Henri Hude

Les premiers mois de la présidence Macron. Réflexions.

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Mise à jour le Dimanche, 15 Octobre 2017 17:05 Écrit par Henri Hude

Pour expliquer l’état de ma réflexion sur la présidence Macron, 1° je rappellerai d’où je viens ; 2° je dirai où je suis présentement et 3° je conclurai sur ce qu’il me semble permis d’espérer.  

 

 

1° D’où je viens.

 

D’abord, je rappelle que je n’ai pas voté Macron (premier tour : Fillon ; second tour : abstention). Oublions Pénélope et le vol de l’élection, dont Macron a profité, mais qui probablement est imputable à d’autres. Mes raisons essentielles se trouvaient avant tout dans l’identification des soutiens d’Emmanuel Macron : Cité de Londres et big money, magnats de la presse française, idéologues libertaires, plus une masse de politiciens impuissants, paniqués, venus de gauche et de droite classiques. Tous espéraient sauver leur pouvoir par une fusion en catastrophe, qui les préserverait à la fois d’une gauche socialiste, d’une droite plus traditionnelle et aussi des populismes.

Mes autres raisons se trouvaient dans certaines déclarations extravagantes durant sa campagne, notamment : « Il n’y a pas de culture française. » Ou le « crime contre l’humanité » en Algérie… Et j’en oublie. Plus une impression générale de vacuité vague et de surexcitation. Peut-être ces défauts étaient-ils feints ou comme instinctivement calculés ? 

J’aurais pu ajouter le souvenir négatif de tel de ses camarades qui l’a vu opérer dans la commission Attali, à plat ventre devant ce dernier, mais pour le reste quintessence de l’inspecteur des finances. Séducteur au reste. Il a toujours eu un talent fou pour séduire des seniors puissants qui l’ont beaucoup aidé dans sa carrière. Il a pris ses grandes idées tactiques à Fromentin (les 577) et à Valls, mais il a su en repérer la valeur potentielle. Il a eu une chance inouïe, mais il a su la saisir.

Je postulais une solidarité forte entre Macron et ces faiseurs de rois, plus une absence de fond sous la surface. Il y avait donc lieu de redouter un immobilisme technocratique de fond, un engagement atlantique fait de tension avec la Russie et d’interventions destructives, le progrès continuel du nihilisme dans le domaine éducatif et culturel.

Malgré cela, j’approuvais le désir populaire de renouveler au maximum la classe politique en place (manifesté par l’exclusion de Sarkozy, Hollande, Valls et Juppé, par la poussée de Mélenchon et Le Pen, et par la sélection de Hamon, Fillon et puis de Macron lui-même). Il me semblait sain de sortir des clivages droite/gauche en ce qu’ils avaient de dépassé et d’artificiel. Peut-être aussi l’adhésion au thème centriste (même représenté par François Bayrou) signifiait-elle aussi l’espoir d’un nouveau new-deal. Mais je pensais que ces soutiens et pulsions sympathiques pèseraient peu face à la massivité des pouvoirs qui avaient parié sur Macron.

 

 

2° Où j’en suis aujourd’hui.

 

Parlons successivement politique (2.1), puis économie (2.2). Il sera question de culture dans le 3°.

 

2.1. Vers le rétablissement du politique ?

Dans tout le raisonnement du 1°, un postulat me paraît désormais discutable : la solidarité fondamentale entre Macron et ses soutiens.

Je pourrais m’expliquer par plusieurs grands exemples historiques.

Richelieu fait carrière dans le parti féodal, pacifique et dévot de la Reine mère ; il parvient au pouvoir grâce à lui. Une fois arrivé, il fait accepter au Roi une ligne contraire : absolutiste, laïque et de guerre à l’Espagne, l’opposé de la ligne de son parti.

Bonaparte arrive au pouvoir comme l’homme qui va prêter son épée et sa belle figure militaire aux grandes idées de Sieyès et aux petits calculs de la camarilla du Directoire. On sait ce qu’il advint.

Plus près de nous, en Russie, en 1999, Vladimir Poutine est porté au pouvoir par le groupe des oligarques entourant Boris Eltsine. Ils voient en lui un technocrate sans personnalité. Ils pensaient manipuler une marionnette. Ils avaient créé un tsar.

Des puissances considérables peuvent donc commettre des erreurs d’appréciation majeures, si leur créature en définitive leur échappe.

Et Macron ? Il faut encore attendre. 

« Le pouvoir révèle l’homme. » (Aristote) L’expérience de quelques mois montre qu’Emmanuel Macron a l’âme monarchique, non sans tendance despotique. J’observe qu’il est arrivé grâce à la faveur de la presse et qu’il a aussitôt remis les journalistes en place, ce qui exprime très probablement l'opinion qu’il a de la profession. L’éviction brutale du général de Villiers est aussi typique, mais paradoxalement plutôt signe d'un besoin d'avoir les Armées avec lui. Maladresses ? Sans aucun doute, à divers points de vue, mais qu’on pourrait dire psychologiquement nécessaires et instinctivement calculées. La constitution de 1958 lui plaît infiniment. Donc, le président Macron se rendra-t-il de plus en plus indépendant des forces qui ont poussé sa candidature ? La réponse est assurément : oui, dans la mesure où il y trouvera intérêt. Et ce serait une chance pour la France, de sorte que l’autoritarisme qu’on dénonce chez lui est plutôt une qualité, dans une situation qui n’est pas rattrapable sans une transformation majeure de notre pays, processus qui n’est jamais porté au début que par un très petit nombre de personnes, et parfois même, une seule.

A la différence du désir jouisseur de pouvoir, une volonté puissante ne se satisfait pas des privilèges et vanités, ni même du quotidien de l’autorité. Elle ne s’excuse pas. Foin de démocratie, elle règne fièrement, sans culpabilité, et après tout cela ne déplaît pas au peuple. Une puissante volonté ne se satisfait pas des apparences ; elle veut créer et laisser une empreinte. Trop ambitieuse pour ne chercher que sa grandeur individuelle, il lui faut s’incarner dans la grandeur de ce dont elle est la tête. Le pays. Elle n’a que faire de la célébrité : elle veut la gloire. La gloire fait lever les yeux vers l’horizon, vers l’Histoire, au-delà même de la mort, qu’elle méprise. Enfin, elle est trop fière pour dépendre d’abord de la reconnaissance d’autrui. C’est de la conscience de soi qu’elle tient la certitude d’une supériorité donnant naturellement droit au pouvoir. Et c’est alors que, selon les mots de Thucydide, « sous la démocratie, il s’agit de la monarchie d’un citoyen ».

Peut-être pour Emmanuel Macron n’est-ce là qu’un thème nietzschéen et qu’un rôle de théâtre ? Mais peut-être pas.

Peut-être la démocratie en déroute devant les oligarchies a-t-elle besoin de monarchie ? A condition que le même monarque encourage les élites, les reconnaisse, les porte à servir, leur désapprenne la honte d’exister, et leur rende la fierté des excellences sans lesquelles l’égalité ne vaut rien. Il doit avoir mépris des anarchistes, des réactionnaires, et des envieux. Avec cela aimer le peuple, le servir, lui rendre un avenir et son unité au-delà des divisions nulles. L’indispensable restauration du politique, dans un pays en décrochement, a besoin d’autorité phare, pourvu qu’il y ait derrière un véritable programme et des actes forts.

Est-ce le cas ?

 

2.2. Vers le rétablissement de l’économie ?

Macron est le premier à donner l’impression d’avoir, dans le domaine économique, une dynamique un peu raisonnable et résolue. Il a raison quand il décrit ses opposants comme des grognons ou des réactionnaires. Il a raison quand il dit que la France ne se réforme pas mais se révolutionne, car c’est incontestablement l’expérience historique. De plus, nous vivons une période de révolution industrielle et de mondialisation, et beaucoup de nos institutions sont dépassées.

Il semble avoir entrepris d’appliquer un programme économique assez peu différent de celui de François Fillon, sans reculer immédiatement devant les oppositions comme faisait toujours Hollande. François Fillon aurait-il eu, ou pu avoir, la même fermeté ?

Il s’agit de rendre au capitalisme français sa vigueur et, par suite, un avenir économique à ceux des Français qui sont en déroute. Sa politique effective, quels qu’aient été les gages donnés par le passé, combine les éléments d’une politique libérale réaliste, visant l’adaptation à des conditions mondiales que nous ne pouvons changer, et une politique industrielle qui peut sembler dans la continuité de ses prédécesseurs (sauvetage médiatisé des canards-boiteux et gestion sociale du déclin) mais avec un accent plus volontariste ou même colbertiste : par exemple, lors de la nationalisation des chantiers navals de Saint-Nazaire.

L’économie française porte, par rapport à l’économie allemande, un surpoids de dépense publique. Mais la réduction des dépenses publiques produit une récession que l’on ne peut amortir que par un énorme effort d’investissement. Celui-ci doit être en grande partie européen, c’est là l’intérêt d’avoir une monnaie commune. Le quantitative easing de la BCE (en termes concrets, sa planche à billets) détruit à terme la monnaie, sauf s’il s’oriente vers l’investissement. C’est ce que conseillait Macron sous Hollande et c’est ce qu’il veut faire. Mais pourra-t-il en convaincre les Allemands ?

Telle est sans doute la substance de sa politique économique européenne. Le reste paraît relever davantage d’une recherche d’image et de l’entretien d’un rêve.

La manœuvre est très délicate, à cause de son ampleur et de l'aveuglement des populismes, et parce qu’elle dépend largement des Allemands. Mario Draghi n'a plus qu'une année de mandat. Si le quantitative easing ne peut pas porter l'investissement, la réforme en France ne peut pas se faire sans une forte récession, et tout deviendrait imaginable alors, en France et en Europe. 

  

 

3° Qu’est-il permis d’espérer ?

 

Si le début de sa présidence est plutôt positif et encourageant, sa démarche appelle les mêmes réserves que nous pouvions faire au sujet du programme de François Fillon. On comprend que le président monarque semble essayer de définir un positionnement central, éloigné du clivage droite/gauche en ce qu'il a d'idéologique et de dépassé devant la révolution industrielle numérique et la mondialisation, et combinant les deux dimensions en ce qu’elles ont de complémentaire. Mais entre ce concept prometteur et un mécanisme opératoire, il y a de la marge.

Questions. Non seulement : la cure d’austérité sera-t-elle accompagnée d’une relance innovante de l’investissement, qui rendrait un avenir à la partie de la population qui aujourd’hui n’en peut plus ?    Mais encore : par quoi remplace-t-on la social-démocratie qui ne marche plus en régime économique globalisé ? Sûrement pas par rien du tout. Mais par quoi ? Au-delà de l’intention centriste équitable, dispose-t-on d’une vision économique et sociale originale et véritablement centrale ? Le capitalisme est la condition indispensable à l’existence décente des masses, mais il a désespérément besoin d’un supplément d’âme pour les aider à survivre et pour survivre avec elles.

Les limites du pouvoir politique sont toujours marquées par la culture. Faute d’un renouveau humaniste et mystique, il est vain d’espérer un grand dynamisme historique. Tout au plus un réformisme intelligent et toléré, qui serait déjà un progrès, mais pas la grande œuvre historique dont la France a besoin, comme les autres nations d’Europe.  

Ce qui débilite la France en profondeur, ce ne sont pas certains défauts ataviques et bien connus, qui sont parfois les contreparties de ses qualités ; c’est qu’une certaine culture dominante est dans un état de complet épuisement. Or l’autorité de la culture est ce qui donne force au pouvoir. Une culture moribonde ne permet donc pas de réformer avec puissance. La France a ainsi besoin d’une politique éducative et culturelle qui rompe avec le nihilisme[i] sans se replier sur un simple conservatisme sans horizon et sans nouveauté. Elle a besoin d’un nouvel humanisme et non d’aberrations nihilistes. Le nihilisme n’est pas un humanisme. Toute politique culturelle nihiliste empêchera le relèvement. Tout conservatisme banal renforcera le nihilisme.

Si le président choisissait le nihilisme, et quels que puissent être ses succès par ailleurs, je pense que l'Histoire ne le choisirait pas. Toute la question est donc de savoir si Emmanuel Macron choisira d'avoir un destin ou d'accomplir une grande destinée.

P.S. Peut-être aurons-nous, ce dimanche soir 15 octobre 2017, avec la longue intervention présidentielle à la télévision, un début de réponse à cette question. 

 


[i] Le ministre Blanquer semble tenter de limiter certaines aberrations de l’éducation nihiliste.

 

François a raison. Pourquoi il a raison.

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Mise à jour le Vendredi, 13 Octobre 2017 15:12 Écrit par Henri Hude

 

 

 

Un flot de critiques.

 

Les récentes déclarations du pape François recommandent envers les migrants une politique d’accueil, et envers l’islam une attitude bienveillante. Ces déclarations font l’objet de critiques, notamment de la part de certains catholiques, s’ajoutant à celles qui ont suivi la publication d’Amoris laetitia.

Ces critiques peuvent différer entre elles par la forme et le ton, elles convergent quant au fond et quant à la sévérité. Concernant l’islam, le pape est accusé ou d’ignorance, ou de dissimulation, ou d’illusion et de déni, surtout quand il en parle comme d’une « religion de paix ». Concernant les migrants, il est accusé carrément d’idéalisme et d’utopie, de manque de bon sens et de prudence, d’inconscience et d’irresponsabilité, d’atteinte aux intérêts légitimes de nations européennes, de trahison de la chrétienté dans une guerre de civilisations, enfin d’innovations théologiques hasardeuses, contraires aux enseignements du Catéchisme de l’Eglise catholique et de la doctrine sociale de l’Eglise, notamment sur le bien commun et sur les nations.

 

 

Un grand politique.

 

Contrairement à ces critiques, j’estime d’abord que je n’ai pas à estimer si le pape est catholique. Il l’est par définition, ou alors il faut cesser d’être catholique[1].

Ensuite, mon opinion est que le pape est un grand politique, non pas de type machiavélien, mais de type jésuite. La nuance peut échapper, elle est pourtant fondamentale. Le jésuite Baltasar Gracian (L’art de la prudence, 1647, traduction française, 1684, Rivages, 1994) m’a toujours semblé beaucoup plus intelligent que Machiavel. C’est en le lisant que j’ai senti se dissoudre l’opposition superficielle inventée par Max Weber et rebattue depuis entre une soi-disant « éthique de responsabilité » et une soi-disant « éthique de conviction ».

Pour être un grand politique, contrairement à ce qu’on peut penser, il n’est besoin ni d’hypocrisie, ni de cynisme, bien qu’il faille beaucoup d’habileté et de finesse. Pour se passer des bas moyens, il faut avoir une vision juste et un projet équitable.

Pour avancer sur les questions de l’immigration, de l’islam, et d’une conduite chrétienne et prudente dans ces domaines, j’ai choisi de ne pas me perdre en explications de textes, mais de proposer des éléments de réflexion.

 

PREMIER ELEMENT DE REFLEXION : PARTIR GAGNANT

 

Si je comprends bien, le pape François n’agit pas en fonction d’une déchristianisation tenue pour inéluctable et encore moins en gérant d’une décroissance de l’Eglise acceptée comme une fatalité. Ceux qui le critiquent se comportent comme s’il fallait seulement ralentir à coup de négations et de réactions le rétrécissement d’une peau-de-chagrin. Ce défaitisme n’est pas justifié. L’humanisme moderne des Lumières a pratiquement cessé d’exister. Le nihilisme postmoderne n’est qu’une phase transitoire, aucunement capable de le remplacer comme source spirituelle du monde humaniste. L’empire américain, qui structure encore notre monde, est en pleine confusion. La démocratie et la solidarité sont à repenser devant la mondialisation qui les remet en question. La révolution industrielle prend une ampleur inédite, et repose la question de la spécificité et de la place de l’homme. Dans un tel contexte de transition et de progrès, la foi chrétienne a évidemment un rôle majeur à jouer dans la nouvelle culture humaniste qui se prépare et dont le monde entier a besoin.

L’idée que les peuples ne reviendront pas au catholicisme est certainement vraie si les catholiques ne suivent pas la direction tracée par le pape. Mais s’ils la suivent, elle est probablement fausse.

Que nous enseigne en effet l’expérience ? En Russie, 70% des citoyens se définissent aujourd’hui comme chrétiens orthodoxes. Ils étaient 10% en 1991. C’est une lame de fond, qui concerne aussi bien les classes populaires que les plus aisées et les intellectuels. J’ai pu le constater moi-même en discutant avec des universitaires russes. La pratique n’est pas à un tel niveau, mais les non-pratiquants se reconnaissent orthodoxes.

L’expérience montre donc en réalité une extrême résilience des structures de fond d’une culture de tradition chrétienne, quelle qu’ait été l’empreinte de l’athéisme et du laïcisme agressif d’Etat. Les laïques français sont des catho-laïques. La forme entière du christianisme, surtout du catholicisme, subsiste dans les rejets dont il fait l’objet, pour des raisons diverses parfois bien compréhensibles. Bien souvent, on a vu les peuples s’éloigner de l’Eglise, en raison d’objections légitimes et substantiellement catholiques contre l’étroitesse d’esprit des églises nationales elles-mêmes en difficulté avec Rome.

Certes, l’expérience montre aussi qu’une grande pauvreté morale peut coexister avec un retour réel profond de la foi et que la société qui se presse aux portes des églises est toute cabossée. Ces faits tendent à justifier l’intuition du pape sur l’Eglise-hôpital de campagne et sur la pastorale de la miséricorde.  Son problème est d’anticiper le retour des peuples à l’Eglise en préparant l’Eglise et en se disposant à gérer l’immense problème pastoral que cela va poser.

Chez nous, le nihilisme, quand il va jusqu’au bout, finit en ceci : rien. Le vide. La nature a horreur du vide. L’idéologie laisse place au gros bon sens. L’homme se redécouvre animal religieux. Si l’islam arrive à remplir en partie ce vide, il n’y a aucune raison pour que le christianisme n’y arrive pas, et bien davantage. Le déclic se produira quand les chrétiens auront clairement repris l’initiative culturelle, ce qui ne saurait manquer de se produire. Il ne s’agit pas de faire du tapage avec des idées réactionnaires, mais de retrouver la crédibilité et l’universalité de la foi. D’un point de vue culturel et politique, il s’agit de travailler au renouveau de l’humanisme afin d’y intégrer les progrès innombrables de notre époque.

A SUIVRE



[1] Inutile de rappeler ici l'enseignement de Vatican I (1870). L'infaillibilité pontificale ne concerne que les matières de foi et de moeurs, en connexion directe avec le salut éternel. Le pape n'est donc évidemment pas infaillible à jet-continu sur tous les sujets. En particulier, ses opinions politiques personnelles n'engagent que lui. Il faut donc savoir trier loyalement, dans une déclaration, en fonction du contexte et du genre littéraire, ce qui relève de l'essentiel dont il a la charge et ce qui n'est que contingence, méritant toutefois en général attention sérieuse et respectueuse.  

   

Analyse du changement politique en cours

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Mise à jour le Lundi, 26 Juin 2017 15:09 Écrit par Henri Hude

 

 

Deux remarques préliminaires.

1° Cet article, non partisan, ne présume en rien de l’action future du Président Macron. Celui-ci a été porté au pouvoir par ses soutiens et les électeurs, pour faire une certaine politique. Lui-même mènera la politique qu’il voudra, s’il y arrive.

2° Cet article analyse un système et un fonctionnement de forces objectives (culturelles et matérielles). Cette structure est en grande partie indépendante du vécu subjectif de ses acteurs.

 

 

 

La thèse est la suivante : nous sommes en train de passer d’un système de pouvoir A à un système de pouvoir B. Le problème qui se pose : en quoi précisément consiste ce changement ?

 

Dans le système de pouvoir A, nous trouvions trois éléments fondamentaux :

1er élément : un parti de gouvernement dit « de gauche » (le PS), dans lequel le partenaire majeur était constitué par un noyau libéral « de gauche » ; celui-ci contrôlait un partenaire mineur, constitué par le parti populaire, c’est-à-dire ceux qui se soucient de l’avenir économique des Français qui ne sont pas connectés aux opportunités de la mondialisation. 

2ème élément : un parti de gouvernement dit « de droite », (LR), dans lequel le partenaire majeur était également constitué par le noyau libéral « de droite » ; celui-ci contrôlait un partenaire mineur, constitué de ceux qui se définissent (et certains à tort) comme des conservateurs. 

3ème élément : un tiers parti, véritable « ballon d’expansion », réputé hérétique et infréquentable, composé de mécontents non constructifs et d’une variété d’extrémistes en tous genres, géré par une dynastie forte en gueule mais superficielle. 

 

Le fonctionnement du système de pouvoir A conduisait à des alternances devenues relativement fictives ces dernières années, faisant succéder un libéral de gauche à un libéral de droite, ou inversement, pour mener toujours pratiquement la même politique (1), d’ailleurs très modérément libérale (2). L’origine de cette alternance est bien entendu l’ancien bipartisme social-démocrate, où la gauche populaire et laïque alternait au pouvoir avec la droite patronale et plus traditionnelle.

 

(1)  La différence entre les libéraux « de gauche » et les libéraux « de droite » est de plus en plus ténue

Depuis que la mondialisation et une nouvelle révolution industrielle ont remis en cause les fondements de la social-démocratie, les deux partis de gouvernement ont pratiqué la même politique, qui est au fond une politique conservatrice, et que l’on pourrait résumer ainsi : (i) certes, le monde a changé et tout ce que nous avons construit est aujourd’hui obsolète, pacte social, rôle de l’Etat, forme de la solidarité, droit du travail, stratégie économique. Même l’Union européenne date d’une époque révolue. (ii) Pour réformer notre pays et l’adapter aux évolutions du monde, il faut une autorité politique immense, une génération de travail sur des réformes structurelles et une stratégie économique qui ne manqueront pas de déclencher des troubles. (iii) A peu d’exceptions près, l’opinion publique se désintéresse totalement de ces évolutions, et ni le peuple ni les élites ne sont prêts à entreprendre ensemble un tel travail de réformes. Aussi, tout politicien portant un véritable projet de réforme se fera éliminer systématiquement par le conservatisme général. (iv) Il est donc urgent de ne rien faire, quitte à laisser se dégrader notre pays dans toutes ses dimensions, à commencer par les perspectives économiques des classes populaires. (v) Quand le niveau de conscience sera suffisamment élevé, il sera toujours temps d’agir.

 

(2)  La France n’est pas aujourd’hui un pays libéral

Comment l’être avec par exemple un tel niveau de dépense publique et un Etat aussi tentaculaire ? Quand on parlait de gauche ou de droite libérale, dans le système A, et quelques exceptions près, on parlait de politiques professionnels ou de technocrates, pétris de traditions solidaires et dirigistes en grande partie dépassés par les évolutions du monde, mais qui se piquaient de libéralisme. Comme ils ne cherchaient pas à en tirer les conséquences politiques, mais agissaient en conservateurs, ils avaient un peu de la superficialité des grands seigneurs du XVIIIème siècle, à la fois libéraux et attachés aux droits féodaux...

Une partie notable de ce personnel a été emportée lors des dernières élections, ce qui est indiscutablement un premier pas vers des réformes du pays.

 

 

 

En quoi consiste maintenant le système de pouvoir B ? Et pourquoi est-on passé de A à B ?  

 

Or donc, le niveau de conscience de la dégradation économique ayant été croissant ces dernières années, le système de pouvoir A cesse de fonctionner peu à peu. C’est ce que nous avons observé tout au long de la présidence de François Hollande, son parti de gouvernement ayant perdu sa cohésion. Puis, fin 2016 et début 2017, lors des élections primaires, la situation s’est dramatisée.

Dans le parti de gouvernement « de droite », les libéraux (Juppé) ont perdu face aux « conservateurs » (représentés par Fillon). Cela démontre que lorsqu’on retire de la droite les classes populaires, il reste des patrons, des libéraux, mais aussi un grand nombre de « conservateurs ».

Dans le parti libéral « de gauche », les « populaires » (Hamon) l’ont emporté. Cela montre qu’à gauche, le rapport de force entre les libéraux et les populaires s’est inversé.

Enfin, le ballon d’expansion à cru considérablement, et s’est dupliqué, avec désormais face au Front National, la puissante France insoumise.

Les libéraux (qu’ils fussent « de gauche » ou « de droite ») étaient donc en danger de se voir balayés du pouvoir. C’est ainsi qu’a été mis en place le système de pouvoir B, qui était en préparation depuis quelque temps. Le talent d’Emmanuel Macron fut 1° de s’imposer en France comme celui qui le mettrait en œuvre, et 2° d’y parvenir avec brio.

Le nouveau système de pouvoir est très simple : il consiste essentiellement dans la fusion des libéraux « de gauche » et des libéraux « de droite ».

A partir du moment où les libéraux sont unis et où leurs opposants sont irrémédiablement divisés (les populaires divisés entre « extrême-droite » et « extrême gauche », et les « conservateurs » assez largement isolés), la victoire des libéraux est assurée. Le seul obstacle sérieux à la réalisation de ce plan était la candidature de François Fillon. L’obstacle a été levé par une action médiatique et juridique brillamment coordonnée. Les « conservateurs » sont ou bien éliminés, ou bien redeviennent le partenaire mineur des libéraux. 

 

 

 

Quelques précisions nécessaires

 

L’analyse précédente aurait quelque chose de trop simplificateur sans les précisions suivantes :

1° Nous sommes encore dans une période transitoire entre le système A et le système B. Il est normal qu’existe un fort décalage entre le structural et le vécu conscient.

2° L’ambigüité de la situation a facilité le succès de LREM. Si on avait proposé au pays de voter pour une alliance LR-PS, évidemment le succès aurait probablement été nul. Durant les élections, la présence du PS et des LR a permis, involontairement bien sûr, d'occulter le sens structural du changement qui était en cours, de faire ressortir fortement tous les éléments réels de nouveauté, tout en dissimulant la continuité stratégique sous la discontinuité tactique. Etait ainsi accréditée la thèse d'un changement substituant à un système droite/gauche jugé avec raison de plus en plus impuissant et vide de sens,

         ou bien un système ni droite, ni gauche,

         ou bien un système centriste,

         ou bien encore quelque chose d’autre, on ne savait quoi, mais qui au moins permettrait de faire place nette.

Ces trois options, chacune pour ses raisons, avaient toutes les faveurs de segments de l’électorat, dont la somme faisait une majorité.   

 

3° Certains éléments résiduels du système A subsisteront encore un temps indéterminé. Ils peuvent éventuellement servir dans l'avenir, si l'on veut tenter de réactiver ce système A, en cas d'échec du Président à réformer le pays.

 

4° En quel sens le changement politique en cours peut-il être qualifié de centriste ?  Réponse : la fusion des libéraux de gauche et de droite, qui ne différaient pratiquement plus, est devenue possible après une exclusion de fait des populaires d’un côté, des conservateurs de l’autre. Mais, comme la fusion droite/gauche exclut à la fois les conservateurs et les populaires, il ne s’agit que d’un centre entre libéraux, ou d'un parti bourgeois unifié, non d’un centre au sens ancien, un centre « substantiel », qui consistait à chercher un compromis entre des positions libérales, populaires et « conservatrices ». Sans doute y a-t-il là une ambigüité majeure, sur laquelle a joué le candidat Macron, comme le montre le vote presque unanime en sa faveur de la France de l’Ouest. Le MODEM est issu, rappelons-le, de la démocratie chrétienne centriste. Mais maintenant, le Président aura à tenir compte de cette demande centriste « substantielle », qui croit avoir obtenu satisfaction et qui risque de se sentir flouée. Car entre le centre des libéraux et un centre qu’on peut appeler « substantiel », il y a un grand écart. L’inconnue est de savoir si le Président Macron voudra et pourra mettre en œuvre, notamment via l’Europe, une politique combinant ces deux centrismes qui n’ont guère de commun que le nom.

 

 

 

Les libéraux ont ainsi gagné cinq ans

 

Ils se maintiendront au pouvoir tant que le parti populaire sera divisé entre deux partis qui se haïssent, ce qui a l’air assez bien parti. Si jamais la prolétarisation continue et fait passer les populistes d’environ 45%  de la population aujourd’hui (sur la base des scores du 1er tour), à plus des deux tiers, alors il sera temps ou bien de modifier le droit de vote, ou bien de créer un troisième parti populiste, haï à la fois par le front national et le front de gauche. Sur le papier, un parti islamiste conviendrait tout à fait.

Les libéraux se maintiendront au pouvoir tant que les partis populaires resteront des partis « réactionnaires », c’est-à-dire opposés aux évolutions du monde dont beaucoup, comme les révolutions industrielles et l’ouverture au monde, sont irréversibles. Incapables de proposer un idéal de justice qui ne soit pas de type révolutionnaire passéiste ou extrémiste, ils ont aujourd’hui peu de chance de gagner une légitimité suffisamment large, et leur capacité à passer des alliances de gouvernement est limitée.

Mais surtout, les libéraux se maintiendront au pouvoir s’ils arrivent à réformer le pays tout en lui rendant un véritable avenir économique, et à associer tous les Français à cette réforme.

La principale inconnue, sans aucun doute, est donc de savoir si la fusion dont nous parlons ici marque l’apparition d’un parti véritablement réformateur, capable de rigueur, d’imagination et d’équité, ou n’est qu’une fusion entre gens qui se disent libéraux mais qui seront in fine aussi conservateurs ou impuissants que les anciens partis du système A. Ou s’ils ne parviendront pas à surmonter les oppositions, à cause d’une base électorale trop étroite.

 

 

 

La gestion du système de pouvoir B risque en effet de s’avérer plus difficile que celle du système précédent.

 

1° Il est beaucoup plus difficile de contrôler des formations indépendantes que des partenaires mineurs au sein de coalitions.

2° La recomposition qui vient d’avoir lieu a l’apparence d’un succès total des libéraux, mais représente aussi un repli sur une dernière ligne de défense, certes solide. Mais la passivité et l’échec ne sont plus possibles, car l’option de l’alternance paraît plus difficile maintenant. Si le parti libéral unique est battu, c’est toute la politique libérale qui pourrait-être emportée pour un temps.

3° Le nouveau système offre au pouvoir des occasions beaucoup plus faibles de diversion. On comprend qu’il est relativement facile à deux partis de gouvernement d’accord sur le fond de mettre en scène un désaccord fictif sur des points réputés mineurs. Ce n’est plus la même chose pour un seul parti de gouvernement.  

4° La plus grande faiblesse du nouveau Président est sa trop grande victoire. Avec près de 60% d’abstention, la base est très étroite, le soutien effectif, tous soutiens possibles confondus (même en incluant les Républicains), ne représentant pas plus de 20% des adultes et beaucoup moins parmi les jeunes. Quand on regarde l’assemblée nationale, on y voit massivement représentée la partie innovante et éclairée du pays, en quelque sorte la bourgeoisie de la révolution industrielle numérique. Les politiques à l’ancienne mode ont été liquidés à 75%, mais l’énarchie paraît renforcée. A long terme, il faut espérer que tous les Français feront partie d’une unique catégorie profitant de la mondialisation. Mais aujourd’hui, à l’Assemblée, il y a fort peu de représentants des classes populaires. C’est un risque important, surtout si c’est à elles que l’on demande de porter le poids des réformes.

 

 

 

Une dernière remarque au sujet de « conservateurs »

 

 Dans le sillage de La Manif pour tous, un mouvement « conservateur » s’était réaffirmé. Ces conservateurs « moraux » (pour une bonne part, des catholiques) ont failli réussir à pousser Fillon à la présidence. Quelle eût été sa politique effective et leur situation après la victoire de ce dernier ? Nul ne peut l’assurer. Ce qui est certain, c’est que la manœuvre a clairement eu des chances de réussite, elle a échoué, et la « vengeance » a été dure, les « conservateurs » étant assez largement rejetés hors de l’espace politique. C’est d’ailleurs pourquoi la qualification de « conservateur » devient impropre, car elle suppose un poids social et politique important, ainsi que la défense des traditions nationales communément acceptées.

Ces « conservateurs » devraient s’interroger sur le rejet qu’ils ont inspiré de la part de tous, et ne pas chercher trop vite d’explication flatteuse.

Ils doivent prendre acte de l’échec de leur politique d’abord et presque exclusivement « culturelle ». Nous vivons dans une époque de révolution industrielle et technologique. Grâce à ces progrès, l’humanité se pose des questions nouvelles qui demandent un approfondissement des traditions. Et nul ne peut l’emporter en menant une politique systématiquement réactive, focalisée sur les questions de mœurs, et aveugle à la question sociale qui devient la première question politique.

Le Pape François a choisi une direction très juste, aux deux sens du mot, et les « conservateurs » auraient été avisés de s’inspirer davantage de ses directives. Ce qui a remis le christianisme en selle au XIXème, c’est le long travail sur la solidarité sociale, et le souci des pauvres.

Parmi les traditions de notre pays, il y a la solidarité sociale, qu’il faut réinventer aujourd’hui. Il y a aussi la démocratie, qui disparait petit à petit, écrasée par un libéralisme aristocratique. Il y a l’humanisme et l’universalité de la culture, qu’il faut aussi renouveler en répondant aux objections et aux blessures de l’humanité postmoderne. 

Comment être « conservateur » aujourd’hui, alors que toutes les traditions doivent être profondément redéfinies à la mesure des évolutions du monde ?

Prenant acte de l’apparition d’un nouveau prolétariat, les « conservateurs » pourraient fonder une politique populaire moderne, au nom des traditions évoquées plus haut. Les partis populaires n’ont ni programme, ni élite constructive. Il y donc une opportunité : se proposer pour faire partie des représentants efficaces et sincères des intérêts du nouveau prolétariat, fait d’immigrés, de paumés, de classes populaires, d’inéduqués. Cela demande une véritable option préférentielle pour les pauvres. Et cela demande peut-être de commencer par ne pas évoquer uniquement des sujets qui donnent l’impression aux gens qu’on leur fait la morale, alors qu’ils sont blessés dans toutes les dimensions de leur humanité.

Si ce travail n’est pas fait, et si la peur des pauvres et des immigrés continue à dominer les « conservateurs », il ne faudra pas s’étonner si les classes populaires redeviennent anticléricales.

 

   

25 avril 2017. Réflexions sur le résultat du premier tour des présidentielles

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Mise à jour le Mardi, 25 Avril 2017 21:46 Écrit par Henri Hude

 

 

Au-delà des sujets d'insatisfaction, de bonnes raisons d’espérer.

 

Nous allons probablement vers des jours sombres, mais « en même temps » nous avons de plus en plus le droit d’espérer. C’est un paradoxe. Voici les raisons d’espérer.

Je parle ainsi, car je crois dans l’avenir de la France. Ce n’est pas simple sentiment profond, c’est aussi raison. Cette élection, paradoxalement, nous fournit un argument pour y croire.   

Car si nous l’observons bien, nous voyons que cette France d’après-demain, celle qui connaîtra (par hypothèse) une véritable Renaissance, est déjà là, bien que seulement en pièces détachées : c’est triste qu’elle ne soit là qu’en pièces détachées, donc en pièces tout court, mais ce qui est heureux, c’est qu’on puisse exposer toutes ces « pièces détachées ». Il suffit pour cela de dire un mot sur les quatre candidats, pris un par un. Et aussi de noter avant cela que les quatre représentants les plus évidents de la France morte (Hollande, Sarkozy, Juppé, Valls) ont été impitoyablement « dégagés » avant la compétition. Parlons des candidats.

 

Mélenchon d’abord.

Seul de tous les candidats, Mélenchon a une forte culture, un langage classique et une élévation philosophique. En ces temps postmodernes, il a fait revivre – sous une forme malheureusement idéologique - la tradition oubliée de l’humanisme. Pas l’humanisme postmoderne sans foi ni loi, mais le grand humanisme moderne (« Patrie bien-aimée », « l’heure des caractères et de la conscience », etc.). C’est la référence à cette tradition qui lui donne son souffle et son autorité. Ainsi groupe-t-il derrière lui un cinquième et virtuellement un quart des Français. Il y a chez lui une magnifique liberté dans sa façon de reprendre l’ascendant sur de certains roquets qui se croient tout-permis. Bien sûr, il lui manque la rationalité économique. Bien sûr, dans son attachement « aux acquis sociaux les plus élémentaires du pays », il ne fait pas montre d’un sens du progrès, qui lui ferait imaginer une solidarité sociale nouvelle plus en cohérence avec le monde tel qu’il est avec ses enjeux immenses et souvent magnifiques. Dans son rapport au vieux fond catholique de la France, il est partagé entre une certaine sympathie pour le pape prophète et une nette aversion pour les catholiques français, qu’il juge en majorité bourgeois et embourgeoisés, réactionnaires ou banalement « conservateurs libéraux ».

 

Fillon ensuite.

La France renaissante aura, comme Fillon en est un premier signe, une vision économique et une base catholique. Pas l’un sans l’autre, ni inversement – et pas que cela ! Néanmoins, Juppé a été écarté aux primaires, et ne pouvait pas revenir, car, comme François Hollande, il n’avait ni l’un, ni l’autre. Fillon a été détruit par les « affaires », justement parce que le fond catholique faisait essentiellement partie de son image. Mais son caractère eût-il été plus noble et désintéressé, il lui eût encore manqué quelque chose de « franciscain » – sa rationalité économique n’était pas portée par un véritable souffle humaniste, et sa catholicité était trop peu prophétique.  

 

Et Macron ?

La France renaissante aura comme Macron l’idée d’une sorte de centre, de recentrage, de réconciliation au-delà de divisions artificielles, ou d’un renouveau. Chez Macron, nous trouvons ces idées à l’état postiche : au mieux des bonnes intentions, au pire du marketing. Pourtant, il y a réellement là un élément de la renaissance. 

 

Et Marine Le Pen ?

La France renaissante sera, comme le disent et elle et Mélenchon, une nation libre, qui participera à l’édification d’un monde multipolaire, et d’une Europe indépendante, au-delà de l’impérialisme libéral. Ces thèmes leur sont communs, mais Le Pen représente surtout les prolétaires ; Mélenchon représente surtout ceux qui sont en passe de le devenir. Ces thèmes ont leur légitimité, si on sait les combiner avec les réformes fondamentales du pays et une vision humaniste des progrès du monde, si on sait les faire valoir en tenant compte des rapports de forces existants, et si on prend aussi en compte, au-delà de chaque intérêt national, le bien commun du genre humain.

 

La culture des candidats

On nous a dit qu’il y avait dans cette élection deux candidats classiques et deux candidats populistes. Ce qui me frappe davantage, c'est plutôt qu'il y a eu deux candidats à culture postmoderne, Marine Le Pen et Emmanuel Macron, et deux candidats à culture assez différente, Jean-Luc Mélenchon et François Fillon, représentant l’humanisme du passé ou le vieux fond catholique. Malgré leurs entourages respectifs saturés de postmodernes, et malgré certaines incohérences, eux-mêmes faisaient appel à deux traditions, encore vivantes, opprimées par le prêt-à-penser postmoderne.

Bien sûr, il y a dans l’entourage et l’électorat de Marine Le Pen une certaine proportion de réactionnaires et de traditionalistes, et même des catholiques tout court. Mais elle a, en fait, beaucoup plus en commun, spirituellement, avec Macron qu’avec Mélenchon ou Fillon, même si les intérêts et passions des deux finalistes divergent énormément. Pour Macron, « il n’y a pas de culture française ». Ignorance crasse ou expression malheureuse. Pour Marine Le Pen, il y a au contraire des « valeurs et traditions de la civilisation française ». Mais si on regarde comment elle les comprend, la différence avec Macron n’est pas si grande qu’il semble.  Car pour Marine Le Pen, l’adoption de ces valeurs et traditions relève d’abord du patriotisme et de l’esprit de corps, fort peu d’une adhésion au vrai et au bien donnée par l’esprit avec sa raison et sa foi, avec liberté personnelle. Elle réduit la culture française à une « identité nationale », c’est-à-dire à un particularisme, qu’on oppose à un particularisme islamiste et à l’universalisme abstrait du monde mercantile - alors que la culture française, « éclairée » ou catholique, est aussi universelle que substantielle. Ce serait donc une étrange erreur que de voir en elle une défense et illustration de la culture catholique et de la pensée françaises.

C’est vrai que la France possède un style inimitable dans sa façon de s’approprier l’universel, et ce que ce style a de plus particulier, c’est peut-être de se répandre avec tant de facilité, comme notre langue précise, claire et ordonnée, ou comme ce style « gothique », dont le nom a si longtemps été celui de « style français ». En un mot, Mélenchon et Fillon, chacun à leur façon, expriment assez bien la civilisation française. Marine Le Pen et Emmanuel Macron ressemblent davantage à des déracinés.

 

Cela dit, au-delà des mauvais côtés des candidats, au-delà des mauvaises raisons que des Français peuvent avoir eu de voter pour eux, il y avait objectivement de solides raisons de voter pour tel ou tel, car chacun d’eux donne une idée partielle (et parfois caricaturée) d’une possible renaissance nationale.

 

La France et l’humanisme

La France est un pays fondamentalement humaniste. La langue latine est l’incarnation de l’humanisme antique. La langue française surgit comme littérature au cours de la Renaissance, âge humaniste s’il en est. Cette langue se fixe au XVIIème siècle avec Descartes comme une expression idéale d’une nouvelle raison classique, en laquelle se renouvelle l’humanisme antique. Le catholicisme est depuis toujours la religion humaniste, puisque Dieu divinise l’Homme. La trace culturelle est si profonde et ineffaçable, qu’aucune rationalité économique ne peut jamais en France précéder le consensus autour d’une vision universaliste de la justice politique. Aucune rationalité économique, aucun gouvernement technique ne peut s’abstraire de ce trait fondamental de la culture nationale.

 

En faisant le portrait de ces quatre candidats, nous avons recensé les principaux éléments de la France de l’avenir. Comme on peut regretter que cette campagne ait été faussée et que les candidats n’aient pas pu débattre de la France ! Souhaitons, prions pour qu’ils s’améliorent et ne se renferment pas chacun sur sa part de vérité. Car ce qui manque encore à la France, hélas ! c’est l’esprit qui permettrait d’unir ces membres disjoints en un seul corps vivant et cohérent. C’est pourquoi, aussi longtemps que nous feront défaut ces créations culturelles, cette nouvelle synthèse humaniste, les vérités disjointes s’opposeront entre elles comme des extrémismes rivaux, et nous aurons à redouter d’aller vers des jours sombres. Mais les éléments sont là. Et à force de s’opposer, une synthèse finira par en sortir.

Le côté sombre du tableau, pas besoin de s’y attarder ce soir, car nous le connaissons tous.

 
   

Pourquoi on ne peut exclure un second tour Mélenchon/Fillon

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Mise à jour le Dimanche, 16 Avril 2017 13:11 Écrit par Henri Hude

Voici quelques réflexions sur la campagne présidentielle et une conjecture sur son résultat.

 

1° Comment expliquer la montée de Mélenchon ? Réponse : par la peur de la prolétarisation.

 

Le fait majeur est ici la tendance à la prolétarisation, qui frappe un peuple jusqu’alors aisé. En raison de l’absence de politique économique adaptée, et depuis quarante ans, un grand nombre de Français sont prolétarisés et un nombre plus important encore est en passe de le devenir. La raison en est l’incohérence de nos dirigeants, tentant de préserver le socialisme au niveau national, tout en voulant jouer le jeu de la concurrence au niveau mondial.

Les Français prolétarisés votent Le Pen de manière très significative et représentent la grande majorité de ses électeurs. Mais, il y a aussi les prolétarisables. Eux, votent Mélenchon. Les prolétarisés sont pour l’essentiel issus du secteur privé (agriculteurs, ouvriers, employés d’industries mortes ou délocalisées). Les Français prolétarisables se situent dans la sphère publique, ou s’y rattachent. L’emploi public permet de masquer la réalité du chômage, mais chacun sait que cela n’est pas éternel.

Ni le vote Le Pen, ni le vote Mélenchon ne se produiraient avec cette ampleur, sans cette tendance à la prolétarisation des classes moyennes et populaires.

Jusqu’à l’élection de 2012, beaucoup de Français prolétarisables se sentaient encore en sécurité. Mais aujourd’hui, beaucoup votent par anticipation comme des pauvres. Depuis la politique de Valls, ils ont pris peur et ne se sentent plus sécurisés par les socialistes. Les prolétarisables de la sphère publique, étant donnée leur culture d’origine, se tournent vers un autre candidat populiste, qui leur parle davantage.  

 

 

2° Si ce qui précède est exact, on comprend alors sans difficulté la montée de Mélenchon, la chute de Hamon, la remontée de Fillon et le glissement régulier de Macron et de Marine Le Pen.

 

Premièrement, l’électorat de Macron incluait sans doute un certain nombre de Français prolétarisables qui subjectivement se sentaient encore sécurisés. Cette campagne agit sur eux comme un électrochoc. Ils prennent peur et cherchent un protecteur,  comprenant tout à coup que Macron = Hollande = Valls = prolétarisation inévitable. 

 

Deuxièmement, il est vraisemblable  que la montée de Mélenchon se poursuive au détriment de Marine Le Pen. Appelons ce phénomène : « vote utile populiste ». Les prolétarisables ont intégré que Marine Le Pen ne sera pas élue, en tout état de cause, et que Mélenchon offre de plus grandes chances de l’être. Quant aux prolétaires, ils ont bien du mal à croire à l'élection de Madame Le Pen. D’où un phénomène possible de porosité entre leurs électorats respectifs, notamment au niveau des couches ex-ouvrières, ce qui serait simplement au retour au bercail communiste d’une partie de l’électorat ouvrier ou prolétaire, mais dans des proportions qui permettraient à Jean-Luc Mélenchon de dépasser Marine Le Pen.

C’est probablement ce qui se produit. Hamon ne rassemble plus aujourd’hui que la clientèle minimale socialiste, mais pratiquement incompressible. La montée de Mélenchon ne peut donc s’expliquer que s’il mord sur Le Pen et Macron, mais surtout sur Le Pen.

 

Troisièmement, l’électorat de Macron se dégonfle aussi au profit de Fillon, pour deux raisons.

A)             D'abord, cet électorat inclut bien des modérés chez lesquels tout à coup renaît la vieille « peur des Rouges ». L’inertie des systèmes et mentalités est très grande. Macron, c’est encore la gauche ; or, la gauche, c’est traditionnellement l’union de la gauche ; cette union avait permis sous Mitterrand d’annuler le « rouge » en le rendant très minoritaire ; mais voilà que le « rouge » fait de nouveau jeu égal avec les « roses », les socialistes, voire les écrase ; donc, l’union de la gauche redevient  le socialo-communisme dur. Et la peur du « rouge » profite à Fillon.

 

B)             Ensuite, les électorats de Macron et Fillon incluent tous ceux qui sont adaptés à la mondialisation. Mais, pour rassurés qu’ils soient sur leur avenir personnel,  ces électeurs, relativement cultivés, savent qu’il faut absolument une rénovation, c’est-à-dire une réforme du système. Or, Macron représente la politique conservatrice, la continuité avec Hollande, qui évidement le soutient. Très habilement, on avait réussi à déguiser le conservatisme sous une apparence d’invention, de jeunesse, de nouveauté, de changement, d’outsider, de hors-système, etc. Telle était la ruse de Hollande. Cette ruse est en train de faire long feu. De plus, il n’y aura pas de réforme sans majorité parlementaire. Or, nul ne voit plus désormais comment Hollande-Macron pourrait échapper à la malédiction de l’impuissance, qui a frappé Valls durant tout son ministère. Avec Hollande II, la France sera dans l’impasse pendant encore cinq ans. Conclusion : glissement vers Fillon, dont on peut raisonnablement espérer qu’il tente une vraie réforme et dispose d’une majorité.

 

 

3° Peut-on anticiper dans ces conditions le résultat du premier tour ?

 

Ma réponse est oui. Bien entendu, il s’agit de « futurs contingents », que l’homme ne peut connaître avec une entière certitude. Toutefois, le raisonnement permet d’anticiper avec une certaine assurance. Voici le principe du raisonnement : outre la tendance à la prolétarisation, l’autre fait majeur aujourd’hui, c’est la fin du magistère des médias. Le gouvernement de l’opinion par le magistère des médias se change en son contraire ; car l’opinion fait désormais systématiquement le contraire de ce que lui disent les médias. Si donc on prend en compte ce que prescrivent les médias, il est aisé de prévoir ce que fera l’électorat. Voici le rappel des preuves :

 

Premièrement, les médias avaient dit que des primaires de la droite et du centre, devaient sortir Juppé, ou alors Sarkozy – c’est pourquoi, l’opinion a choisi Fillon.

 

Deuxièmement, les médias avaient dit que des primaires de gauche devait sortir Valls – c’est sans doute pourquoi l’opinion  a choisi Hamon.

 

Troisièmement, les médias sont entrés à fond dans la manœuvre d’élimination de Fillon, qui apparemment n’avait pas le droit de gagner contre l’avis du magistère médiatique, et devait donc être remplacé ou par Juppé bis, ou par rien du tout. Mais voilà, l’opinion a fait le Trocadéro et permis, contre toute attente, le maintien de Fillon.

 

Conclusion ? Jusqu’à aujourd’hui, les médias, sondeurs, etc. prescrivent un second tour Macron/Le Pen. Et Marine Le Pen a probablement commis l’erreur d’entrer dans ce jeu. Nous pouvons donc conjecturer que, très probablement, l’opinion éliminera aussi cette solution. De plus, les médias continuent d’anti-prescrire Fillon et de prescrire indirectement Le Pen, la tenant pour incontournable, ce qui semble les arranger[1]. Si donc l’opinion réagit une fois de plus comme elle vient de le faire trois fois, et si nous admettons ce phénomène de « vote populiste utile », alors nous pouvons anticiper logiquement le résultat probable du premier tour : 1° Mélenchon ; 2° Fillon.  

C’est d’autant plus probable que le Président Trump, par opportunisme politique, risque de nous entraîner dans la guerre et peut-être même la guerre nucléaire. Or les Français veulent la paix. Mais, dans la conjoncture présente, Macron, c’est Washington, l’OTAN  et la guerre ; Fillon, c’est l’indépendance relative et la paix – tout comme Chirac au temps de la guerre en Irak. Idem d’ailleurs pour Mélenchon.

Voilà pourquoi j’estime qu’il faut aussi se préparer à un second tour Mélenchon/Fillon.



[1] En effet, les prolétarisés pourraient venir voter en masse Mélenchon avec les prolétarisables ; mais inversement que les prolétarisables viennent déjà voter avec les prolétarisés, cela semble beaucoup moins sûr, pour des raisons à la fois culturelles et matérielles. 

   

Pour qui je vote et pourquoi

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Mise à jour le Mercredi, 12 Avril 2017 16:58 Écrit par Henri Hude

 

A moins de deux semaines du premier tour de la présidentielle, voici pour qui je vote et pourquoi.  

 

1° La situation internationale est préoccupante. Nul ne sait jusqu’où ira l’hubris américaine pour rétablir son leadership. Nul ne sait ce que nous réserve l’opportunisme du Président Trump. L’intérêt premier de notre nation est la paix. Ne pas se laisser entraîner dans des aventures militaires, en Ukraine, en Syrie, en Corée ou Dieu sait où. Fillon, Le Pen, Mélenchon sont les trois candidats de la paix. C’est moins le cas de Macron qui est plutôt le candidat du suivisme atlantiste. La paix est la question qu’on pose le moins. Pourtant c’est la plus importante.

 

2° Relativement à la situation nationale, il y un candidat conservateur, un candidat réformiste, et deux candidats révolutionnaires. Chacun d’eux (aux incertitudes près) est en passe de bénéficier du soutien d’un quart de l’électorat.

Le candidat conservateur est Macron. Il représente largement la continuité de la politique Hollande, avec un changement de visage. « Si nous voulons que tout reste pareil, il faut que nous changions tout. »

Les candidats révolutionnaires, sont Le Pen et Mélenchon. Il est peu probable qu’ils aient le pouvoir de révolutionner le pays. Ces deux candidats sont en revanche bien capables de nous mettre dans l’anarchie et de donner une image désastreuse de notre pays. Leurs réformes reviendront toutes à charger la barque de la dépense publique tout en dégradant la compétitivité. S’il est possible de gagner une élection sur des thèmes qui divisent, il est plus difficile de gouverner sur cette base. Sauf à abolir les libertés, ce qui est le véritable risque de ce genre d’expérience indigne d’un grand peuple.

Le seul candidat réformiste est Fillon. Avec mesure et sur la durée, il veut rétablir la compétitivité du pays, équilibrer notre système social, moderniser la sphère publique, arrêter l’évolution délirante dans l’Education nationale. Ce sont les dossiers qui sont en attente depuis plus de trente ans et qu’il faut impérativement faire avancer. Ce programme est très travaillé et se veut le premier chapitre du redressement national. Une fois réformée, la France peut alors retrouver un rôle moteur en Europe.

 

La campagne électorale a été décevante. Elle est un pur exemple de superficialité et d’arrogance à la française. Chez les dirigeants politiques, chez les journalistes, chez les juges, et peut-être chez beaucoup d'entre nous, les Français. Et cela alors qu’il s’agit des intérêts vitaux de la nation. Dans notre histoire, avons-nous jamais été aussi proche d’avoir l’extrême gauche au pouvoir ? Avons-nous jamais été aussi proches d’avoir au pouvoir ce mélange instable de jacobins et de réactionnaires qu’est le FN ?

Notre pays a absolument besoin de paix et de réforme. Le futur président ne peut se proposer que des objectifs modestes, mais indispensables à toute ambition ultérieure. Il ne faut pas en attendre des merveilles, mais de bons et loyaux services permettant à la France de retrouver sa forme.

Fillon seul a longuement travaillé son programme. Il a fait preuve d’une résistance exceptionnelle.  

Pour ces motifs, je voterai Fillon.

 

   

Un dîner en ville, aux temps de l'élection présidentielle de 2017

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Mise à jour le Mardi, 04 Avril 2017 15:37 Écrit par Henri Hude

 Le texte qui suit n’est qu’un reportage et je serais désolé qu’on me prêtât toutes les opinions que j’y rapporte. Néanmoins, il m’a paru indispensable de les rapporter, pour que certains, peut-être, un jour, acceptent de se remettre en cause, acceptant de savoir ce qu’on pense d’eux quand on s’exprime sans crainte. Le titre l’annonce : ce n’est que le récit d’un dîner en ville. Contrairement à mon usage, à partir de tout ce que j’ai entendu ce soir-là, je n’ai pas voulu écrire un article trop sérieux. Il faut donner de temps en temps dans le genre léger. Prendre certains sujets absurdes à la légère, c'est la meilleure façon de les rendre sinon à leur néant, du moins à leurs minuscules dimensions. J’accepte volontiers qu’on juge ce qui suit parfaitement stérile et vain – à condition d’admettre que ce n’est ni plus vain, ni moins stérile que (politiquement) la campagne électorale que nous sommes en train de vivre.   

 

Laissez-moi vous raconter un dîner en ville, avant que mes souvenirs ne s’évanouissent. Rappel minimal des circonstances. Le lieu : familial, plutôt cossu. Les convives : une universitaire, un ancien préfet, une directrice de site Internet, un chirurgien, un industriel, un jeune cadre fort brillant, et les conjoints desdits, plus ma femme et moi. Appelons-les dans le désordre A, Z, E, R, T, Y. Les sujets : variés, mais avec un bon tiers du temps consacré au processus électoral en cours.

 

A : Tout le monde, je pense, est d’accord : nous avons eu jusqu’ici une très mauvaise campagne.

Z : Oui. Le pays a de graves problèmes. Il n’a pas eu la possibilité d’en prendre conscience, de les cerner, de parler des solutions. Au lieu de ça, nous avons eu un feuilleton médiatico-judiciaire. Ridicule.

E : Je suis d’accord. Ça me rappelle ce qui se passait dans une des premières boîtes où j’ai travaillé. Elle était en grande difficulté. On organisait des réunions de travail avec les chefs. Tout le monde parlait sans faire avancer le sujet. Je l’ai quittée, heureusement. Elle a coulé deux ans après. 

R : La moralité des hommes politiques n’est pas un sujet sans importance.

Z : Non, mais c’est immoral d’en parler avec excès ou à contretemps. Surtout quand c’est le seul moment pour parler tous ensemble à fond de nos intérêts vitaux. Et que si on n’en parle pas, on risque tous de finir à la soupe populaire. 

T : Je trouve surtout immoral de se servir de la morale pour masquer le bilan, fuir le débat, tenter d’éliminer ses concurrents.

Le mari de Y : Franchement, moi je suis pour la morale.

Y (fusillant son mari du regard) : La presse est nulle. Sa devise : comment faire perdre leur temps aux gens et au pays.

A : Elle est surtout d’une partialité révoltante.

Z : Mais, non, elle fait son boulot. Elle est la propriété de ses actionnaires et on est en régime capitaliste. Si un journaliste ne file pas doux, il est mis au placard et change de métier. Ces gens-là n'ont pas de patrimoine et la plupart ne sauraient pas faire autre chose.

A: C’est une profession prolétarisée. Quelle indépendance voulez-vous qu’ils aient ?

E : Beaucoup sont très mal élevés. J’en ai entendu un ce matin qui interviewait un candidat. Sur un ton ! Aucun commissaire du 9-3 ne se permettrait de parler sur ce ton à un loubard. Mais pour qui se prennent-ils ?  

A : Vous disiez que la presse, c’est une danseuse ?

Z : Oui, financièrement ça coûte très cher, il faut que ça rapporte en influence. On pistonne un candidat, il vous renverra l’ascenseur.

E : Je ne sais pas. En fait, les journalistes sont plus indépendants que vous ne croyez.

Z : Ah oui ?

R : C'est vrai, j’en ai connu pas mal. On n’a pas besoin de les forcer pour dire des c.. C’est dans leur nature. Dans l’ensemble, ils ont fait ce métier parce qu’ils n’avaient pas envie de bosser sérieusement et qu’on ne les aurait pas pris ailleurs. Paresseux, peu compétents, idéologues, l’esprit faux. Ils vont d’instinct vers ce qui est bas. Et leurs actionnaires ont en général besoin de ce qui est bas. Sinon, ils n'auraient pas acheté ces gens, je veux dire ces médias.

Moi : Je vous trouve trop dur. Je dirais plutôt que c’est autre chose. La presse est un pouvoir. Et comme tout pouvoir, elle veut accroître son pouvoir, donc abaisser les autres pouvoirs. Elle sent d’instinct qui est impuissant parmi les candidats et qui est plus solide. Par le simple jeu de la volonté de puissance, elle combat automatiquement la volonté la plus forte, le contenu de pensée le plus solide, et elle soutient l’impuissant, la bulle, le flan, le discours prétentieux, vide et sentimental. Je sais qu'il y a des exceptions, mais dans l'ensemble elle sent d’instinct que le néant est dans l'intérêt de son pouvoir.

T : C'est vrai. Plus les gens ont l’esprit structuré, moins elle peut les manipuler. C’est pour cela qu’elle est toujours pour tout ce qui tend au ramollissement cérébral.

A : Et je le répète, c’est une profession prolétarisée, malheureusement, un peu comme la justice.

T : J’ai connu un président à la Cour de Cass. Il vivait dans le VIIème arrondissement de Paris. Il a dû déménager. Il ne pouvait plus payer le loyer. Des Qataris ont acheté l’appartement rénové. Etonnez-vous après du ressentiment dans ces milieux. Si ça continue, ils n’auront plus que leur petit pouvoir…

A : De nuisance !

T : Si vous voulez... leur micro-pouvoir de nuisance pour se sentir exister.   

Y : La presse, en tout cas, ne sert plus à rien. On trouve toute l’information utile ailleurs, sur les bons sites indépendants. Mais elle permet de  savoir ce que pensent ses patrons.

Moi : Comme dit Pascal, "elle serait l’indice infaillible du vrai si elle se trompait toujours". Malheureusement, ce n’est pour elle qu’une limite idéale.

Y : Mais elle s’en rapproche.

Le mari de Y : Pascal a parlé de la presse ?

Y (exaspérée, lui coupant la parole): Il a parlé de la justice.

A : Justement. La collusion politiciens-justice est choquante. Poutine se sert de la justice pour éliminer Navalny. Hollande ne fait guère autre chose avec Fillon. On comprend que l’Elysée n’ait pas fait beaucoup de bruit quand Navalny s’est encore fait coffrer.

Z : Soyons justes: Hollande n’est pas candidat.

Y : Non, mais il a réussi à se cloner avant de mourir.

E : Quand les juges deviennent des p., c’est tout de même préoccupant.

Le mari de Y : Il ne faut pas dire de gros mots.

T (à l'oreille de la femme de Z) : Il est vraiment c.. 

La femme de Z (à l'oreille de T) : Oui, mais il n'y pas moyen de l'empêcher de parler.

R : Les costumes de Fillon, c'est ridicule, ce n’est même pas les pissotières du Topaze de Pagnol. Détruire la séparation des pouvoirs, attenter à la liberté d’expression de la souveraineté populaire, fausser les élections, c’est peut-être qualifiable d’atteinte à la forme républicaine du régime.

T : Un des intérêts fondamentaux de la Nation – C.P., art.410-1.

Le mari de Y : Vous avez parlé de Topaze. Quand j’écoute la majorité des journalistes, ils me donnent l’impression de balayeurs qui enlèveraient les crottes de chiens sur les Champs-Élysées pendant le défilé du 14 juillet.

Y avale de travers. La conversation s'arrête. Elle boit. Respire. On reprend. 

A : J’ai surtout l’impression de vivre dans un pays profondément névrosé du côté de la morale. Nous voulons être gouvernés par des saints ? Et qui fait la morale et parle d’exemplarité ? Hollande. Ou alors c’est nous qui nous prenons pour des saints ? Qui n’a jamais arrondi une note de frais ? Qui n’a jamais menti pour se tirer d’affaire ? Qui n’a jamais joué ou surfé sur Internet pendant son temps de travail ? Une heure par jour en moyenne, soit pour 35 heures un vol de 14% du salaire. Pour 42 ans au SMIC c’est plus de 82.000 Euros.

Z : Ce qu’on peut reprocher à Fillon, c’est d’être trop digne. Quand l’adversaire tape en dessous de la ceinture, il faut faire de même.

E : Cela me rappelle des souvenirs. Le lendemain du jour où l’affaire des diamants a éclaté, le préfet Riolacci a débarqué, m’a-t-on raconté, dans le bureau de Giscard, chargé d’une pile de dossiers, et lui aurait dit : « Monsieur le Président, puisqu’ils veulent jouer à ce jeu, voici des jetons. » Et Giscard, scandalisé, solennel : « Monsieur le Préfet, nous ne mangeons pas de ce pain-là. » Trois mois après, Giscard était à la retraite.

R : La même chose quand Pierre Suard, PDG d’Alcatel, fait l’objet d’attaques vicieuses, en 1995. J’étais là, tout jeune. Suard réunit ses collaborateurs, hausse les épaules. « C’est ridicule. Cela ne va nulle part. » En effet, tout cela se termine par des non-lieux, mais en 2008, et par une complète réhabilitation en 2009 ! Mais, entre-temps, Suard a été viré et les intérêts auxquels il s’était opposé ont atteint leurs objectifs.

La femme de T : Tout de même, ce n’est pas bien de répondre avec un coup bas.

T : Oui, ma chérie.

Y : De toute façon, le pire est encore à venir pour Fillon !

Tous : C’est vrai ?

Y : Hélas oui.

Tous : Pas possible ? Dites-nous !

Y : Il paraît qu’il a eu un gain de trois millions d’Euros et que sur ce gain il n’a déclaré que 200.000 Euros.

Tout le monde éclate de rire.

Y : Vous ne me croyez pas ?

A : Si. Mais ça, c’est une peccadille, personne n’en parlera, surtout pas sur BFM et dans l’Express.

Y : Je sais bien. Mais normalement, Fillon ne devait pas s’en relever. Franchement, comment fait-on pour croquer trois millions en quatre ou cinq ans ?

Z : On fait la noce avec Pénélope ! Elle cache son jeu, la coquine.

E : Perfide Albion…

R : On pourrait peut-être demander à DSK ?

T : Ou regarder dans les Panama Papers ?

Y : Wikileaks nous en dira peut-être plus.

A : Ou Moscou ?

Z : Ce serait une odieuse manipulation des élections.

E : Une inadmissible ingérence. 

R : Trois millions. Pourquoi n’en parle-t-on pas ? Où a-t-il planqué ces trois millions ? Ou comment les a-t-il croqués ? Et s’il a simplement fait de mauvaises affaires avec son argent, comment lui confier le nôtre ?

Moi: Vous voyez ? Nous nous plaignons que la presse ne parle pas des choses importantes, et nous faisons comme elle ! 

Y : Vous avez raison. Alors parlons-en.

(à suivre)

 

   

Pourquoi j'irai dimanche au Trocadéro

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Mise à jour le Vendredi, 03 Mars 2017 23:25 Écrit par Henri Hude

Si des juges indépendants peuvent éliminer TOUS les candidats éligibles n’appartenant pas au parti au pouvoir, il n’y a plus de démocratie. Aujourd’hui Fillon, demain Le Pen, et après demain ? Le parti unique ? Ce serait tout aussi inadmissible sous un président de droite envers des candidats de gauche.

Ce qui est en jeu, aujourd’hui, ce n’est pas Fillon, ou Le Pen, ou demain un autre encore. C’est la liberté d’expression de la souveraineté du Peuple.  

C’est aussi le sérieux de sa volonté générale. Alors que la décision de l’électorat doit être mûrie par un débat substantiel sur les enjeux nationaux, voici trois semaines de perdues avec des histoires sans intérêt.

L'indépendance de la justice, comme la liberté de la presse, nécessitent 1° une vraie compétence, 2° une éthique professionnelle « béton », et 3° une représentativité suffisante, dans ces métiers, des diverses opinions du pays.  Nous en sommes bien loin. Cette comédie médiatico-judicaire a pour dommages collatéraux la crédibilité des médias et la dignité de la fonction judiciaire.

Voilà pourquoi j’irai dimanche 15h au rassemblement du Trocadéro, et j’y invite mes amis de toutes opinions politiques.

   

A propos de Marion Maréchal-Le Pen

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Mise à jour le Lundi, 02 Janvier 2017 19:24 Écrit par Henri Hude

 

Que penser de la faveur dont jouit Marion Maréchal Le Pen auprès d’une partie des catholiques de France ? Cet article a pour objet de répondre à cette question.

 

 

D’abord, quelle est l’identité du Front National ?

 

En devenant un grand parti, le FN, est devenu une coalition qui associe, comme souvent les autres grands partis, un partenaire majeur et un partenaire mineur.

Le partenaire majeur, c’est une masse populaire de salariés du secteur privé, de chômeurs et de prolétaires, dont beaucoup sont jeunes, et tous demandeurs de redistribution en matière de droits économiques et politiques. Florian Philippot est la personnalité dominante de ce premier groupe. Il donne à cette aile du Front National sa dimension autoritaire et néo jacobine ; l’autorité de l’Etat est censée remplacer la compétitivité perdue et protéger les classes populaires d’un appauvrissement sans fin. A dire vrai, dans ce domaine, il n’y a pas de grande rupture avec ce qu’ont fait le PS et les Républicains, on accentue seulement la même solution dirigiste.

Le partenaire mineur, c’est une réunion de personnes très conservatrices et de divers groupements dits « réactionnaires ». Dans mon esprit, tous ces termes sont précis, techniques, et sans connotation positive, ou négative. Parmi tous les conservateurs, sont proches du Front ceux qui ne se sentent pas suffisamment reconnus dans les deux grands partis sociaux-démocrates. Les « réactionnaires » du Front se réfèrent soit à des idéologies antimodernes (antilibérales, antisocialistes), soit à divers épisodes contre-révolutionnaires de notre Histoire : Vendéens et Chouans, royalistes de 1871, boulangistes, Vichy, Algérie française, etc. Marion Maréchal-Le Pen est la principale représentante de ce deuxième groupe, surtout des conservateurs.

La valeur de l’Etat-Nation est le point commun entre les deux groupes, pour des raisons différentes. Pour les conservateurs comme pour les réactionnaires, il représente d’abord l’autorité des traditions et l’identité culturelle ; pour les « néo jacobins », il est d’abord la condition de la justice sociale et des droits démocratiques.

Entre les deux groupes, et leurs chefs, existe naturellement une solidarité et une tension, en partie réelle et en partie seulement apparente.

Conservateurs et réactionnaires ne sont pas satisfaits de leur rôle de partenaire mineur. Leur frustration s’explique par l’histoire. Le partenaire aujourd’hui mineur fut jadis majeur. Il fut même fondateur et au départ il était le tout du Front National[1] ; puis, après que celui-ci se fût élargi à de vastes masses populaires, il resta longtemps partenaire majeur et garda le contrôle du Front ; mais à la fin, il en perdit le contrôle au bénéfice de la masse populaire et de ses représentants, à l’occasion du remplacement de Jean-Marie Le Pen par sa fille Marine.  

En théorie, le Front National pourrait être ou devenir une coalition sociale-conservatrice « normale », ou de « conservateurs sociaux », comme il en a existé de stables et d’efficaces, par exemple, celle de Bismarck dans l’Allemagne des Empereurs Guillaume. Mais en pratique, il n’y a aujourd’hui aucune cohérence économique ou culturelle entre ces deux fractions.

Florian Philippot tient un discours néojacobin, républicain-national, quelque chose entre Lazare Carnot et Jean-Pierre Chevènement, enrichi de références gaullistes de gauche, dirigistes et fiscalistes. Il promet de conserver l’Etat-Providence dans son état présent et de le renforcer. Il tend vers une économie nationale fermée, aussi par souci d’indépendance. Les conservateurs, tels Robert Ménard, comprennent que l’économie mondiale a changé, que Philippot rêve d’un âge révolu, qu’il faut faire la part plus belle à la liberté économique et qu’il faut réformer l’Etat, sinon on risquerait de ruiner la France.

Marion Maréchal-Le Pen ne s’exprime pas trop sur ces enjeux majeurs de notre pays. Elle préfère les sujets culturels. Elle milite pour les crèches dans l’espace public. Elle prend le contre-pied de Philippot sur le mariage homosexuel et l’avortement. Marine Le Pen est censée couper la poire en deux, mais on ne voit pas se dégager de synthèse plausible, ou de compromis fonctionnel.

Et cependant, l’intérêt vital de ce parti est d’assurer l’unité des deux factions. Sans les gros bataillons de Florian Philippot, le FN redevient un petit parti ; sans les discours de Marion Maréchal-Le Pen, il perd ses cadres et ses notables, sa porosité avec les élites sociales conservatrices, et il n’est plus qu’un parti prolétarien révolutionnaire, mené par une poignée de démagogues extrémistes.

Marine Le Pen a fait un choix culturel et politique fondamental, qui est de reléguer au deuxième rang la dimension conservatrice / réactionnaire, c’est ce qui s’appelle la dédiabolisation. En bonne politicienne, elle compte les électeurs. Les classes populaires confrontées à la pauvreté ont d’autres soucis que les indignations du bourgeois traditionaliste. Toutefois, comme La Manif pour tous a révélé l’existence d’un très fort courant, hostile à la culture libertaire du gouvernement de gauche, elle ne dédaigne pas de jeter un filet dans cette direction, par la bouche de sa nièce. D’ailleurs, si on chante l’identité nationale contre l’abstraction universaliste ou l’invasion islamiste, il faut bien saluer au passage les racines chrétiennes de la France. Tout cela n’est pas très cohérent, mais tient ensemble par l’urgence d’une union sacrée autour du thème de la Patrie en danger de double asservissement, par l’oligarchique internationale libertaire et par l’islamisme.

 

 

 

Quel est donc le sens de l’action de Marion M.-LP ?

 

Objectivement et quelle que soit son intention, elle joue sa partie dans le concert donné par les ténors du Front. Elle rallie les conservateurs sans inquiéter Philippot, qui tient solidement le pouvoir avec l’accord de la Chef. Le conservatisme de Marion n’a strictement aucune chance de devenir le partenaire majeur dans cette alliance. Et pourtant, cette jeune femme ne quittera jamais le FN. Elle n’existe politiquement, à vingt-sept ans, que parce qu’elle se nomme Le Pen et ne peut nulle part espérer être quelque chose d'aussi spécial que dans l’entreprise familiale, à condition qu’elle elle y joue son rôle – et elle le joue.

Elle affiche donc en public un catholicisme intransigeant, qui entretient dans le peuple français les vieux réflexes et stéréotypes anticléricaux, que Florian Philippot ne négligera pas de réemployer au besoin.

Pourquoi parle-t-elle de l’avortement ? Le gouvernement a commencé. Il fait de la provocation avec surenchère, pour gêner François Fillon, et bien sûr Marion saute sur l’occasion. Pourquoi ? Il s’agit d’enfoncer un coin, dans la coalition filloniste, entre les conservateurs et les libéraux, sans faire de tort à Marine Le Pen, puisque de toute façon Philippot dit le contraire. Il s’agit de recruter pour le Front les catholiques pro-vie et pro-famille, et de les écarter de Fillon en acculant celui-ci à la contradiction, comme l’avait déjà joué Juppé entre les deux tours de la primaire, en novembre 2016. Car la France n’est pas encore arrivée au point où se trouvent les Etats-Unis, où l’opinion salue avec délectation tout piétinement du « politiquement correct ».

Enfin, on parle aussi de l’avortement et de l’islamisme pour se dispenser de parler des réformes fondamentales de l’Etat, du système social et de la stratégie économique de notre pays dans un monde ouvert.

L’avortement se trouve ainsi instrumentalisé, à des fins politiciennes, pour requinquer « à gauche » l’esprit anti-conservateur, pour recoller les deux gauches et pour draguer les conservateurs dans le Front.

En matière d’avortement, la simple exhibition d’un moralisme répressif, à la fois solidaire d’un complexe réactionnaire et indifférent à l’appauvrissement des peuples, ne peut que renforcer la domination culturelle libertaire. Le pape François l’a parfaitement compris, qui met la justice économique au centre du débat moral, ainsi que la charité pour les victimes des dogmes libertaires. Le problème de l’avortement ne peut trouver sa solution que dans une renaissance d’ensemble, économique et culturelle, de la nation ; une renaissance qui ne peut certainement pas avoir lieu sans un pouvoir politique respecté, ayant une idée équilibrée de la justice, qui n’a rien à voir avec les passions démagogiques ou sectaires.  

 

 

Les incohérences de certains catholiques ultras en politique.

 

Peut-on d’abord les caractériser ?

Ils ont souci de la famille et de la vie, mais ils n’ont pas assez souci du travail, ni surtout conscience qu’il y a là un seul problème à deux dimensions : une de justice sociale / familiale et une de justice économique. Quand le pape le leur dit, ils pensent qu’ils savent mieux que lui ce que sont le catholicisme et la doctrine sociale de l’Eglise.

Ils voient peut-être que la famille est objectivement une valeur transpartisane, mais ils ne voient pas qu’en séparant les questions de famille et les questions économiques, ils réduisent la famille et la vie à des thèmes partisans, connotés d’une sensibilité de classe ou de caste.

Ils savent que catholique signifie universel, mais leur premier réflexe est toujours de fermer la France sur elle-même. Ils perdent ainsi la dimension évangélique du catholicisme et le transforment en pharisaïsme.

Ils croient en la puissance du Saint-Esprit, mais ils se sentent constamment menacés et pensent avant tout à exister en défense, à se protéger contre les dangers.

Ils veulent faire de la politique, mais ils restent entre eux, jugent les autres, n’ont pas le contact et ne savent pas passer des alliances.

Ils sont conservateurs, mais ils ne sont pas sociaux, ils ont peur du peuple et de la démocratie.

Ils sont ambitieux mais les meilleurs d’entre eux ne font pas de politique (jusqu’à présent mais cela est en train de changer).

Quand ils ont perdu la partie, ils se prennent pour des saints et des martyrs alors qu’ils ont simplement été mauvais.

Ceux qui, sans être du FN, tel Philippe de Villiers, soutiennent Marion Maréchal, voudraient promouvoir une alliance d’un FN d’abord conservateur (et non pas social) avec les conservateurs des républicains, le tout contre une Gauche diabolisée[2]. Dans l’abstrait, la manœuvre se conçoit, mais dans le concret elle est impraticable, car elle ne tient pas compte des rapports de forces, ni de l’état des esprits. Ce qu’ils reprochent à François Fillon (et donc aux électeurs de la primaire), c’est d’être en position de faire ce qu’ils voudraient faire, mais sans prétendre pouvoir tout faire. En réalité, il est probable que ces gens ne veulent pas gagner, car leur vie est confortable aujourd’hui, et ils ne seraient pas capables d’exercer le pouvoir ; dans ces conditions, une opposition stérile est le seul moyen de donner de l’importance à leurs personnes. Leur hostilité surprenante envers Fillon s’explique, si on comprend qu’il prouve, par sa simple existence et par son succès, l’inanité de leurs calculs. Loin d’être des saints et des héros, ils donnent du christianisme une image de bourgeois pharisiens et réactionnaires.

Florian Philippot sait qu’il ne sera jamais reconnu dans la bonne société conservatrice et il sait, comme sa Chef, que le Front ne peut se maintenir qu’en restant soutenu par un prolétariat en colère, peu porté aux distinguos et aux équilibres subtils. Ceux qui se disent « la Gauche » feront probablement un choix analogue.

Dans ces conditions, l’intérêt de la France est peut-être d’être gouvernée par des conservateurs réévaluant l’Etat-Nation. Mais il est certain qu’être conservateur en matière d’Etat, de système social et de stratégie économique, revient à condamner notre pays au déclassement. En matière culturelle, négliger l’identité universaliste de la culture française ainsi que son esprit d’entreprise et son sens du progrès, cela condamne aussi notre pays au déclassement. Enfin, négliger le rôle de la France auprès des autres nations européennes, c’est couper la France de sa vocation mondiale.  

 

 

 

 

 



[1] Rappelons encore que le Front National lui-même n’était qu’un groupuscule mineur dans une galaxie dite d’extrême-droite. François Mitterrand, soucieux de « diviser la droite », l’a avantagé et lui a permis d’unifier et de dominer cette galaxie, tout en élargissant ses bases électorales. Mitterrand ne prévoyait sans doute pas que le FN, loin de seulement diviser la droite, finirait par siphonner la majeure partie des voix populaires de l’union de la gauche que François Mitterrand avait bâtie, au point d’éliminer le parti socialiste et Lionel Jospin de l’élection présidentielle en 2002 (et 2016?).

[2] Ils raisonnent en termes binaires, sommaires, manichéens : la droite c’est le bien, la gauche c’est le mal. Comment peuvent-ils se plaindre si les autres en face pensent de même avec inversion des signes ?

   

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