturelle 17

 

Premières méditations : De l’autonomie radicale à l’humanisme de philia

 

§ 5 Deux questions pragmatiques 21

 

I.1. Quelles sont les conditions fondamentales d’une convergence humaniste entre l’écologie et le progrès ?

 

§ 6 Une problématique pragmatique 22

§ 7 Redécouvrir et méditer la parenté entre écologie et économie 24

§ 8 Écologie : la Terre est la maison de l’Homme et du Logos 26

§ 9 Approfondir l’écologie en scrutant la profondeur du Logos 28

§ 10 Que signifie « authentique » et qu’est-ce qu’une écologie authentique ? 29

§ 11 Être certain que l’Homme n’est pas de trop 30

§ 12 Méditer sur l’histoire de nos sciences de la Nature 33

§ 13 La Nature perdue et retrouvée. La perte de la Nature comme critère, facteur décisif de la crise écologique 35

§ 14 L’autonomie passionnée est-elle la cause fondamentale de la crise écologique ? En quel sens ? 37

§ 15 Pour repenser la cause de la crise. De l’autonomie passionnée à l’autonomie rationnelle 40

§ 16 De l’autonomie rationnelle au malaise dans la culture 43

§ 17 Par quel raisonnement aboutissons-nous à la notion d’autonomie radicale ? 44

§ 18 Anciens et Modernes. Synthèse ? Pour une nouvelle sagesse de Progrès 45

§ 19 Comment l’hédonisme standard (postmoderne) fomente aussi la guerre contre la Nature. Pour une écologie cohérente avec elle-même 49

§ 20 Besoin de retrouver un authentique amour de la Nature 52

§ 21 Comment l’autonomie radicale empêche toute conception unitive (et donc écologique) de la connaissance 53

§ 22 Comment la théorie de la connaissance, si elle n’est ni réaliste ni humaniste, érode radicalement l’amour de la Nature 56

§ 23 L’Homme de l’humanisme exclusif et de l’autonomie radicale est-il fatalement aliéné de la Nature ? 58

§ 24 La fin de la crise écologique suppose la fin d’un état de guerre entre la liberté d’autonomie et la Nature, et donc une redéfinition de l’autonomie 60

§ 25 Pourquoi la riche culture philosophique post-moderne ne peut déboucher sur un renouveau de civilisation 61

§ 26 Pensées pour prolonger certaines critiques de la civilisation anti-écologique 64

§ 27 Sur la violence postmoderne et comment elle contribue à la crise écologique 66

§ 28 Sans culture humaniste rénovée, la crise écologique détruirait aussi la démocratie 68

§ 29 Perspectives d’avenir 69

§ 30 Impossible retour à la simple hétéronomie 73

 

I.2. La crise écologique peut-elle être surmontée dans le respect de l’exceptionnelle dignité humaine ? Reprise de la sagesse antique

 

§ 31 Pourquoi poser cette seconde question ? Parce qu’elle conditionne la solution de la crise écologique 74

§ 32 L’autonomie radicalisée, mère de tous les problèmes des temps humanistes. Le principe naturel de solution est l’autonomie de philia 76

§ 33 La « contrariété anthropologique » de l’autonomie. Quel moyen pour la résoudre ? 77

§ 34 Origine politique des concepts de dignité et d’autonomie 79

§ 35 Deux façons d’intérioriser l’autonomie politique et deux formes de relation à la Nature 81

§ 36 Recherche d’une sagesse écologique, combinant le désir humaniste d’autonomie et l’amour puissant de la Nature. Le modèle socratique 82

§ 37 Méditations sur les cyniques, les sceptiques et les épicuriens 85

§ 38 Retour possible à la vie simple ? Sur le réchauffement climatique 88

§ 39 Méditations sur les épicuriens et les sciences 89

§ 40 L’apport des stoïciens. L’autonomie grâce à la Nature et à la loi naturelle 91

§ 41 Quelle idée de « Destin » pour une autonomie écologique ? Réflexion sur les OGM 95

§ 42 Sagesse écologique et liberté dans la prédestination 100

§ 43 Sans concept adéquat de la loi naturelle, il n’y aura pas de révolution écologique 102

§ 44 Sans la loi naturelle, il n’y aura pas de pouvoir écologique 103

§ 45 Autorité, questions métaphysiques et révolution écologique 104

§ 46 Déradicaliser l’autonomie, c’est revisiter à partir de la loi de Nature la question de l’Absolu et de Dieu 107

§ 47 Le questionnement cosmologique conduit à questionner sur la pertinence du combat écologique et sur le sens de l’existence 109

§ 48 Conclusion : la crise écologique peut être surmontée dans le respect de l’exceptionnelle dignité humaine 111

 

I.3. Sans respect de l’exceptionnelle dignité humaine, la crise écologique pourrait-elle être surmontée ? Réforme de la sagesse moderne

 

§ 49 Réorientation de la méditation écologique autour de l’autonomie des Modernes 114

§ 50 Que faut-il garder des Modernes en vue d’un renouveau de la culture humaniste ? 115

§ 51 Comment l’Homme moderne acquiert-il la certitude de sa liberté ? 117

§ 52 Le moralisme moderne cause le malaise dans la civilisation en exagérant le degré de responsabilité de l’Homme 119

§ 53 L’autonomie est quelque chose de plus que la liberté d’autodétermination rationnelle 122

§ 54 Déduction de l’autonomie morale 125

§ 55 Insuffisance de la déduction précédente 127

§ 56 Remplacement de l’autonomie radicale par l’autonomie de philia 128

§ 57 L’autonomie écologique de philia dans l’oikia 130

§ 58 Pour servir à l’analyse de la névrose moderne et postmoderne. Le paradoxe du rapport moderne à la Nature 133

§ 59 L’autonomie rationnelle évite le moralisme et le malaise dans la culture, grâce à son enracinement dans la philia 136

§ 60 À côté du respect des personnes, n’y a-t-il pas place, aussi, pour un respect des choses ? Des plantes, des animaux ? Écologie et philosophie de la philia 138

§ 61 Écologie et humanisme. Méditation sur la hiérarchie des êtres et sur la dignité de l’Homme 140

§ 62 Conclusion des premières méditations 145

 

Secondes méditations : Entre l’autonomie de philia et l’autonomie intégrale

 

§ 63 Point de situation. Trois nouvelles questions pragmatiques 147

 

II.1. Comment résoudre la contrariété de la liberté pratique et de la liberté pathologique ?

 

§ 64 La psychose bipolaire de la conscience morale 148

§ 65 Comment des politiques unilatérales viennent à la rescousse d’éthiques insuffisantes. Cohérences entre éthiques et politiques 150

§ 66 Nécessité de l’amitié pour résoudre la contrariété des deux libertés 153

 

II.2. Faiblesse politique de l’autonomie de philia. L’amour a-t-il un sens comme principe civilisationnel ?

 

§ 67 Insuffisance de l’amitié pour soigner la psychose bipolaire de la conscience morale 154

§ 68 Pourquoi l’écologie requiert une « civilisation d’amour » 155

§ 69 L’écologie requiert une sagesse politique nouvelle, au-delà du machiavélisme 158

§ 70 Pour sauver la Terre, en quels sens nous devons « aimer la Nature » 161

 

II.3. Que peut signifier une autonomie intégrale au-delà même d’une autonomie de philia et d’une sagesse d’amour universel ?

 

§ 71 Pourquoi cette dernière question ? 164

§ 72 Les options de l’Homme et de l’humanisme 165

§ 73 Comment méditer en Décideur sur l’humanisme et l’écologie entre la raison et la foi ? 167

§ 74 Le pape François et l’écologie. Vatican II et l’autonomie intégrale 169

§ 75 Sur la notion d’agapè. L’essence du christianisme ? 170

§ 76 Problématique 174

§ 77 La croyance que l’Homme est à l’image de Dieu. Écologiquement inquiétante, ou rassurante ?175

§ 78 Comment l’idée de Nature est justifiée et fondée en Dieu 178

§ 79 L’idée de Nature unie à celle de personne 179

§ 80 La Trinité divine et l’amour de la Nature. La valeur de la matière 181

§ 81 Religion humaniste, écologie et différence sexuelle 183

§ 82 La critique de l’idée de création est-elle écologique ? 186

§ 83 Réorientation et nouveau pas en avant 189

§ 84 Pensées pour retrouver le sérieux du concept de Nature 190

§ 85 Comment le rapport entre la philia et l’agapè pourrait aider à comprendre le rapport entre la Nature et la grâce 194

§ 86 La Nature comme vocation 195

§ 87 Cette solution peut-elle pourtant satisfaire des exigences humanistes ? 197

§ 88 Méthode appropriée pour concevoir l’autonomie intégrale 199

§ 89 Première étape. Concevoir quelque chose de l’autonomie divine 199

§ 90 Deuxième étape. Voir l’autonomie humaine à l’image de l’autonomie divine 200

§ 91 Troisième étape. L’autonomie humano-divine 202

§ 92 Quatrième étape. Pourquoi recevoir est divin 203

 

Éclaircissements finaux

 

§ 93 L’Homme autonome peut-il obéir à une loi qu’il n’a pas faite ? 205

§ 94 La valeur religieuse de l’autonomie 208

§ 95 Pourquoi l’humanisme est-il souvent en conflit avec la religion ? 210

§ 96 Conclusions 211

 

Notes

 

Habiter notre Nature

Habiter notre Nature. Ecologie et humanisme  

 https://www.laprocure.com/habiter-nature-ecologie-humanisme-henri-hude/9782728924530.html

 

 

   

La nature perdue et retrouvée

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Mise à jour le Mercredi, 28 Mars 2018 12:09 Écrit par Henri Hude

Je viens de publier ma contribution de philosophe aux Etats-Généraux de la Bioéthique. Il s’agit de mon livre Habiter notre Nature. Ecologie et humanisme, Mame, 2018. J’en publie ci-dessous un premier extrait.

 

 

 

La perte de la nature comme critère, facteur décisif de la crise écologique

 

La crise écologique se produit quand le langage humain ne renvoie plus aux Idées du Logos, aux essences des êtres, et quand nous ne savons plus méditer ; quand donc la vérité nous semble un mot vide, ou scandaleux, ou une façon de dire notre brutalisation des choses ; quand, enfin, nous avons perdu la « nature » ; quand ce dernier mot ne signifie rien d’autre que l’ensemble des objets perçus entre les œillères d’une volonté de puissance fixée sur son accroissement indéfini ; quand il n’a plus aucun rapport avec la sagesse.

 

Quel est l’Homme qui cause sa propre crise écologique ? L’Homme libre sans le Bien ? L’Homme radicalement autonome sans philia ?

 

Sans doute, mais ces Hommes-là se concrétisent pour ainsi dire dans l’Homme savant et technicien quand il est privé de la sagesse de la nature.

Cet Homme croit savoir ce qu’est un objet technique, mais il ne sait plus ce que c’est qu’une chose naturelle. Sur la chose naturelle qu’il perçoit, il plaque le schéma technicien qu’il a construit. Il ne peut plus « voir la nature nue », comme disait Husserl. Il la voit vêtue en bleu de travail. Pourtant, « nature » n’est pas un concept dépassé ou irrationnel, au contraire. Toute nature se définit par une constitution et des lois, et inversement toute loi est la loi d’une nature. Or nous sommes certains désormais, au-delà de tout doute raisonnable, qu’il y a des lois dans le monde. Et, donc, qu’il y a des natures. La crise écologique, ce n’est pas d’abord une question de déchets, ou de réchauffement, ou de destruction d’espèces ; c’est une question d’obturation du logos humain à la nature. L’Homme détruit la Nature parce qu’il ne la voit plus ni comme être, ni comme nature.

 

Il ne sait plus non plus être naturel parce qu’il ne voit plus sa propre nature.

L’Homme trop exclusivement technicien n’a guère plus idée de sa nature humaine. Pourtant, l’Homme a une « nature » : corporelle, vivante, sociale, raisonnable, culturelle, métaphysicienne, spirituelle. [Chacun de ces domaines a en effet ses lois.]

 

Une « nature humaine », comme on dit. La redécouverte de ce « paradigme

Perdu » [Edgar Morin, Le paradigme perdu : la nature humaine, Gallimard, 1979, p.25-30] est la première condition nécessaire à toute solution suffisante de la crise écologique.

 

Devenir capable de voir et de concevoir à nouveau la nature, et surtout cette « nature humaine », enrichit en nous l’idée de « la Nature » [le cosmos, avec la Terre et les vivants]. Celle-ci n’est pas étrangère à l’Homme, puisqu’elle inclut réellement l’Homme. Les sciences de la Nature devront en tenir compte davantage, dans l’avenir, et seront ainsi plus scientifiques. Les sciences de l’Homme sont et seront celles de cette « nature humaine » définie par toutes ces lois, dont la première est la loi morale universelle de philia. Cette loi morale est aussi sa loi naturelle, et aussi sa première loi politique [H.H., Préparer l’avenir, Economica, 2012, p.90-94]. Nous avons encore beaucoup à apprendre et beaucoup à approfondir dans notre science et dans notre action.

 

Extrait de HABITER NOTRE NATURE. ECOLOGIE ET HUMANISME, Mame, 2018 ; §13, pp. 35-37. 

 

Habiter notre Nature. Ecologie et humanisme  

 

 

 https://www.fnac.com/SearchResult/ResultList.aspx?SCat=0%211&Search=habiter+notre+nature+&sft=1&sa=0

 

   

Quarante pensées sur les valeurs et leur transmission. Pensées 31 à 40.

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Mise à jour le Vendredi, 23 Mars 2018 08:49 Écrit par Henri Hude

Voici des pensées sur les valeurs et leur transmission, au moment où je publie deux livres, le premier intitulé La formation des décideurs. Méditations sur un humanisme qui vient, et le second Habiter notre Nature. Ecologie et humanisme (Mame, 2018). 

 

 Pensée 31 : Le « relativisme des valeurs » n’est que l’expression d’un échec, celui de l’acquisition : soit que l’un ne sache pas bien donner, soit que l’autre ne sache ni recevoir de bon cœur, ni acquérir avec grâce. Quand la transmission échoue (c’est-à-dire quand réussit la transmission nihiliste), chacun est enfermé dans son néant à soi, le bien commun de ceux qui n’ont plus ni communauté, ni bien.

 

 

Pensée 32 : Le prosélytisme nihiliste consiste à vitupérer contre ceux qui transmettent l’être.

 

 

Pensée 33 : Tous sont censés être différents et avoir droit à leur différence, mais en fait tous sont forcés de penser la même chose, c’est-à-dire le néant. La liberté sans valeur et contre-valeur devient unique valeur. L’indifférence mondialisée en assure la transmission universelle, l’imposition universelle. Cette indifférence hypocritement prosélytiste ne tolère plus rien d’autre. C’est là ce que, par abus de langage, on appelle la tolérance. 

 

 

Pensée 34 : Un sens de la vie ne peut pas se transmettre, ou se transmet par l’hypocrisie, s’il ne reconnaît pas la valeur de la valeur, celle de la transmission et celle de la vie.

 

 

Pensée 35 : La valeur sagement questionnée se trouve pour ainsi dire soupesée et évaluée, rapportée à une norme. Il y a ainsi une Valeur de la valeur. Le Bien permet de juger les biens. Cette Valeur n’est pas elle-même normée, elle est absolue et on la dégage par récurrence en poussant à fond le questionnement. Le Bien est la seule cause possible de l’Idée du Bien.

 

 

Pensée 36 : Le plus grand bien, c’est l’Homme en liberté vers le Bien.

 

 

Pensée 37 : On parle de « création des valeurs », comme si elles n’existaient pas avant cette création (par nous). Si c’était vrai, il faudrait au moins que la création soit une valeur ; cette valeur de création précèderait et rendrait possible toute création de valeur ; mais nous ne créons pas notre pouvoir de créer, ni sa valeur ; de plus, ce pouvoir serait la seule vraie valeur. Donc nous ne créons pas les valeurs.

 

 

Pensée 38 : Nous évaluons. L’évaluation manifeste que les valeurs, qui se synthétisent dans l’amitié, se subordonnent à trois grands critères absolus, qui sont des Valeurs avec majuscule. Le Bien et le Vrai sont conditions de possibilité du jugement qui spécifie ce qui est à faire, mais la Justice est la valeur de l’exécution.

 

 

 

Pensée 39 : La valeur de liberté est d’abord celle de la pulsion profonde vers le Bien. La liberté la plus profonde est celle de l’être vers le Bien. La volonté, dit Aristote, c’est « le désir auquel s’ajoute la réflexion ». La liberté ici vient en plus du questionnement et de la certitude rationnelle. Dans la transmission, la valeur de liberté est enracinée dans celle de la raison et de la Vérité.

 

 

Pensée 40 : La vertu, qui permet de tenir son bon choix, est l’effectivité de la liberté.

 

Pensées 1 à 10.

Pensées 11 à 20.

Pensées 21 à 30

La formation des décideurs. Méditations sur un humanisme qui vient. 

La formation des décideurs. Méditations sur un humanisme qui vient.

  https://www.laprocure.com/formation-decideurs/9782728924462.html

 

Habiter notre Nature. Ecologie et humanisme. 

Habiter notre Nature. Ecologie et Humanisme.

 https://www.laprocure.com/habiter-nature-ecologie-humanisme-henri-hude/9782728924530.html

 

 

 

   

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